LA VISITE DU 5 AOUT
saccessivement visiter le comte de Chambord, moins le duc d*Aumale, retenu par la présidence du procès Bazaine et la fusion^ que M. de Falloux poursuivait depuis vingt-cinq ans, se trouvait accomplie. On Ta dit fort bien, la visite du 5 Août était une simplification, elle n'était pas une solution. Elle était une simplification, puisqu'il ne restait plus qu'un trône au lieu de deux ; elle n'était pas une solution, puisqu'il y avait toujours deux Monarchies, la Monarchie de droit divin et la Monarchie constitutionnelle. Il y avait aussi deux drapeaux, le drapeau blanc et le drapeau tricolore. Si ni le comte de Chambord ni le comte de Paris n'avait renoncé à sa conception, de la royauté et à son étendard, la difficulté subsistait tout entière ; or, comme il n'avait pas été dit un mot de politique dans l'entrevue du 5 Août, qui n'avait été qu'une réunion de famille, qu'une sorte de retour de l'enfant prodigue, chacun pouvait interpréter la visite de Frohsdorf au gré de ses espérances ou de ses craintes. Le 18 Août, un grand journal de Paris annonçait le rétablissement imminent de la Monarchie légitime et héréditaire. Le 22 Août, un autre journal, non moins bien informé, affirmait que la fusion avait échoué sur la question du drapeau. Les deux nouvelles, à ce moment, étaient aussi inexactes l'une que l'autre.
Mais si le comte de Paris et le comte de Chambord avaient soigneusement évité la discussion sur les points qui les séparaient, le Centre Droit et la Droite sans chercher, au début, à dissiper le malentendu, avaient fort habilement profité de la situation. Renouvelant la tactique qui leur avait si bien réussi avant le 24 Mai et qui leur avait donné la victoire sur M. Thiers, ces deux groupes avaient, lors de la séparation de l'Assemblée, laissé de pleins pouvoirs à un Comité de neuf membres qui comprenait, sous la présidence du général Changarnier, MM. Ghesnelong, d'Audifl*ret-Pasquier, de Larcy, Daru, Baragnon, [Combier, Callet et de
30 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 NoY. 1873)
Tarteron. Les six premiers sont bien connus. M. de Tarteron était un député légitimiste du Gard ; M. Gallet, député de la Loire, avait écrit, du 4 Septembre au 8 Février, dans le Défenseur de Saint- Etienne^ des articles qui étaient plutôt républicains et qui avaient assuré son élection; dans le Comité il représentait le Centre Droit ; M. Combier, qui y représentait la Droite pure, avait été élu dans les Ardennes, également comme Républicain. Converti à la Légitimité, il fut un des nombreux députés qui firent le voyage de Frohsdorf, de Vienne ou de Salzbourg pour voirie roi. A son retour il écrivit au directeur de V Association de Notre-Dame du Salut une lettre où il indiquait, comme moyens pratiques d'assurer la restauration, l'adoration perpétuelle du Saint- Sacrement et la récitation du rosaire. M. Combier était sûrement moins préoccupé que M. Callet d'exiger de Henri V des garanties constitutionnelles.
Le Comité des Neuf, durant tout le mois d'Août, usa très habilement des avantages que la fusion avait donnés aux partisans de Tune ou de l'autre Monarchie. On s'expliquerait ensuite sur son caractère et ses conditions ; l'essentiel était de la rétablir et, si les négociations avec Frohsdorf furent d'abord peu actives et peu décisives, l'agitation en faveur de la restauration, favorisée parla neutralité du Gouvernement se répandit sur toute la surface de la France. A Paris et à Versailles on recueillait des signatures; à Notre-Dame de Liesse, près de Laon, à Paray-le-Monial, en Saône-et-Loire, à Hellemmes dans le Nord, on provoquait d'immenses réunions de catholiques, sans souci des périls extérieurs que pouvaient provoquer les menaces adressées à l'Italie ou les manifestations pour le Pouvoir temporel, sans souci non plus des troubles intérieurs, de l'arrêt des affaires et de la désapprobation formelle du pays. A défaut des élections législatives, systématiquement retardées, des élections dépar-