‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 142 sur 230 · VICTOIRE PARLEMENTAIRE DE DUFAURB · texte numérisé non relu

VICTOIRE PARLEMENTAIRE DE DUFAURB

les progrès de Tinstitution républicaine, et il termina par ces nobles paroles :

« J'ai encore pris part à révénement qui vient de se passer et qui a été un progrès nouveau. Je ne sais quelle part je prendrai à ses conséquences immédiates, ni si je serai témoin de la dernière épreuve que l'institution républicaine doit subir en 1880, par le renouvellement du pouvoir exécutif; mais je demande au ciel qu'elle se passe avec autant de calme et de fermeté que l'épreuve qu'elle vient de subir le 5 Janvier. Et si je suis encore de ce monde, personne n'y applaudira d'un cœur plus ardent que le mien. » Après M. Dufaure, M. Floquet vint afBrmer que « l'union des Gauches devait se symboliser dans un nouveau ministère, représentation véritable de la majorité >. M. Clemenceau demanda l'ordre du jour pur et simple qui fut repoussé et M. Jules Ferry déposa l'ordre du jour de confiance qui fut adopté ; il était ainsi conçu :

c La Chambre des députés, confiante dans les déclarations du Gouvernement et convaincue que le Cabinet, désormais en possession de sa pleine liberté d'action, n'hésitera pas, après le grand acte national du 5 Janvier, à donner à la majorité républicaine les satisfactions légitimes qu'elle réclame depuis longtemps, au nom du pays, notamment en ce qui concerne le personnel administratif et judiciaire, passe à Tordre du jour.»

Conformément aux promesses de la Déclaration, promesses dont le Maréchal avait eu connaissance, et aux nouveaux engagements qu'ils avaient pris le 20 Janvier, les ministres se disposèrent à donner à la majorité républicaine ces « satisfactions » qu'elle réclamait. Ils s'attendaient d'autant moins à une résistance que le Maréchal venait de consentir au remplacement du général Borel par le général Gresley, le récent candidat des Gauches à un siège d'inamovible, et

436 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (i3 Déc. 1877-4 Fév. 1879)

que la question des grands commandements militaires semblait tranchée par le texte même de la Déclaration. Elle était seulement posée, la phrase sur les exceptions permises par la loi n'étant pas entendue de même par le Maréchal el par ses ministres. Pour le Maréchal les officiers généraux maintenus dans le commandement au delà du terme légal devaient accomplir une nouvelle période de trois ans ; pour les ministres l'exception appliquée, « dans un intérêt réel de service, » pouvait cesser dès que Tintérêl du service n'était plus en cause. Ce malentendu fut une des causes de Tévénement qui se préparait. Il en existait d'autres et en particulier l'annonce de la mise en accusation des Cabinets du 17 Mai et du 23 Novembre 1877. Le Maréchal était décidé à se retirer plutôt que d'assister, sans pouvoir les défendre, au procès des hommes qui s'étaient dévoués à sa cause. Le ministère Dufaure avait compris les scrupules du Président de la République et il était résolu, de son côté, à faire écarter la mise en accusation, dût-il poser la question de Cabinet, éventualité peu vraisemblable, étant donné les dispositions de la Chambre.

Dans ses Souvenirs de la Présidence du Maréchal de Mac- MahoUy M. Ernest Daudet a raconté longuement et presque toujours exactement l'histoire des vingt derniers jours de cette Présidence, du 10 au 30 Janvier 1879. Nous suivrons à peu près son récit, non sans relever un détail dont nous avons pu contrôler personnellement l'inexactitude. M. Daudet rapporte que M. Bardoux qui avait pu défendre pendant un an, avec autant de courage que de bonheur, les fonctionnaires les plus menacés de son administration, s'était vu contraint, vers le milieu de Janvier, « de se résigner à sacrifier M. Mourier, vice-recteur de l'Académie de Paris >. M. Mourier n'étfidt pas sacriûé, mais atteint par la limite d'âge, limite qu'avait fixée un ministre ami de M. Daudet, afin d'atteindre en même

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