DISCOURS DE GHALLEMBL-LACOUR
Texpression, — que comme ud bouche- trou... (Oh! Oh! à droite et au centre droit.)
Plusieurs membres. — Ce n'est pas convenable !
M. Challemel-Lacour. — ... comme un suppléant provisoire, — si vous aimez mieux, — destiné à occuper temporairement la place qui, dans leur conviction indestructible, appartient à une autre, — lorsqu'ils viendront demander l'exécution de la convention, je demande quelle sera la situation du Cabinet? Et si, d'aventure, si contre toute vraisemblance, si malgré le cri de l'opinion, le principe monarchique était proclamé, était imposé à la France, — ce que je ne crois pas, ce qui est impossible, mais permettezmoi l'hypothèse, — je demande quelle serait la situation du pouvoir du 20 Novembre? Cédera-t-il, après tant de déclarations réitérées à la face du pays? Ou bien, aura-t-il la prétention de maintenir la Monarchie en quarantaine pendant sept ans, de maintenir, comme on l'a dit, pendant sept ans, le bannissement légal du comte de Chambord ? Aura-t-il la prétention de tenir la France, pendant sept ans, sous la menace d'un tel changement ? Donnera-t-il sept ans aux projets pour se mûrir, aux partis pour fourbir leurs armes, aux faiseurs de coups d'Etat pour dresser leurs batteries. {Mouvement,) Je dis que la raison se trouble à contempler la situation d'un peuple en présence d'un tel avenir. Est-ce là ce que vous appelez bon ordre, sécurité, confiance? Et si un pareil état est trop violent pour durer sept ans, je demande quel fond le pays peut faire sur les déclarations du Cabinet, à moins que M. le vice-président du Conseil ne sorte, enfin, de ces déclarations évasives, dont il a usé trop longtemps, pour permettre à toutes les espérances de les interpréter à leur gré et, à moins qu'il ne vienne nous dire quelles sont ces*lois existantes, quel est cet ordre légal établi, quelles sont ces institutions qu'il prend l'engagement de maintenir. (Très bien! à gauche.)
Cela, Messieurs, est nécessaire pour que la confiance se rétablisse à l'intérieur; cela n'est pas moins nécessaire pour faire naître la confiance que la France a besoin d'inspirer au dehors. (Mouvements divers.) La question est assez grave pour mériter de votre part encore quelques minutes d'attention. (Les maires! les maires! à droite. — Parlez ! parlez! à gauche.)
Un membre a droite. — L'orateur parle depuis près de deux heures, et il n'a pas encore dit un mot des maires!
496 AI'PENDICE
M. Ghallemel-Lacour. — Je dis, Messieurs, que je n'aborde que malgré moi... {Oh! oh !) parce que je crois obéir à un devoir strict, une question qu'il ne faut loucher qu'avec une extrême discrétion ; celle de nos relations avec le reste de TEurope. {Exclamations à droite.)
M. Gaslonde. — Cela n'a aucun rapport avec la loi des maires, aucun !
M. Challemel-Lacour. — Tout ce qui touche à cette question mérite l'attention de l'Assemblée, d'une Assemblée française. {Humeurs.)
M. Lepêre. — Parlez ! parlez ! Honorez la tribune française. [Exclamations ironiques à droite.)
M. Challemel-Lacour. — Je ne citerai point de faits; j'en aurais d'anciens, j'en aurais de récents à citer : je les passerai sous silence. La seule chose qui nous convienne, c'est d'en dévorer l'amer souvenir.
Mais je vous demande si vous croyez, en supposant au Gouvernement et à tous ses agents toute la bonne volonté, toute l'habileté du monde, je demande si vous croyez que sa diplomatie puisse agir efficacement, que le Gouvernement puisse être écouté, s'il se considère lui-même comme un Gouvernement d'expédient, s'il admet seulement l'hypothèse qu'il puisse être, dans un temps plus ou moins long, plus tôt ou plus tard, évincé par un Gouvernement d'un caractère différent et de tendances inconnues. Je croi:i au patriotisme de tous les Gouvernements, mais, pour être écouté, pour être ménagé, pour être respecté, le patriotisme ne suffit pas. Il faut la suite, la durée, la durée qui ne lient pas aux personnes, mais qui tient à la permanence des principes. {Rires à droite.)
Eh bien, je demande quelle peut être au dehors le crédit d'un Gouvernement qui n'osfe pas dire son nom, d'un pouvoir et d'un peuple qui se trouvent en présence d'une Révolution, à échéance fixe, la plus pleine d'inconnu, la plus grosse de péril qui se puisse imaginer.
Je vous dis. Messieurs, que, quand ce Gouvernement devrait durer sept ans entiers, s'il ne se réclame pas d'un principe, s'il n'a pas un avenir plus assuré et plus certain, il est impossible qu'il parle au dehors un langage digne de la France ; il est impossible qu'il assure au pays la sécurité. {Murmures à droite.)
Je m'arrête. Messieurs, et bien que vos murmures me prouvent que j'ai trop longtemps abusé de votre attention, je suis, bien