‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 138 sur 230 · CLOTURE DE L'EXPOSITION · texte numérisé non relu

CLOTURE DE L'EXPOSITION

ment apprécié. La passion de Gambetta pour Tarmée, son zèle pour sa réorganisation établissaient entre eux un pont sur lequel le Maréchal ne voulut jamais mettre le pied.

La clôture de TExposition fut la dernière occasion solennelle qui s'offrit au Maréchal de représenter dignement la France en face des souverains et des peuples que l'Exposition avait attirés à Paris. Le discours qu'il prononça, dans cette mémorable circonstance, était son œuvre personnelle : soumis constitutionnellement au Conseil des ministres, il fut unanimement approuvé et méritait cette approbation par une note à la fois flère et modeste, par un ton simple et juste. Après avoir dit que Tidée même d'une Exposition, si peu de temps après nos malheurs, était une sorte de défi à la mauvaise fortune, une sorte de gageure qui avait été gagnée et une preuve éclatante de nos dispositions pacifiques, le Chef de l'Etat faisait valoir, avec un légitime orgueil, t la solidité de notre crédit, l'abondance de nos ressources, la paix de nos cités, le calme de nos populations, l'instruction et la bonne tenue de notre armée, aujourd'hui reconstituée ; » il terminait par un appel chaleureux « h l'esprit de concorde, au respect absolu des institutions et des lois, à l'amour ardent et désintéressé de la Patrie ».

Quand la session se rouvrit, quelques jours après la distribution des récompenses aux exposants, M. Dufaure prit la parole dans la vériOcation des pouvoirs de M. de Fourtou. Celui-ci, au lieu de défendre son élection, avait attaqué les Républicains et le Cabinet avec l'audace froide, tranquille, exaspérante dont il avait le secret. A la place d'une réponse indignée de Gambetta, il eut une réponse du président du Conseil qui prit les proportions d'un événement politique. Avec plus de vigueur qu'il n'en avait jamais montré, le Garde des Sceaux refît le procès du 16 Mai, justifia son administration du reproche visiblement paradoxal, dans la bouche

426 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. 1877-4 Fév. 1879)

de M. de Fourlou, de pression offlcielle et à Tinterrogalioa cynique de M. de Fourtou : « Quel Gouvernement représentezvous? » répondit, aux acclamations de toute la majorité, en flétrissant le ^ parti sans nom >.

€ Vous qui me parlez et qui me demandez ce que je représente, voulez-vous bien me dire quel est votre programme ? Il y a dans nos Chambres, comme dans la presse, un parti sans nom,... auquel il est absolument impossible de trouver un nom et un programme, qui est puissant par le talent de ceux qui le représentent, qui peut créer des obstacles sérieux à tous les Gouvernements qui prendront le pouvoir ; qui en créerait, s'ils revenaient, au Gouvernement impérial, au Gouvernement de la Restauration, qui en crée aujourd'hui au Gouvernement de la République. Voilà le parti auquel appartient l'honorable M. de Fourtou.

< Quant à nous. Messieurs, nous disons très sincèrement ce que nous sommes. Notre nom est connu. Nous sommes les représentants de ce groupe libéral qui, depuis 1814, a toujours trouvé des organes dans nos Assemblées, jusqu'en 1851, et même quelquefois après.

< A ces principes libéraux que nos pères nous ont transmis, nous adaptons la forme du Gouvernement républicain, telle qu'elle a été établie par la Constitution de 187S. »

Ce discours, prononcé le 19 Novembre, 22 jours après l'élection des délégués sénatoriaux, qui avait eu lieu le 27 Octobre précédent, était tout un programme d'élections sénatoriales : il permettait d'exclure des listes républicaines tous ces Conservateurs indécis, Bonapartistes hier. Orléanistes il y a trente ans. Légitimistes il y a cinquante ans, qui se rallient toujours au parti le plus fort et qui ont pour longtemps compromis l'appellation de Ralliés, également suspecte à la réaction et au libéralisme. Après la séance du 19, qui avait singulièrement affermi le ministère, le confident de

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