LA REVANCHE DU 16 MAI
Orléanistes et des Gonstitutionaels, avec lesquels ils avaient formé la majorité de Droite du premier Sénat républicain. L'intérêt électoral leur conseillait de perpétuer Téquivoque jusqu'au bout. Jusqu'au dernier jour, le Sénat de 1876 fut pour la Chambre des députés un censeur hostile et non point un modérateur amical ; jusqu'au dernier jour, il fut impuissant puisqu'il ne sut rien empêcher, et dangereux puisqu'il faillit tout compromettre; jusqu'au dernier jour il a été à la merci des excentriques et des violents ; jusqu'au dernier jour il a flotté entre la Monarchie et la République et, par une juste punition, il a surtout compromis les idées conservatrices qu'il s'est targué de défendre. Si la première expérience de la Constitution de 1875 n'a pu se faire sincèrement et loyalement, la faute en revient au Sénat de 1876 et, dans le Sénat de 1876, les plus coupables ne furent pas les ennemis déclarés de la République, mais les membres du parti sans-nom, sur le compte desquels l'histoire ne portera pas un autre jugement que celui de M. Dufaure.
Outre la série B que le sort, en 1876, avait désignée la première pour le renouvellement triennal de 1879, 7 sièges étaient à pourvoir par suite de décès, 4 dans la série C, renouvelable en 1882, et 3 dans la série A renouvelable en 1883. Sur 82 sièges vacants les Monarchistes en conquirent 16 et les Républicains 66 ; sur 37 départements appelés à voter, 7 seulement donnèrent la majorité à la réaction et, dans les Landes, les Républicains eurent, à quelques unités près, autant de voix que les Monarchistes. Cette victoire, tout à fait décisive, et qui dépassa les espérances les plus optimistes, fut la vraie revanche du 16 Mai et, comme au 14 Octobre, les Bonapartistes furent les plus vaincus : deux seulement entraient au Sénat ; le maréchal Canrobert était battu dans le Lot. Dans le Sénat renouvelé, la Gauche disposait d'une majorité de 40 à 50 voix ; cette majorité s'attesta, dès la rentrée,
430 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DLTAURE (13 Déc. 1877-4 Fév. 1879)
par le choix du président; M. Martel remplaça le duc d'Audiffret-Pasquier, que Ton rendit responsable des tergiversations et des défaillances du parti constitutionnel. Le rôle des Constitutionnels était désormais flni : les débris du groupe se perdirent, suivant leurs affinités, à Droite ou à Gauche.
L'élection du 5 Janvier créait une situation nouvelle : deux des pouvoirs publics appartenaient désormais à la République ; le Maréchal avait vu condamner une fois de plus sa politique et exclure de la Haute Assemblée les hommes qui avaient toute sa confiance. Après Je suffrage universel, le suffrage restreint, sans lui notifier un congé brutal, puisque ses pouvoirs légaux n'expiraient qu'en 1880, lui signifiai^ d'avoir à tenir plus de comple des volontés de la nation et des vœux de ses représentants. Ces vœux, que Gambetta avait formulés à Romans, se résumaient ainsi : modifications à la loi de 1875 sur les Universités libres ; laïcité, gratuité et obligation de l'enseignement primaire ; réforme du Conseil Supérieur de l'Instruction Publique ; suppression des faveurs aux congrégations religieuses non autorisées ; translation de la gendarmerie du ministère de la Guerre au ministère de l'Intérieur; amnistie en faveur des adhérents à la Commune, non condamnés par droit commun ; mise en accusation des ministres du 16 Mai ; profonds changements dans le personnel et particulièrement dans le personnel judiciaire.
Ces revendications firent naturellement l'objet des délibérations du Conseil des ministres et l'on se mit d'accord sur les concessions que le Gouvernement devait faire, sur les modifications qu'il devait introduire dans les lois, pour les mettre en harmonie avec la République, définitivement fondée. Le Maréchal ne fit pas d'objections au programme que lui proposèrent ses conseillers responsables et, le 16 Janvier, lecture fut donnée de la Déclaration où ce programme était exposé aux représentants du pays.