LE CABINET NE DÉMISSIONNE PAS
glie-de Fourlou donne sa démission ; mais le Maréchal, dont les incertitudes étaient entretenues et par ses conseillers habituels et par la presse qui Tavait soutenu, le Maréchal, qui hésitait entre une nouvelle dissolution et une retraite, refuse de la recevoir. Le jour même où devaient se réunir les deux Chambres, le 7 Novembre, paraissait à VOfflciel cette note énigmatique : < Sur la demande qui leur en a été faite par M. le Président de la République, les ministres ont retiré les démissions qu'ils avaient eu Thonneur de déposer entre ses mains. Ils ont d'ailleurs insisté pour qu'il fût bien entendu qu'en conservant leurs fonctions, ils ne préjugeaient en rien des résolutions ultérieures du Chef de TËtat. • Cette note voulait-elle dire que les ministres déclinaient la responsabilité des décisions que pouvait prendre le Maréchal, redoutant que ces décisions ne fussent pas conformes aux conseils de modération et de prudence que les organes habituels du Centre Droit, le Soleil elle Moniteur, BLYdiient données le 14 et le 28 Octobre ? < Les résolutions ultérieures • du Maréchal étaient-elles connues de lui-même, le 7 Novembre? On se posait ces questions, quand les deux Chambres se réunirent, après une séparation de cinq mois, remplis par une foule d'incidents subalternes et par ce grand fait : la lutte d'une nation, confiante dans sa force, contre un homme abusé, mal renseigné, trompé, qui s'était reproduite une fois de plus dans notre histoire politique et qui s'était terminée, sous le Maréchal comme sous Charles X, par la défaite du pouvoir personnel.
La Chambre consacra ses premières séances à la validation des pouvoirs. Les élections des membres de la Gauche et celles des rares membres de la Droite qui n'avaient pas bénéûcié de l'affiche blanche furent rapidement vérifiées, ratifiées sans opposition, et la moitié plus un des élus ayant été validée, l'Assemblée procéda à la nomination de son
372 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc. 1876-13 Déc. 1877)
bureau. Pour bien marquer que la Chambre de 1876 était la continuation, la suite de celle de 1876, TAssemblée renomma tout son ancien bureau, y compris M. de Durfort de Civrac, vice-président de Droite, qui n^avait pas été candidat officiel avoué. La même considération l'empêcha d*émettre un vote de déOance contre le Cabinet de Broglie-de Fourtou : ce Cabinet, atteint par le vote du 19 Juin précédent, n'existait plus pour elle.
11 avait été décidé, dans le Comité directeur des Gauches, appelé le Comité des Dix-huit, que le premier acte politique de la Chambre serait la nomination d'une Commission d'enquêté, chargée de rechercher tous les actes qui avaient eu pour objet, depuis le 16 Mai, d'exercer une pression illégale sur les électeurs. En conséquence, le 10 Novembre, M. Albert Grévy, considérant que les actes commis engageaient la responsabilité de leurs auteurs, qu'il importait d'en assurer la répression et d'en prévenir le retour, considérant aussi que les auteurs de ces actes ne tenaient aucun compte du verdict populaire et se mettaient en état de rébellion contre la souveraineté nationale, proposait de nommer, dans les bureaux, une Commission d'enquête de trente-trois membres. Bien que les Dix-huit, plus corrects que les ministres du 16 Mai, eussent soigneusement laissé le Maréchal en dehors du débat, le Maréchal se sentit visé et fit savoir, par VAgence Havas, qu'en présence des accusations violentes dont les ministres venaient d'être l'objet à la Chambre et qui s'appliquaient au Gouvernement tout entier, il les priait de demeurer à leur poste. La discussion, sur la proposition de M. Albert Grévy, s'engagea donc en présence des ministres et deux d'entre eux y prirent part : elle remplit trois longues journées, du 13 au 15 Novembre, et fut aussi violente que les séances des 16, 18 et 19 Juin. Les Bonapartistes y participèrent, comme d'habitude, par des interruptions forcenées ;