LE BUDGET DE
dinaire. En réalité, le Gouvernement demandait, pour la Guerre, 740 millions au lieu de 838; pour la Marine, 217 au lieu de 194 ; pour Tlnstruction Publique, 57 au lieu de 53 ; pour les Travaux Publics, 405 au lieu de 234. Les recettes ne devant produire, d'après les évaluations de M. Léon Say, que 2698 millions en chiffres ronds; le surplus, soit 475 millions, devait être demandé à Temprunt.
M. Wilson, rapporteur général, ne déposa son rapport que le 14 Novembre : la Commission dont il était Torgane minorait les dépenses de 10 millions, prévoyait 2096 millions de recettes ordinaires et 466 millions de receltes extraordinaires. Les diminutions de dépense opérées par la Commission ne furent qu'apparentes, un simple exercice d'écritures, a-t-on dit sévèrement, parce que les demandes de crédits supplémentaires atteignirent, et au delà, les chiffres primitivement indiqués par le Gouvernement; mais ces diminutions furent le prétexte invoqué par la Commission pour opérer des dégrèvements sur le timbre des effets de commerce, les huiles et la chicorée, qui réduisirent de près de 20 millions les ressources du Trésor.
Dans la discussion des chapitres du budget du 1879, la Chambre repoussa les augmentations de traitement que le Gouvernement proposait pour les desservants, les pasteurs et les rabbins. Un débat intéressant s'éleva entre le commissaire du Gouvernement pour la Guerre, M. Rossignol, et MM. de Roys et Gambetta. M. de Roys se plaignit que l'administration de la Guerre ne recourût pas à l'adjudication publique pour les effets d'habillement. M. Gambetta au contraire, combattit le système d'adjudication des animaux vivants pour la fourniture de la viande et recommanda l'acquisition directe par l'armée h l'étal du boucher. Dans la discussion du budget de la Marine, M. Lamy critiqua de nouveau la lenteur des constructions, l'exagération du
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nombre des chantiers et des arsenaux, le développement insensé des édifices maritimes, de l'outillage et des bâtiments de servitude, la progression du personnel sédentaire, les abus des approvisionnements généraux, qui atteignaient en France 250 millions contre 85 seulement en Angleterre. L'amiral Pothuau tenta vainement de répondre aux critiques de M. Lamy et de détruire Teffet de son rapport.
Au budget de l'Instruction Publique, la Chambre inscrivît les crédits nécessaires pour la création d'une troisième chaire d'histoire à la Sorbonne et l'élévation de 13.000 àl5.000 francs du traitement des professeurs de la Faculté de médecine de Paris ; elle repoussa l'accroissement du traitement des maîtres de conférences de l'Ecole normale, l'installation de la chaire de pathologie mentale précédemment créée, la création d'une chaire de pandectes, l'assimilation des professeurs de septième et de huitième, pourvus d'une nomination ministérielle, aux mêmes professeurs pourvus de la licence et enfin la création de classes personnelles pour les collèges communaux. Au budget des Beaux-Arts, M. Bardoux fit voter 51 .000 francs pour l'organisation d'une inspection du dessin et réinscrire 40.000 francs que la Commission avait retranchés des crédits de la gravure.
Le Sénat ne put commencer que le 11 Décembre la discussion du budget de 1879. MM. Chesnelonget Bocher firent entendre de très justes critiques, le premier avec sa fougue oratoire, le second du ton le plus mesuré. Us démontrèrent que l'équilibre du budget était détruit par les crédits supplémentaires et que, d'ailleurs, il n'était obtenu qu'en diminuant le remboursement à la Banque de France et les fonds destinés à l'allégement de la dette flottante. Le Sénat rétablit un crédit de 200.000 francs demandé par le Gouvernement pour les desservants et les pasteurs et repoussa l'impôt sur les efi'ets de commerce et les chèques. La Chambre admit ces derniers
l'oeuvre du général borel 4H
votes, rejeta le premier, et le Sénat se rendit. La loi de Finances du 22 Décembre 1878 arrêta les dépenses à la somme de 3.166.124.851 francs, les receltes 2.682.080.014 francs; l'insuffisance des recettes dépassait 484 millions.
Le rôle de MM. Dufaure et de Marcère est suffisamment ressorti du récit des deux premières sessions de 1878; celui de M. Léon Say de Tétude des deux budgets de 1878 et de 1879. Le ministre des Finances ne réussit qu'incomplètement à détruire TefTet des très sérieuses critiques présentées par M. Bocher au Sénat. Il nous reste à rappeler brièvement le rôle de leurs collègues du Cabinet.
M. Teisserenc de Bort, ministre de TAgriculiure et du Commerce, fut absorbé, comme ministre du Commerce, par la préparation et la surveillance générale de l'Exposition, qui attesta la persistance de notre vitalité et la promptitude de notre relèvement, après des désastres inouïs.
Le général Borel qui n'assistait pas toujours aux réunions du Conseil, où il se sentait peut-être un peu dépaysé, ni aux séances de la Chambre, à cause de son insufOsance oratoire, apporta du moins tous ses soins à faire voter les lois qui augmentaient les pensions des veuves d'officiers ou qui assuraient des secours aux orphelins et surtout la très importante loi sur le réengagement des sous-officiers. Une prime de 600 francs fut allouée aux sous-officiers qui se réengageaient pour cinq ans et, à l'expiration des cinq ans, une somme de 2.000 francs dont l'intérêt était versé au réengagé. En cas de nouveau réengagement la prime était de 500 francs et la retraite de 365 francs, augmentée de 10 francs par chaque campagne ou par chaque année de service en plus. Cette retraite pouvait se cumuler avec le traitement d'un emploi civil. Pour qui sait l'action qu'exercent les sous-officiers dans toute armée et surtout dans une armée ou le service est à court terme, l'importance de cette
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loi n*a pas besoin d'être démontrée. Dans la discussion, qui trouva tous les partis d'accord pour le vote de ces améliorations, quelques députés, comme M. de Lur Saluées, insistèrent très judicieusement sur le côté moral de la question : ils montrèrent que l'essentiel, pour retenir au service les sousofflciers, était de leur faire aimer l'armée, la discipline et l'uniforme. L'attachement à cette grande famille qu'est le régiment et au drapeau sera toujours un mobile plus puissant que la prime de réengagement.
Le ministère de M. Bardoux fut plutôt un ministère de parole et de préparation que d'exécution. Ministre des Beaux-Arts, M. Bardoux défendit victorieusement le principe de la subvention de l'Etat à l'Opéra, que des Républicains attaquaient dans un louable esprit d'économie, mais avec une inintelligence toute provinciale de la République Athénienne. Ministre de l'Instruction Publique, M. Bardoux contribua à faire voter l'augmentation de 4 millions dont bénéficia son ministère et qui s'appliqua pour 600.000 francs à l'enseignement supérieur, pour un million aux lycées et collèges, pour 2.400.000 francs à l'instruction primaire. Mais les grandes questions de réforme furent seulement posées sous son administration. La solution en était réservée à ses successeurs. M. Bardoux eut au moins le mérite de signaler la voie à suivre. Il déposa un projet de loi sur la gratuité de l'enseignement primaire, au mois de décembre 1877 ; un projet de loi de nomination des instituteurs par les recteurs, sur la proposition des inspecteurs d'académie, au mois de Janvier 1878 ; un projet de loi tendant à établir des écoles primaires supérieures, dans chaque chef-lieu de canton, avec le triple concours de l'Etat, du département et du canton, au mois de Mars 1878 ; un projet de loi «sur l'organisation de l'enseignement primaire supérieur, au mois de Novembre 1878 ; un projet de loi tendant à rendre l'enseignement primaire obligatoire, à partir de 1881 ,