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MESURES RÉPARATRICES

nouveaux inamovibles décèdes : le Sénat, à la session d'automne, profita une dernière fois de sa majorité, qui allait disparaître, pour s'annexer MM. Oscar de Vallée, Baragnon et d'Haussonville. Ce fut le chant du cygne de la coalition réactionnaire.

Discussions parlementaires, mesures gouvernementales eurent un but principal, sinon unique, en 1878 : réparer le mal qu*avait fait le 16 Mai, corriger les erreurs qu'il avait sciemment commises, donner à la France ce sentiment que ses maîtres étaient des tuteurs bienveillants et non pas de raides et malfaisants pédagogues. La loi d'amnistie des délits de presse, dont Ton excepta avec raison les délits électoraux ; la loi sur le colportage qui astreignait les vendeurs de journaux à une simple déclaration; la loi sur Tétat de siège qui obligeait le Président à convoquer les Chambres dans les deux jours, s'il prenait en leur absence la grave détermination de décréter l'état de siège ; la loi étendant au cas de prorogation des Chambres les règles d'ouverture des crédits extraordinaires étaient des précautions contre un retour offensif du pouvoir exécutif, mais en même temps des garanties pour le Régime parlementaire ; aussi furent-elles votées sans difficulté par le Sénat qui se contenta d'étendre, du 14 Décembre 1877 au 1^ Janvier 1878, la période à laquelle s'appliquait l'amnistie. Cette extension, sans importance, puisque sept ou huit délits seulement furent amnistiés, en plus des délits qu'avaient poursuivis les deux ministères de combat, était une satisfaction platonique que s'était donnée la majorité réactionnaire de la Haute Assemblée.

Le Gouvernement fît marcher de front l'œuvre de réparation executive, si l'on peut dire, avec l'œuvre de réparation législative. Les instructions données au personnel préfectoral par M. de Marcère auraient dû être reproduites par tous ses successeurs. Ceux des préfets qui sont entrés dans Tadminis-

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tration en 1878 et qui y sont restés ont vu passer bien des ministres de l'Intérieur : ils n*en ont pas connu beaucoup qui les aient dirigés aussi sûrement que le député d*Avesnes, par entretiens confidentiels ou par circulaires publiques.

€ Votre œuvre, leur disait-il, n'est pas une œuvre de combat, mais une œuvre de réparation. Vous devez vous présenter, dans vos départements respectifs, comme les défenseurs de la justice. » La préoccupation de M. de Marcère, de susciter partout les initiatives individuelles, n'était pas moins digne d*attention et d'éloge : « Nous voulons aller non jusqu'au bout de la légalité mais jusqu'au bout de la liberté... Les électeurs ne peuvent pas se désintéresser des affaires communales... Il s'agit, avant tout, de développer en France le sentiment de la responsabilité individuelle. »

Le ministre de l'Intérieur agissait aussi bien qu'il parlait. Non content de compléter le mouvement préfectoral, il rétablissait, avant les élections municipales, tous les maires et adjoints que ses deux prédécesseurs avaient suspendus; les élections faites, il choisit pour maires et adjoints, partout où la nomination appartenait au Gouvernement, ceux-là même que les Conseils municipaux eussent désignés. Le respect des lois fut imposé aux chefs des municipalités les plus avancées. Quand Tinterdiction des processions eut amené des troubles à Marseille, le Gouvernement prêta main forte à l'arrêté municipal, maladroit mais strictement légal, qui supprimait ces cérémonies ; il protégea avec la même énergie la statue de Belzunce, que menaçaient les passions surexcitées des libreç penseurs marseillais, insuffisamment contenues par une municipalité radicale. Au Nord comme au Midi, à Anzin comme à Marseille, une grève de trois semaines fut apaisée par l'influence des agents du Gouvernement qui engagèrent la Compagnie à abolir le chômage du lundi, et les atteintes à la liberté

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du travail fnreDt prévenues par Taction des troupes opportunément envoyées sur le théâtre de la grève.

Lorsque àToccasion de l'Exposition les socialistes français et étrangers projetèrent la réunion d'un Congrès international h Paris, le ministre de Tlntérieur interdit cette réunion et, quand elle se fut produite, sous forme mi-partie publique et privée, il poursuivit les adhérents pour violation de la loi du 14 Mars 1872 : 34 d'entre eux furent condamnés à des peines variant de 6 mois de prison à 15 francs d'amende. Cette condamnation fut une des rares applications de la loi Dufaure. La loi de 1873 sur la presse, dont le Cabinet de Broglie-de Fourtou avait tant abusé, reçut également de rares applications sous le ministère Dufaure-deMarcère. Le Garde des Sceaux et le ministre de Tlntérieur furent d'accord avec leurs collègues et avec l'opinion tout entière, pour faire poursuivre ceux des journaux qui, après avoir poussé le Maréchal à un crime contre la Constitution, le poussaient à une démission dans les termes les plus outrageants.

Cette politique foncièrement libérale, vraie politique d'apaisement, également éloignée des complaisances coupables pour les Républicains intransigeants ou violents et des persécutions contre les adversaires politiques, ne tardait pas à porter ses fruits. Le Comité des Dix-Huit s'était spontanément dissous, dès les premiers jours de Tannée ; cette sorte de Comité de salut public de la Gauche, cette organisation de combat ne pouvait survivre à la cessation du combat; on y renonça, dès que l'on comprit qu'elle pourrait être une gêne pour le Cabinet. A la même époque Gambetta, dans un discours prononcé à Marseille, recommandait à son parti « de faire une halte », de se fortifier, avant d'aller plus loin. 11 adressait à la Démocratie exactement les mêmes conseils que Léon Renault, le plus modéré des membres du Centre Gauche, en prenant possession de la présidence du groupe.

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Ces conseils étaient entendus : la Gauche, même la Gauche dite radicale, se défaisait de plus en plus de ses habitudes d'opposition quand même; elle rompait bruyamment avec deux de ses membres MM. Bonnet-Duverdier et Duportal, députés de Lyon et de Toulouse, convaincus d'avoir dissimulé, sous un manteau écarlate, l'un une conscience un peu large et l'autre une âme de courtisan.

La Gauche, ens'épurant elle-même, favorisait l'adhésion à la République de précieuses recrues. M. J. J. Weiss réparait son malheureux article sur la Chambre de 1876 par un article remarquable, et qui le classait au premier rang des publicistes de notre temps, sur les lllmions mona7*chiques. Jamais les fautes de tactique des adversaires de la Constitution n'avaient été signalées avec plus de clairvoyance ; jamais langue plus forte et plus savoureuse n'avait été mise au service des idées libérales. Une adhésion plus inattendue et non moins importante fut celle de M. Raoul Duval, qui fut le premier en date de ceux que l'on a appelés les Ralliés, qui venait à la République, de beaucoup plus loin que M. Weiss, et qui devait être ravi par la mort, au moment où son incontestable talent, son activité, ses dons oratoires et la sincérité de sa conversion le désignaient pour marcher à la tête de ceux qu'il avait si longtemps et si ardemment combattus.

On considéra aussi comme un succès pour la République modérée, que personnifiait très exactement le Cabinet Dufaure, l'entrée à l'Académie Française de M. Renan, qui fut élu contre M. Wallon, pour remplacer Claude Bernard, et l'élection de M. Henry Martin contre M. Taine, pour remplacer M. Thiers. L'élection de M. Taine n'était que différée- Si M. Henri Martin lui fut préféré, c'est que l'on redoutait, comme panégyriste de M. Thiers, l'auteur des Origines de la France contemporaine, dont les deux premiers volumes avaient paru ; on se défiait surtout de l'ancien libéral que

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