‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 144 sur 230 · CONSEIL DES MINISTRES DU 28 JANVIER · texte numérisé non relu

CONSEIL DES MINISTRES DU 28 JANVIER

Le soir même, les ministres se réunissaient à la place Beauvau, pour se trouver plus à proximité de TElysée. Ils exprimèrent Tavis qu'il était désirable d'éviter une crise gouvernementale; mais, sur l'observation présentée par M. Dufaure que les scrupules du Maréchal auraient dû s'exprimer quinze jours plutôt, lorsqu'il avait eu connaissance de la Déclaration ministérielle, il fut décidé que les propositions faites par le général Gresley seraient maintenues. Le Cabinet, pour faire preuve de conciliation, consentirait seulement à replacer le général du Barail.

Le lendemain matin M. Dufaure se rendit à l'Elysée, fit connaître au Maréchal les résolutions de ses collègues et le trouva inébranlable. M. Dufaure lui offrit sa démission et celle de tous les ministres : il la refusa, en déclarant qu'il ne trouverait pas à former un nouveau Cabinet dans la majorité et renvoya le Conseil au lendemain, à Versailles. C'est dans ce Conseil, convoqué pour une heure de l'après-midi, qu'il devait faire connaître sa décision dernière.

Dès l'après-midi du 28, le bruit s'était répandu dans Paris qu'un désaccord s'était produit au Conseil entre le Garde des Sceaux et le Président delà République. L'opinion, toujours un peu nerveuse depuis le 16 Mai 1877, s'était demandé s'il ne se préparait pas une répétition de ce coup de tête. De prétendus nouvellistes très exactement renseignés avaient affirmé que M. de Broglie avait été appelé à l'Elysée. Ni le duc de Broglie, ni aucun homme politique marquant n'avait été mandé par le Maréchal. Le 28 Janvier, et durant toute la journée du 29, il était resté dans la plus grande réserve, ne s'ouvrant pas même aux siens de sa résolution, très fermementarrètée pourtant. Les Gauches du Sénat et de la Chambre, mieux renseignées que le public, n'avaient pas eu une minute de crainte et, dès l'ouverture de la crise, s'étaient occupées de pourvoir à la vacance du pouvoir suprême. La candidature

440 LE DEUXIÈME MINISTÈRE DUFAURE (13 Déc. 1877-4 Fév. 1879)

de M. Dufaure, posée dans les groupes sénatoriaux, n'avait pas été soutenue, et une note très brève, envoyée par le chef du Cabinet du Garde des Sceaux à V Agence Havas^ avait ramené tous les suffrages sur le nom du candidat désigné à Tavance, qui ne devait pas, Gambetta Tavait annoncé à Romans, rencontrer une seule compétition personnelle. Tous les Républicains étaient d'accord et l'élection du député du Jura était faite, avant que la démission du Maréchal ne fût écrite.

Le 30 Janvier, à une heure, le Maréchal se rend à Versailles dans la salle du Conseil, où tous les ministres sont réunis, apprend d'eux qu'ils persistent dans leurs résolutions et leur donne lecture de cette lettre de démission, adressée aux présidents de la Chambre et du Sénat :

€ Monsieur le Président, dès l'ouverture de cette session, le ministère vous a présenté un programme des lois qui lui paraissaient, tout en donnant satisfaction à l'opinion publique, pouvoir être votées sans danger pour la sécurité et la bonne administration du pays. Faisant abstraction de toute idée personnelle, j'y avais donné mon approbation, car je ne sacrifîais aucun des principes auxquels ma conscience me prescrivait de rester Adèle. Aujourd'hui, le ministère, croyant répondre à l'opinion de la majorité dans les deux Chambres, me propose, en ce qui concerne les grands commandements militaires, des mesures générales que je considère comme contraires aux intérêts de l'armée et par suite à ceux du pays. Je ne puis y souscrire. En présence de ce refus, le ministère se relire. Tout autre ministère, pris dans la majorité des Assemblées, m'imposerait les mêmes conditions. Je crois, dès lors, devoir abréger la durée du mandat qui m'avait été confié par l'Assemblée nationale. Je donne ma démission de Président de la République.

< En quittant le pouvoir, j'ai la consolation de penser que.

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