‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 151 sur 230 · DISCOURS DE CDALLEMEL-LACOUR · texte numérisé non relu

DISCOURS DE CDALLEMEL-LACOUR

et sans un but politique; il n'a pas la prétention de* n'être, pendant sept ans, ni la Monarchie, ni la République, d'être un Gouvernement sans nom, qui ne trouve aucune place dans les classifications connues, qu'on appellera tantôt pouvoir nouveau, comme si la nouveauté était un titre, tantôt Gouvernement conservateur, comme si tout Gouvernement n'avait pas la prétention d'être conservateur... {Exclamations et rires à droite et au centre) oui, Messieurs, et quelques-uns à meilleur titre que celui-ci. (Approbation du côté gauche.)

Il est bien facile d'éviter de prononcer dans ses discours le nom de République ou le nom de Monarchie ; il est bien facile de s'envelopper dans des expressions générales qui donnent, peut-être, au langage de la noblesse, mais qui lui donnent, à coup sûr, encore plus d'obscurité. (Très bien! très bien! à gauche.) Mais ce qui n'est pas facile, c'est de gouverner sans un principe ; c'est d'assurer la confiance, de calmer les inquiétudes, quand on ne se réclame pas d'un droit positif et incontesté.

Je ne crois pas que M. le vice-président du Conseil veuille ajourner sa réponse jusqu'aux lois constitutionnelles. Tout le monde se rappelle ce qui s'est passé à l'égard des lois constitutionnelles. Dès le 5 Novembre, l'honorable M. Grévy et l'honorable M. Dufaure vous avaient demandé de les rattacher au projet de Prorogation. I^a Commission chargée d'examiner ces pouvoirs vous avait fait la même demande. Vous crûtes bien faire, Messieurs, de voter d'avance, à part, isolément, la Prorogation, en vous appuyant sur une raison d'urgence dont tout le monde n'était pas également convaincu. Mais, en même temps, vous décidâtes que ces lois constitutionnelles viendraient le plus tôt possible. Tous les orateurs qui vinrent à cette tribune soutenir le projet de loi, M. Depeyre, M. de Goulard, M. le vice-président du Conseil, y engagèrent leur parole, j'ai presque dit leur honneur.

Eh bien, personne, à ce moment-là, personne, au moment où vous décidiez qu'une Commission serait nommée dans les trois jours, pour examiner les lois constitutionnelles déposées par M. Dufaure, personne ne pouvait s'y méprendre. Vous pouviez bien songer, comme sans doute y avait songé lui-même le premier auteur du projet de loi, à jeter les bases d'un Gouvernement soustrait aux lluctuations de l'opinion, capable de se défendre contre toutes les attaques, armé de précautions, peut-être superflues, contre les

périls réels où imaginaires des emportements d'une Assemblée unique ou d'une législation déclasse...

Quelques membres a droite. — Qu'est-ce que cela veut dire?

M. Challemel-Lacour... — Mais personne, alors, ne pouvait songer à faire des lois constitutionnelles banales...

A DROITE. — Au fait î Parlez donc des maires !

M. Ciiallemel-Lacour — ... qui pussent s'adapter indifféremment à la République ou à la Monarchie. Gela eût été dérisoire.

Pourquoi donc, Messieurs... (Interruptions.)

Que signifiait donc le vote de la loi de Prorogation, avant le vote des lois constitutionnelles dont vous avez décidé l'examen? Cela signifiait que, obligés d'organiser la République, vous vouliez au moins vous assurer, pour un long temps, le nom de celui qui en serait le Président, à cause de ce nom d'abord, et ensuite afin d'exclure de toute compétition d'autres noms qui, peut-être, vous agréaient moins. Gela signifiait que, obligés de subir une obligation qui vous était pénible, vous vouliez la compenser par un avantage qui vous semblait précieux ; vous faisiez une loi extraordinaire à tous les points de vue, afin d'atténuer l'ennui, désormais inévitable, d'organiser la République. (Bruit,) Je crois. Messieurs, que ces circonstances que j'ai cru devoir vous rappeler suffisent pour montrer que les lois constitutionnelles, quelles qu^elles soient, ne sauraient altéreressentiellementlepouvoirconstitué le20 Novembre. Et si M. le vice-président du Gonseil persistait à en laisser le caractère indéterminé jusque-là, qu'il me permette de lui dire quelle serait la situation, au moment de la discussion des lois constitutionnelles.

Nous ne savons pas. Messieurs, combien de temps nous sépare encore de ces lois constitutionnelles. Et à voir à quelles études approfondies et diverses se livre, pour l'instruction de la France, la Gommission que vous avez chargée de les élaborer, elle peut n'être pas, d'ici à bien longtemps encore, prête à vous apporter ses conclusions. Eh bien, je demande quelle peut être l'autorité du Gouvernement jusque-là, quelle peut être son autorité dans l'attente du jour qui mettra une fois de plus en question et sa durée et son caractère et l'avenir même de la France.

Et lorsque viendra cette discussion, lorsque ceux qui n'ont voté la Prorogation que comme une convention, qui n'ont accepté le pouvoir Présidentiel de sept ans que comme un pis-aller, comme un en-cas, et, — permettez-moi de le dire, malgré la familiarité de

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