CONSEIL DES MINISTRES DU 25 JANVIER
temps le recteur de Toulouse et le député républicain de la Haute-Garonne, M. Gatien-Arnoult. Personne n*a jamais accusé M. Bardoux d'avoir subi une pression politique quelconque, quand il remplaça M. Mourier par M. Gh. Zevort, recteur de TAcadémie de Bordeaux : cette nomination était d'ailleurs antérieure à Tinterpellation de M. Sénard. C'est seulement après l'interpellation, que l'on annonça comme imminentes la démission de M. Andral, petit-fils de Royer- GoUard, vice-président du Conseil d'Etat et celle de M. Ferdinand Duval, préfet de la Seine, exigée par M. de Marcère.
Le 25 Janvier M. Léon Say avait soumis h la signature du Maréchal un décret portant révocation de hauts fonctionnaires du ministère des Finances. Le Maréchal ajourna M. Léon Say au lendemain, retint M. Dufaure après le Conseil et lui dit :
€ — Je ne veux pas signer ce décret ; M. Léon Say est un ministre qui s'emporte {sic) ; il ne faut pas s'emporter ni faire de ces exécutions.
— C'est un ministre qui arrive premier, Monsieur le Maréchal, voilà tout, répondit M. Dufaure ; nous avons tous pris, le 20 Janvier, un engagement formel et nous sommes résolus aie tenir.
— Allez-vous donc m'apporter à signer des masses de décrets de révocation ?
— Chacun de nous a sa liste et puisque nous sommes contraints de faire à l'opinion des concessions légitimes et nécessaires, n'y mettez pas obstacle, Monsieur le Maréchal ; ce serait nous contraindre à nous retirer et ceux qui nous remplaceraient vous présenteraient les mêmes propositions.
— Je partirais avec vous.
— Vous compromettriez alors plus sûrement ceux que vous voulez protéger. »
Le Maréchal ne répliqua pas. Le lendemain il rendait
438 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. 18774 Fëv. 1879)
sans observation le décret signé à M. Léon Say. Mais il était manifeste que sa résolution était prise, que les excellentes raisons données par M. Dufaure n'avaient produit sur lui aucun efTet, et qu'il n'attendait qu'une occasion. Elle lui fut fournie au Conseil du 28 Janvier \ MM. Dufaure, Crresley et Bardoux apportaient des projets de décrets qu'ils comptaient faire signer au Président. Le Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes prit le premier la parole et proposa la nomination de M. Laferriëre, maître des requêtes au Conseil d'État, comme directeur des Cultes, en remplacement de M. Tardif, qui venait d'avoir une discussion des plus vives avec le sous-secrétaire d'État, M. Jean Casimir- Périer. Le Maréchal exprima les regrets que lui causait le départ de M. Tardif et signa le décret qui le remplaçait et celui qui lui conférait le titre de conseiller d'État honoraire. Le général Gresley prit alors la parole pour proposer de déplacer cinq commandants de corps d'armée et d'en mettre cinq autres en disponibilité : MM. Lartigue, Bataille, Bourbaki, de Montaudon et du Barail. « Ces braves gens sont couverts par la loi, dit le Maréchal, et je me refuse à les révoquer. » Le ministre répliqua que, dans la pensée du Conseil, le fait d'avoir été maintenu en fonctions n'impliquait pas le droit de courir une nouvelle carrière d'égale durée. Le Maréchal, très rouge, comme il l'était dans les circonstances graves, prononce alors tout d'une haleine, d'un accent triste mais d'un ton résolu, un discours où il abandonne les généraux Lartigue et de Montaudon, malades et qui veulent se retirer, mais où il défend fermement les autres et déclare que, s'il les sacrifiait, il n'oserait plus embrasser ses enfants. Puis, il se lève, serre la main des ministres les plus rapprochés de lui et se retire, avec une gravité digne et fière.
(1) Voir cette séance & i*Appendice XV.