GAMBETTA ET LE MARÉCUAL
Il veut que la question de Téducatioa soit € la passion de tous les députés républicains » et il trace tout un programme généreux, patriotique d'instruction primaire, un programme pratique d'instruction secondaire , un programme d'enseignement supérieur, qui sera, comme l'enseignement secondaire, confié exclusivement à l'Université, € cet asile tutélaire de l'esprit moderne. »
Pour les travailleurs, il réclame l'assistance de l'État, réduite au développement des moyens de communication ; il se déclare partisan d'une politique commerciale reposant sur la liberté, partisan d'une politique financière reposant sur les dégrèvements et sur la suppression des mauvais impôts et, par un revirement inattendu, adversaire décidé de l'impôt sur la rente.
Gomment le Maréchal de Mac-Mahon prit-il les avances significatives qui lui étaient faites par le leader des Gauches, par le chef de la majorité, par le représentant le plus qualifié et le plus populaire de la Démocratie victorieuse ? Du jour où il s'était résigné à conserver le pouvoir, le Maréchal avait implicitement consenti à laisser le Gouvernement aux Républicains, tout en se réservant de se retirer, le jour où il devrait sanctionner des actes que réprouverait sa conscience. Sans cesser de considérer tous les Républicains comme des démagogues, sauf peut-être M. Dufaure, qu'il appréciait pour ses sentiments religieux, pour sa droiture, peut-être aussi pour sa haine de la Démocratie, il avait signé des mesures qu'il désapprouvait, il avait sacrifié des fonctionnaires tout dévoués k sa personne, en se contentant de dire à ses ministres : € Après tout c'est vous qui êtes responsables, ce n'est pas moi. » Quand M. Dufaure, atteint dans la plus chère des affections, parla de se retirer, c'est l'affectueuse insistance du Maréchal qui le fit rester à son poste. Le Maréchal appréciait aussi M. Léon Say et M. Duclerc, pour les services
424 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. 1877-4 Fév. 1879)
rendus par eux aux Finances publiques; mais, en dehors de ces trois hommes, tous les membres de la Gauche lui étaient indifférents et quelques-uns d'entre eux, qui n'étaient pas les plus violents, tant s'en faut, lui étaient particulièrement antipathiques. Son abstention au bout de Tan de M. Thiers, bien que conforme au protocole, avait été remarquée et commentée dans le sens le plus défavorable. Ses sentiments de défiance envers M. Jules Simon, qui avaient fait explosion au mois de Mai 1877, étaient très antérieurs au discours de Novembre 1873. Enûn, son attitude en face de M. Gambelta, même après le 14 Décembre 1877, convainquit tout le monde que MM. deBroglie et de Fourtou avaient répondu à ses secrètes pensées en le mettant personnellement aux prises avec « le dictateur de Bordeaux et l'orateur de Belleville ». Après la bataille, autant le vainqueur usa modérément de la victoire, autant le vaincu montra qu'il avait conservé le souvenir cuisant de la défaite. Le président de la Commission dû budget ne fut pas invité une seule fois aux réceptions et aux dîners de l'Elysée, où sa place était marquée, et cette exclusion en disait long. M. Duclerc avait essayé de ménager une entrevue < fortuite » entre le Président de la République et M. Gambetta : le Président de la République s'y refusa obstinément. Sans que les ministres s'en doutassent, la froide réserve du Maréchal agissait sur quelquesuns d'entre eux. M. Dufaure avoua plus tard que du 14 Décembre 1877 au 31 Janvier 1879, il n'avait pas rencontré une seule fois M. Gambetta, en dehors de la Chambre, et n'avait pas eu avec lui la moindre relation. Les sessions parlementaires rapprochaient forcément le président du Conseil et le chef de la majorité; mais rien ne comblait le fossé chaque, jour plus profondément creusé, qui séparait le chef de l'Etat de celui qu'il aurait eu le plus d'intérêt à voir, à connaître et qu'avec sa droiture native il eût certaine-