CONCLUSION 44S
la majorité républicaine. Pour l'attirer à soi, pour la conquérir, cette majorité, il faut suivre le conseil de M. Thiers, il faut commencer par être sage ; il faut prouver que l'on n'est pas seulement une Opposition, mais un Gouvernement; il faut adopter un programme qui rassure et d*oii soient soigneusement exclues les utopies et les chimères ; il faut surtout, en face d'un ennemi sérieusement armé, se discipliner en pleine bataille, renoncer à la guerre de tirailleurs qui affaiblit el aux divisions qui paralysent. L'ordre moral rendit aux Républicains rinappréciable service de les unir, de faire d'eux un tout compact, indissoluble et, par suite, invincible, en face des trois armées monarchistes. Si M. Thiers avait conservé le pouvoir jusqu'à sa mort, il n'est pas certain que la quasiunanimité des Républicains eût consenti à voter sa Constitution, plus démocratique pourtant que celle du 25 Février, et qui faisait recruter le Sénat par le suffrage universel. La Constitution de M. Wallon, très critiquable en plusieurs points et bien moins acceptable pour les théoriciens de la République absolue, de la République antérieure et supérieure au suffrage universel, fut cependant votée par la presque unanimité d'entre eux, parce qu'il fallait parer au danger le plus pressant, parce qu'il importait, avant tout, de déloger l'ennemi des positions d'où il menaçait toutes les libertés ; parce que ce qui était en cause c'était l'avenir même du parlementarisme et de la société civile, également menacés par le pouvoir personnel et par les prétentions ultramontaines. M. Thiers l'a constaté lui-même, avec un grand sens : s'il était resté Président delà République, on l'eût certainement rendu responsable de l'échec de la Monarchie. La Monarchie n'ayant pu se faire sous le Maréchal de Mac-Mahon, la preuve était décisive et l'impossibilité du Régime surabondamment démontrée. Un autre enseignement ressortait des six ans de Présidence du Maréchal : la possibilité, pour
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un grand parti, de se métamorphoser par sa seule force interne, malgré tous les obstacles qui lui sont opposés, malgré l'hostilité déclarée des pouvoirs publics. Cet empire sur SM-mème, la répudiation des anciens préjugés, Toubl des querelles stériles, toutes ces vertus, qu'il n'avait eues qu*à un degré médiocre sous M. Thiers, le parti républicain les a eues au suprême degré sous la Présidence du Maréchal ; elles ont assuré son triomphe, en moins de six ans, et rallié la grande majorité de la nation à la forme de Gouvernement la mieux appropriée aux sociétés modernes.
Préface du recueil des discours du comte de Montalembert^,
« Une Ecole a surgi, qui s'est crue autorisée à renier tous ces antécédents, à démentir tous les principes proclamés par les catholiques sous le Régime parlementaire. Sous Tempire des plus étranges illusions, en dépit de tous les avertissements, et sans aucun souci de rhumiliante déconvenue que lui réservait un avenir si prochain, cette Ecole a donné Texemple de la palinodie la plus éclatante et la plus coupable que Thistoire moderne ait à enregistrer. Elle a substitué des théories hardiment serviles aux précieuses garanties de la vie publique et des aspirations frénétiques vers la compression universelle à l'invincible élan des âmes généreuses vers la liberté. Elle a courbé une portion trop nombreuse du clergé sous la tyrannie de ses invectives et de ses dénonciations. Elle a fait de la raison une ennemie, de Téloquence un péril public, de la liberté une chimère antichrétienne, « du goût de la servitude » une sorte d'ingrédient de la vertu.
c Dans le passé, elle a entrepris de remettre en honneur les pages les plus sombres qu'il soit possible de découvrir dans les annales du catholicisme ; elle a réhabilité Philippe II et le duc d'Albe, justifié l'inquisition espagnole et la révocation de l'édit de Nantes, donné pour type de la société politique, tantôt l'Empire romain, tantôt le Régime napoléonien de 1812, tantôt Louis XIV entrant au Parlement le fouet à la main. Elle a soutenu que la France de l'Ancien Régime était un pays où il n'y avait rien à
' LccofTre, éditeur.
réformer, puisquUl avait t la plus sage des Constitutions », la plus parfaite et la plus « libre > des Monarchies.
« Dans le présent, elle proscrit la tolérance, même civile, des cultes non catholiques ; elle déclare que la Constitution belge, faite par les catholiques nos voisins, et si longtemps invoquée par tous les nôtres, crée un état anormal et antisocial ; elle se moque cyniquement des catholiques assez naïfs pour réclamer la liberté des autres en même temps que la leur, ou, comme elle disait autrefois elle-même, pour demander la liberté de tout le monde. Elle affirme que l'Eglise, seule, doit être libre et que cette liberté est la seule dont les honnêtes gens aient besoin ; qu'on ne doit laisser parler et écrire que ceux qui se confessent; que la liberté de conscience, utile, sans doute, à la conquêXe de la vérité, doit être restreinte, à mesure que la vérité se fait connaître. Quant à la liberté politique, elle ne veut ni peser ni discuter ses droits : elle les nie tous. Elle ajoute que chercher des garanties contre le pouvoir est, en politique, ce qu'est en géométrie la quadrature du cercle et que les Chartes contitutionnelles ne sont que la profession publique du mensonge.
< Ces doctrines ont été données pour base et pour programme à ce qu'on appelait, par une profanation adulatrice, la restauration de la Monarchie chrétienne, et ce qui ne pouvait aboutir, comme je me suis déjà permis de le dire, qu'à une coalition éphémère entre le corps de garde et la sacristie.
c Et ce n'a pas été là l'aberration passagère ou obscure de quelques esprits excentriques, sans écho et sans ascendant ; c'a été pendant dix ans, la prétention quotidienne et bruyante d'un oracle docilement écouté et religieusement admiré par le clergé français, qui lui avait vu décerner le titre de grande institution catholique. >
léC comte de Chambord à M, Chesnelong.
Salzbourg, 27 Octobre 1873.
J'ai conservé, Monsieur, de votre visite à Salzbourg un si bon souvenir, j'ai conçu pour votre noble caractère une si profonde estime, que je n'hésite pas à m'adresser loyalement à vous, comme vous êtes venu vous-même loyalement vers moi.
Vous m'avez entretenu, durant de longues heures, des destinées de notre chère et bien-aimée patrie, et je sais qu'au retour vous avez prononcé, au milieu de vos collègues, des paroles qui vous vaudront mon éternelle reconnaissance.
Je vous remercie d'avoir si bien compris les angoisses de mon âme, et de n'avoir rien caché de l'inébranlable fermeté de mes résolutions.
Aussi, ne me suis-Je point ému quand l'opinion publique, emportée par un courant que je déplore, a prétendu que je consentais enfin à devenir le Roi légitime de la Révolution. J'avais pour garant le témoignage d'un homme de cœur, et j'étais résolu à garder le silence, tant qu'on ne me forcerait pas à faire appel h votre loyauté.
Mais puisque, malgré mes efforts, les malentendus s'accumulent, cherchant à rendre obscure ma politique à ciel ouvert, je dois toute la vérité à ce pays dont je puis être méconnu, mais qui rend hommage à ma sincérité, parce qu'il sait que je ne l'ai jamais trompé et que je ne le tromperai jamais. On me demande aujour^. d'hui le sacrifice de mon honneur. Que puis-je répondre, sinon que je ne rétracte rien, que je ne retranche rien de mes précédentes déclarations? Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain et je ne puis consentir à inaugurer un Régime réparateur et fort par un acte de faiblesse.
Edg. Zbvort. — Troisième république. u. — 29
Il est de mode, vous le savez, d*opposer à la fermeté d'Henri Y l'habileté d'Henri IV. La violente amour que je porte à mes sujets^ disait-il souvent, me rend tout possible et honorable. Je prétends, sur ce point, ne lui céder en rien ; mais je voudrais bien savoir quelle leçon se fût attirée Timprudent assez osé pour lui persuader de renier Tétendard d'Arqués et d'Ivry.
Vous appartenez. Monsieur, à la province qui Ta vu naître et vous serez, comme moi, d'avis qu'il eût promptement désarmé son interlocuteur, en lui disant avec sa verve béarnaise : Mon ami, prenez mon drapeau blanc; il vous conduira toujours au chemin de rhonneur et de la victoire. On m*accuse de ne pas tenir en assez haute estime la valeur de nos soldats et cela au moment où je n'aspire qu'à leur confier tout ce que j'ai de plus cher. On oublie donc que rhonneur est le patrimoine commun de la Maison de Bourbon et de Tarmée française, et que, sur ce terrain-là, on ne peut manquer de s'entendre !
Non, je ne méconnais aucune des gloires de ma Patrie, et Dieu seul, au fond de mon exil, a vu couler mes larmes de reconnaissance, toutes les fois que, dans la bonne ou dans la mauvaise fortune, les enfants de la France se sont montrés dignes d'elle.
Mais nous avons ensemble une grande œuvre à accomplir. Je suis prêt, tout prêt, à l'entreprendre quand on le voudra, dés demain, dès ce soir, dès ce moment. C'est pourquoi je veux rester tout entier ce que je suis. Amoindri aujourd'hui, je serais impuissant demain. Il ne s'agit de rien moins que de reconstituer^ sur ses bases naturelles, une société profondément troublée, d'assurer avec énergie le règne de la loi, de faire renaître la prospérité au dedans, de contracter au dehors des alliances durables, et surtout de ne pas craindre d'employer la force au service de Tordre et de la justice.
On parle de conditions : m'en a-t-il posé ce jeune Prince, dont j'ai ressenti avec tant de bonheur la loyale étreinte, et qui, n'écoutant que son patriotisme, venait spontanément à moi, m'apportant, au nom de tous les siens, des assurances de paix, de dévouement et de réconciliation?
On veut des garanties ; en a-t-on demandé à ce Bayard des temps modernes, dans cette nuit mémorable du 24 Mai, où l'on imposait à sa modestie la glorieuse mission de calmer son pays par une de ces paroles d'honnête homme et de soldat, qui rassurent les bons et font trembler les méchants?