‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 14 sur 230 · LE GÉNÉRAL DE BELLEHARE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL DE BELLEHARE

Dordogne, une lettre, par laquelle cet officier général se refuse à reconnaître la souveraineté de TÂssemblée nationale. Le ministre de la Guerre ne pouvant tolérer qu'un offlcier sous les drapeaux méconnaisse la représentation légale du pays, M. le général de Bellemare a été immédiatement démis de son commandement et mis en non-activité par retrait d'emploi, par décret de M. le Maréchal Président de la République. »

Et V ordre du jour à C armée : « Soldats, un seul acte d'indiscipline a été commis danis Tarmée. Le Maréchal Président de la République est convaincu qu'il ne se renouvellera pas ; il connaît l'esprit de dévouement qui vous anime. Vous saurez maintenir dans l'armée cette union et cette discipline dont elle a toujours donné l'exemple, qui font sa force et qui seules peuvent assurer la tranquillité et l'indépendance du pays. Comme soldats, notre devoir est bien tracé ; il est indiscutable : en toutes circonstances nous devons maintenir l'ordre et faire respecter la légalité, n

C'était beaucoup de bruit pour rien, ou pour pas grand'chose. Ni la souveraineté de l'Assemblée n'avait été méconnue, comme le prétendait le ministre, ni un acte d'indiscipline n*avait été commis, comme le croyait le Maréchal. Le général de Bellemare, avec autant de franchise que de loyauté, avait simplement adressé au ministre de la Guerre, à la date do 25 Octobre, la lettre suivante :

« Monsieur le Ministre,

• Je sers la France depuis trente-trois ans, avec le drapeau tricolore, et le Gouvernement de la République depuis la chute de l'Empire. Je ne servirai pas sous le drapeau blanc et je ne mettrai pas mon épée à la disposition d'un Gouvernement monarchique, restauré en dehors de la libre expression de la volonté nationale. Si donc, par impossible, un

28 LE PREMIER MIMSTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 Nov. 1873)

vote de la majorité de l'Assemblée nationale rétablissait la Monarchie, j ai rhonneur de vous prier, Monsieur le Ministre, de vouloir bien, dès le moment précis de ce vote, me relever du commandement que vous m'avez confié. »

On le voit, le général de Bellemare disait tout haut et écrivait ce que beaucoup d'autres officiers pensaient tout bas. En envoyant au ministre de la Guerre, en réponse à une circulaire confidentielle, sa démission éventuelle, pour le cas où TAssemblée nationale rétablirait la Monarchie, il ne se refusait aucunement à reconnaître la souveraineté de cette Assemblée; et s'il commettait « un acte d'indiscipline, > en protestant contre la substitution du drapeau blanc au drapeau tricolore, on se demande comment il convient de qualifier la réflexion historique du Maréchal lui-même, affirmant que cette substitution t ferait partir les chassepots tout seuls >. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la lettre du général de Bellemare manquait d'à-propos : elle se produisait au moment précis où la tentative de restauration monarchique avortait définitivement, où le Chef de la Maison de France signait son abdication, en écrivant la fameuse lettre du 27 Octobre, dont nous devons raconter la genèse.

Le 5 Août, le comte de Paris et le duc de Chartres, que le prince de Joinville avait précédés la veille, faisaient à Frohsdorf, au comte de Chambord, une visite dont le cérémonial avait été arrêté d'avance. « Sire, disait le comte de Paris, je viens vous faire une visite qui était dans mes vœux depuis longtemps. Je salue en vous, au nom de tous les membres de ma famille et en mon nom, non seulement le chef de notre Maison, mais encore le seul représentant du principe monarchique en France. > Après le comte de Paris et son frère, tous les membres de la famille d'Orléans venaient

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