M. WADDINGTON ET LES AFFAIRES ÉTRANGÉRBS
une augmentation sans cesse croissante des dépenses scolaires, une augmentation excessive du fonctionnarisme et avec un système de dégrèvements également très onéreux pour nos finances. Mais toutes ces coïncidences ne devaient se produire que sous la Présidence de M. Jules Grévy, alors que tout le monde subit Tentraînement d'une politique financière qui aurait mérité, bien plus que certaine politique socialiste, d'être qualifiée de politique < de la main largement ouverte ».
Le successeur du duc Decazes aux Affaires Étrangères, M. Waddinglon, avait donné à la majorité parlementaire les premières satisfactions qu'elle était en droit d'exiger, en appelant M. Fournier à l'ambassade deConstantinople. La citation que nous avons faite, dans un chapitre précédent, du rapport de M. Spuller, présenté au nom de la Commission du budget de 1878, était une invitation au ministre de faire plus et mieux. Dans la direction de notre politique extérieure M. Waddington avait été forcé de suivre la même ligne que M. Decazes. Mais il avait apporté aux affaires un esprit plus dégagé de préoccupations religieuses et sa seule présence au quai d'Orsay avait rassuré l'Allemagne et l'Italie, qu'inquiétait l'éventualité du triomphe de la Droite ultramontaine. Mais, par un curieux et naturel revirement, le rapprochement politique qui s'était opéré entre la France et l'Italie avait été suivit d'une rupture commerciale, dont la responsabilité remontait encore au 16 Mai. Le traité de commerce franco-italien expirait le 1®'" Juillet 1878. MM. de Broglie et Decazes, se sentant suspects au Quirinal, l'avaient renouvelé dès le 6 Juillet 1877, en acceptant les conditions les plus onéreuses pour la France. Saisie de ce traité, le 7 Juin 1878, la Chambre lui refusa sa sanction à une grosse majorité et la guerre des' tarifs commença entre les deux puissances le 1" Juillet 1878.
Le remplacement du duc Decazes par M. Waddington, dont
416 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DLFAURE (13 Dec. 1877-4 Fév. 1879)
les sympathies pour TAnglelerre étaient connues, avait eu presque instantanément son influence sur les affaires décrient. Le l*^*" Avril 1878, le comte Beaconsiîeld faisait déclarer par son nouveau ministre des AfTaires Étrangères, lord Salisbury, que le traité de San Stefano, en faisant dominer la Russie sur la mer Noire, en ne laissant à la Turquie qu'une indépendance illusoire, compromettait les intérêts de TAnglelerre. La Russie, après la guerre avec la Turquie, menacéd'une nouvelle guerre avec l'Angleterre, se tournait vers l'Allemagne qui, en souvenir de la blessure d'amour-propre reçue en 1875, lui refusait son concours et le prince Gortchakofl se voyait obligé de demander à l'Angleterre quelles modifications elle jugeait utile d'apporter au traité de San Stefano. Telle fut l'origine du Congrès de Berlin : il sortit d'un arrangement du 30 Mai, entre la Russie et l'Angleterre, qui réduisait de plus de moitié les avantages obtenus par la première de ces puissances. La réduction eût été plus forte encore si M. Waddington ne se fût opposé, à l'avance, à ce qu'il fût question au Congrès de l'Egypte et de la Syrie. N'ayant pu s'entendre avec l'Autriche-Hongrie, pour exercer avec elle le protectorat de l'Empire turc, l'Angleterre s'était tournée directement vers Vhomme malade et avait conclu avec lui, le 4 Juin, un traité secret, par lequel elle s'assurait l'île de Chypre qui commande le littoral de la Syrie et de l'Egypte. Nantie de cette forte position, devenue elle aussi, parce coup habile, une beata possidens, l'Angleterre, à l'insu de Vhomme malade, avait assuré à TAutrichee Hongrie, d'accord avec l'Allemagne, la possession de Ja Bosnie et de l'Herzégovine.
Ces traités secrets et ces intrigues, qui avaient précédé le Congrès, rendaient sa tâche moins malaisée : tout était réglé d'avance, et les plénipotentiaires, réunis le 13 Juin à Berlin, n'eurent qu'à confirmer les arrangements arrêtés