M. DE FREYCINKT ET LES TRAVAUX PUBLICS
le 24 Janvier 1879. C'est un arrêté de M. Bardoux qui institua le 48 Décembre 1878, une Exposition triennale des Beaux-Arts. G*est lui qui fît réparer un long et inexplicable oubli, en faisant décorer l'auteur du Dictionnaire historique de la langue française et l'auteur des ïambes; lui qui voulait faire conférer la croix de chevalier à Zola, celle de commandeur à Renan, le grand cordon de la Légion d'honneur à Victor Hugo et qui n'en fut empêché que par la résistance du Maréchal. De tous les membres du Cabinet le plus audacieux, aucuns diraient le plus téméraire, fut certainement M. de Freycinet. Dès le début de Tannée 1878, il créait des Commissions techniques, chargées de préparer l'achèvement de notre réseau de chemins de fer d'intérêt général et de délimiter notre réseau d'intérêt local. Quelques jours après, d'autres Commissions techniques étaient chargées de dresser, pour chacun de nos grands bassins, le programme des travaux nécessaires pour améliorer les ports de commerce. On put croire que ces grandes questions, livrées à l'étude des Commissions techniques, seraient longuement discutées et finalement enterrées. Mais, avec M. de Freycinet, il n'y avait jamais beaucoup de distance entre la conception et l'exécution. D'accord avec M. Léon Say, dont le concours était indispensable pour la partie financière du plan, il proposait à la Chambre d'exécuter en dix ans trois milliards de nouvelles voies ferrées, un milliard de nouvelles voies navigables et de se procurer les 400.000 millions annuels, nécessaires à cette gigantesque opération, par un prélèvement annuel de 25 millions sur les 170 millions que le remboursement de la dette de l'Etat envers la Banque de France allait rendre disponibles et par une émission d'obligations 3 p. 100 remboursables à long terme. M. de Freycinet proposait, en outre, le 7 Mars, le rachat par l'Etat des lignes en soufiTrance du Sud-Ouest et de l'Ouest de la France. Cette première partie
414 LE DEUXIÈME MLXISTERE DCFAURE (13 Dêc 1877>4 Fèr. 1879;
da plan Frevcinet fat adoptée, malgré ropposilioa de MM. Brice, des Retours, Cherpia et Roaher à la Chambre et celle de MM. Baffet, Chesaelong, Bocher et Caillaux aa Sénat. La compétence incontestable de MM. Baffet et CaiU laax, leur éloquence sobre et vigoureuse, leurs critiques partiellement fondées auraient eu plus de succès, si leur rôle politique antérieur n*avait par avance détruit Tautorité de leurs discours. La victoire fut due exclusivement à Fancien auxiliaire de Gambetta, qui s*était montré, dans la discussion de cette aride question, un admirable debater. Le ^7 Mai, y Officiel publiait les décrets relatifs à Torganisation des 745 kilomètres de chemins de fer d'intérêt local et des 1.861 kilomètres d'intérêt général, dont les deux Chambres avaient voté le rachat.
Le ministre, qui montrait dans les grandes entreprises publiques la hardiesse dont il avait fait preuve pendant la Défense nationale, était, dans les questions de politique générale, le plus modéré, le plus conciliant des hommes, c Je suis un partisan déterminé de la conciliation, > disait-il à Bordeaux, où Tavait appelé un voyage d'inspection des côtes de l'Atlantique. Et au Havre, il n'était pas moins heureusement inspiré, quand il s'exprimait ainsi : c Nous avons à faire, non de la politique académique, mais de la politique pratique, c'est-à-dire travailler, marcher, produire, laisser derrière nous des résultats, des témoignages irrécusables d'un bon Gouvernement et des aptitudes de la République à servir les intérêts du pays. » Par un autre contraste, ce modéré était l'élu des radicaux parisiens au Sénat et son nom, nous le verrons, se retrouvera dans toutes les combinaisons ministérielles où les radicaux l'emporteront sur les modérés.
L'exécution du < plan Freycinet », pour coûteuse qu*elle fût, n'eût pas détruit l'équilibre budgétaire, si elle n'avait coïncidé avec des entreprises coloniales très onéreuses, avec