ÉLECTIONS RÉPUBLICAINES
électorale et nulle part ses instructions n'avaient été transgressées. Les invalidations les plus retentissantes furent celles des quatre élus de Vaucluse qui devaient manifestement leur succès au vol et à la fraude, comme l'avait dit M. Gambetta, celles de MM. de Fourtou et Reille, les deux restaurateurs, les deux organisateurs et les deux principaux bénéficiaires de la candidature officielle, celles de MM. de Cassagnac et Baragnon, candidats du Maréchal, Tun comme Bonapartiste, Tautre comme Légitimiste, celle de M. deMun, candidat du clergé, celle du duc Decazes, candidat de l'équivoque.
Le 27 Janvier 1878, neuf élections eurent lieu, dont sept à la suite d'invalidations : les Républicains furent élus dans les neuf collèges qui étaient répartis sur tous les points du territoire.
Le 3 Mars, dix-sept nouvelles élections avaient lieu : treize Républicains et quatre Monarchistes étaient élus. Le 17 Mars, trois nouveaux Républicains passaient, le 9 Avril quinze, le 5 Mai six et deux Bonapartistes, M. Desloges à Caen et M. Maréchal à Périgueux. Les 7 et 14 Juillet, sur 24 élections nouvelles, 20 étaient républicaines : quatre Bonapartistes seulement parvenaient à se faire nommer, MM. d'Espeuilles dans la Nièvre, Trubert dans le Tarn-et-Garonne, Jérôme David dans la Gironde et Delafosse dans le Calvados. M. Amigues, le Bonapartiste socialiste, était battu à Cambrai ; M. de Saint- Paul, l'un des principaux inspirateurs du 16 Mai, dans l'Ariège et le légendaire M. Baragnon dans le Gard.
Pendant que la France confirmait avec cette quasi-unanimité les décisions de la majorité de la Chambre, pendant qu'elle saisissait toutes les occasions, comme celle des élections municipales générales, le 6 Janvier 1878, d'affirmer son attachement de plus en plus profond à la République, le Sénat, comme pour faire contrepoids à l'affluence des Repu-
396 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. 1877-4 Fév. 1879)
blîcains que ces élections municipales ou politiques lui présageaient pour 1879, renforçait à chaque scrutin sa majorité de Droite. L'alliance tenait toujours pour l'élection par roulement, comme inamovibles, d'un Bonapartiste, d'un Légitimiste et d'un Orléaniste. Elle ne menaçait de se rompre que lorsque le Centre Droit désignait aux suffrages des coalisés un candidat suspect de tendances libérales. Au scrutin qui eut lieu le 23 Janvier, pour remplacer le général d'Aurelle, décédé, les Orléanistes dont c'était le tour avaient proposé la candidature du duc Decazes. L'ancien ministre des Affaires Étrangères, Républicain dans le quartier des Champs-Elysées et Orléaniste dans le quartier du Luxembourg, n'était j!?ersona graia ni pour les Légitimistes ni pour les Bonapartistes : la majorité ne put se faire sur son nom, pas plus que sur celui de M. Victor Lefranc, candidat des Républicains. On recommença l'élection le 24 Janvier : même insuccès ; on la renvoya au 7 Février : Légitimistes et Bonapartistes se montrèrent irréductibles et le duc Decazes dut retirer sa candidature. Les Légitimistes bénéficièrent de ce manquement à la discipline : l'un d'entre eux, M. de Carayon- Latour, fut élu au cinquième tour de scrutin. Au lendemain de cette élection si pénible, le Soleil annonçait, le 5 Mars, la rupture du Centre Droit libéral et des Constitutionnels avec la Droite. Il y eut peut-être rupture sur le terrain politique et M. Dufaure dut à cette dissidence le succès de quelques* uns des projets qu'il avait soumis à la Chambre, mais les 22 Constitutionnels qui s'étaient retirés sous leur tente, après l'échec du duc Decazes, en sortirent pour interdire l'accès du Sénat aux trois Révolutionnaires qui s'appelaient MM. de Montalivet, Alfred André et le général Gresley. L'entente se rétablit sur le terrain de la résistance, de la lutte contre la Constitution et contre la majorité de la Chambre, quand il fallut donner des successeurs à trois