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LE TRAITÉ DE BERLIN

entre MM. BeaeonsOeld, Gortchakoff, Bismarck et Andrassy. La France y aurait joué un rôle insignifiant, si M. Waddington qui tenait, sans doute comme helléniste, à la clientèle des Grecs n'avait soutenu, dans la séance du 5 Juillet, les prétentions de MM. Delyannis et Rangabé et obtenu du Congrès beaucoup moins que ne demandaient ces diplomates. Le 13 Juillet, le Congrès de Berlin clôturait ses séances, cinq jours après le coup de théâtre de la divulgation de l'accord anglo-turc. Le prince Gortchakoff, déçu et humilié, avait vainement demandé à l'assemblée de faire connaître comment elle entendait assurer l'exécution de ses hautes décisions. M. de Bismarck s'était vengé de Téchec qu'il avait éprouvé en 1875 ; mais, en creusant le fossé qui séparait l'Allemagne de la Russie, il avait peut-être facilité le rapprochement ultérieur de la Russie avec la France, alors tout anglaise.

Au bas du traité de Berlin figuraient, pour la France, les signatures de MM. Waddington, de Saint-Vallier et Deprez. Interrogé au Sénat, dans la discussion du budget de 1879, par M. de Gontaut-Biron, sur l'état de nos relations avec les autres puissances, M. Waddington reconnut qu'il y avait dans le traité de Berlin des dispositions peu agréables pour nous ; mais le rétablissement de la paix et son maintien probable justifiaient, à ses yeux, la France « d'avoir été à Berlin libre d'engagements, d'en être revenue libre d'engagements et d'être restée libre d'engagements ». C'était la politique « des mains nettes », que Gambetta jugeait d'un mot piquant: ■ Nous nous sommes donné trop de mal pour découper le rôti que mangent les autres. »

L'affirmation si nette, si tranchante de M. Waddington était-elle conforme à la réalité des choses ? Oui, dans la bouche d'un diplomate ; notre ministre des Affaires Étrangères n'était pas tenu de faire connaître au Parlement les Kdo. Zevort. — Troisième République. ii. — 27

418 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. i877-4 Fév. 1879)

conversations conGdentielles, qu'il pouvait avoir eues avec lord Salisbury, sur l'évenlualité d'une intervention française en Tunisie, ni les encouragements qu'il pouvait avoir reçus de telle ou telle puissance. Un mol de lord Beaconsfîeld, à la Chambre des Communes, ne tardait pas du reste à éclairer la situation. Quand le chef du Gouvernement anglais se demandait si Ton avait, au Congrès de Berlin, transporté la France sur quelque haute montagne, d'où on lui avait montré les royaumes de ce monde, personne ne répondait par la négative.

En ce qui concerne les stipulations publiques, le maintien d\x statu quo dans les Lieux Saints et la réseiTC expresse des droits acquis à la France étaient, en effet, dansTarlicleGl, de pure forme. Dans l'article 24 la mention de la France au nombre des puissances qui devaient offrir leur médiation à la Sublime Porte et à la Grèce, au cas où elles ne parviendraient pas à s'entendre sur la rectification de frontière, ne comportait pas pour nous une action isolée, mais une action collective, bien que nos représentants eussent pris l'initiative de cette rédaction.

On était à cinq mois du Congrès de Berlin, quand M. Waddington répondait à M. de Gontant-Biron et, bien que le traité n'eût pas été exécuté dans toutes ses parties, par le mauvais vouloir ou par l'impuissance des Turcs, la guerre ne s'était pas rallumée et les sacrifices que M. Waddington avait cru devoir faire au rétablissement de la paix, en sanctionnant les agrandissements de l'Angleterre et de l'Autriche-Hongrie, n'avaient pas été jugés excessifs par l'opinion. Celle-ci n'était distraite du spectacle quotidien que lui offrait, à Paris, « la Foire du Monde, » que par une grandiose cérémonie, comme celle qui fut célébrée à Notre-Dame, pour le bout de l'an de Thiers, le 3 Septembre 1878, ou par l'écho retentissant des discours prononcés par certains parlementaires hors session.

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