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LA RESTAURATION ET LES PAYSANS

tementales eurent lieu, sur différents points du territoire, le premier et le second dimanche d'Août ; les Républicains remportèrent partout. Quand les Conseils généraux se réunirent, les Républicains furent portés à la présidence dans 43 départements ; dans aucun la majorité n'osa se prononcer, même hors session, pour la Monarchie ; en revanche, de nombreux Conseillers généraux, des Chambres de commerce, Brent parvenir au Président de la République Texpression de craintes trop fondées; des assemblées départementales le frisson, dont parlait M. Leurent, avait passé au monde du commerce et de Tindustrie dans les villes.

A. la campagne, c'était plus que de l'inquiétude, c'est une irritation très vive qui se répandait de proche en proche. Les paysans, qui estiment que c les blancs seront toujours les blancs >, redoutaient d'autant plus une restauration bourbonienne, qu'ils jugeaient les Bourbons et le chef de la Maison de France, avec leurs passions, avec leurs rancunes tenaces, avec leur ignorance aussi. Le nom d'Henri V n'évoquait chez eux que des souvenirs féodaux ; pour eux la Monarchie légitime, appuyée sur le clergé, ne pouvait être qu'une réaction contre 4789 qui leur a donné Tégalité civile et la terre, contre 1848 qui leur a donné le droit de suffrage. Certes le comte de Chambord, s'il était remonté sur le trône, même sans conditions, n'aurait rétabli ni la dîme, ni les droits féodaux, ni le bon plaisir, ni la théocratie, ni le billet de confession ; il se serait montré libéral et moderne, à la façon de Charles X ; mais son nom seul évoquait tous ces souvenirs détestés, sans parler des souvenirs plus récents de la Terreur blanche et de la Congrégation.

Le Peuple ne se trompait pas en voyant la main du clergé dans les préparatifs de restauration. L'évêque d'Orléans, M^'' Dupanloup, s'était fait fort, six mois auparavant,

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d'obtenir du comte de Chambord qu'il renonçât au drapeau blanc et, dans une lettre véhémente, avait sommé le prétendant de remplir la mission, qu'il avait reçue de la Providence, de sauver un Peuple. Le 8 Février 1873, avec une hauteur suprême, le comte de Chambord avait répondu rudement à Monsieur VÉvêque t qu'il n'avait ni sacrifices <à faire, ni conditions à recevoir, qu'il attendait peu de l'habileté des hommes et beaucoup de la justice de Dieu >. On pouvait soutenir que M»** Dupanloup, représentant de la Droite, avait agi comme député, non comme évêque. Le mandement de l'archevêque de Paris, en date du 8 Septembre, document officiel et public, avait une tout autre importance. L'archevêque y combattait franchement l'unité italienne et se prononçait non moins franchement pour la restauration du Pouvoir temporel du Pape. Inquiet des conséquences diplomatiques possibles de cette imprudence, le duc de Broglie affirma, dans la Commission de permanence, qu'il était étranger aux déclarations de l'archevêque et il s'en expliqua avec le Gouvernement italien. Ses explications furent considérées comme sans valeur par la presse italienne et reçues avec méfiance par le Gouvernement de Victor Emmanuel. Notre allié de 1839, considérant que la restauration des Bourbons en France pourrait être suivie, en Italie, d'une restauration du Pouvoir temporel et des Princes qu'il avait remplacés, se tourna du côté de la Prusse et accueillit les ouvertures qui lui étaient faites par l'Empereur Guillaume. Le 24 Septembre, on apprit en France qu'il était à Berlin.

C'est à ce moment que les membres qui représentaient le Centre Droit dans le Comité des Neuf et qui recevaient, des messagers que le Comité envoyait à Frohsdorf ou de ceux qui s'y rendaient sans mandat, des informations contradictoires, sollicitèrent de leurs collègues de la Droite une expli-

« LES CHASSEP0T8 PARTIRAIENT D^EUX-MÊMBS > 33

cation décisive. A la suite d'une séance très orageuse, dans laquelle les Légitimistes tinrent ferme pour le drapeau blanc, où les Orléanistes penchèrent pour la rupture des négociations, il fut pourtant décidé que celles-ci reprendraient et qQ*un délégué du Comité des Neuf, M. Chesnelong, serait envoyé auprès du comte de Chambord, pour obtenir de lui une réponse explicite et formelle.

Avant de quitter Paris, M. Chesnelong eut connaissance, comme tout le monde, des paroles qui avaient été échangées, dans une entrevue, entre le duc d'Audiffret-Pasquier et le Maréchal de Mac-Mahon. Ces paroles, qui n'ont jamais été confirmées ni démenties, ont été reproduites en ces termes par le correspondant du Times : « En ce qui me concerne, dit le Maréchal, je dois me tenir à part de tous les arrangements de partis. Appelé par l'Assemblée, dans un moment critique, à faire respecter ses décisions, à venir en aide au pays et à défendre l'ordre, je reste dans la limite de mes fonctions. Je maintiendrai l'ordre et je ferai respecter les décisions prises, quelles qu'elles soient. Je ferai cependant une exception. On parle de substituer le drapeau blanc au drapeau tricolore et je crois devoir, à ce sujet, vous donner un avertissement. Si le drapeau blanc était levé contre le drapeau tricolore et qu'il fût arboré à une fenêtre, tandis que l'autre flotterait vis-à-vis, les chassepots partiraient d'euxmêmes et je ne pourrais répondre ni de l'ordre dans la rue, ni de la discipline dans l'armée. »

Tout en affectant de garder la neutralité, le Président de la République inclinait, on le voit, vers la solution du Centre Droit, plutôt que verfe celle de la Droite, et proclamait hautement ses préférences pour le drapeau tricolore. L'armée, aCQrmait-il, n'en reconnaîtrait pas d'autre. Drapeau blanc et Monarchie absolue, le Maréchal et la majorité de ses ministres savaient bien qu'il n'y avait en France, pour ces

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deux solutions, qu'une poignée de vieux enfants et de sectaires. C'est dans ces conditions que M. Chesnelong partait pour Salzbourg, où il devait retrouver MM. Lucien Brun, de Carayon-Latour et de Cazenove de Pradines, auprès du comte de Ghambord. Si Ton en juge par le résultat, il ne semble pas que ces nouvelles négociations aient été plus décisives que les précédentes. Et pourtant, au retour de sa mission, M. Chesnelong, dont la sincérité ne saurait faire doute, donna les assurances les plus formelles sur la question du drapeau et sur celle de la Monarchie tempérée. Le comte de Chambord avait du reste pris les devants. Une note, sollicitée par les royalistes, dictée par lui, avait paru dans les journaux, au commencement d'Octobre. Le prétendant ne demandait pas que rien fût changé au drapeau, avant qu'il eût pris possession du pouvoir. Il se réservait de proposer au pays et se faisait fort d'obtenir de lui, par ses représentants, à l'heure qu'il jugerait convenable, une solution compatible avec son honneur et qu'il croyait de nature à satisfaire l'Assemblée et la nation.

Le drapeau tricolore était donc conservé provisoirement, au commencement d'Octobre. Huit jours après, cette promesse était conflrmée par M. Chesnelong, et le procès-verbal de la séance tenue le 46, par le Comité des Neuf, fait foi des engagements très nets qui furent pris par le comte de Chambord, sur ce point-là et sur tous les autres. Avant de faire connaître ces engagements, rappelons quel était, à ce moment précis, l'état de la question. Au début d'Août, la nouvelle de la fusion, enfin réalisée, avait fait croire à l'éventualité, à la probabilité même de la restauration. Il ne restait qu'à en régler les conditions. Le Comité des Neuf s'y était appliqué pendant deux mois, sans vouloir ou sans pouvoir dissiper le malentendu qui, dès l'origine, avait entravé les négociations entre Paris et Frohsdorf. Le Centre Droit avait

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