‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 17 sur 230 · LE PROCÈS-VERBAL DU 16 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE PROCÈS-VERBAL DU 16 OCTOBRE

perdu patience le premier : il était en minorité dans le Comité, où il ne comptait que 4 membres contre 5, mais il tenait le Gouvernement et le Maréchal et il avait laissé entendre, à la fin de Septembre, que si les négociations naboutissaient pas, le Cabinet se réservait de faire des propositions à l'Assemblée, lorsqu'elle se réunirait. Celte menace, Vaverlissemenl donné par le Maréchal au duc d'Audiffret- Pasquier, avaient provoqué la note aux journaux et les engagements qui furent pris envers M. Chesnelong et consignés dans le procès- verbal du 16 Octobre.

Dans les trois audiences qu'il a accordées à l'envoyé des Neuf, le comte de Chambord a admis, qu'après reconnaissance par l'Assemblée de son droit royal héréditaire, une Charte, non imposée à lui ni octroyée par lui, serait délibérée entre le Roi et l'Assemblée.

Les bases sommaires de cette Charte seraient :

1® L'exercice collectif du pouvoir législatif par le Roi et ar deux Chambres ;

2** L'attribution au Roi du pouvoir exécutif ; 3** L'inviolabilité de sa personne ; 4*^ La responsabilité des ministres.

Les libertés civiles et religieuses, l'égalité devant la loi, le libre accès de tous les citoyens à tous les emplois civils et militaires, le vote annuel de l'impôt par tou^ les représentants de la nation, en un mot, toutes les garanties constituant le droit public actuel des Français, seraient stipulées.

Quant au drapeau, le comte de Chambord, qui c respecte le sentiment de l'armée pour un drapeau teint du sang de nos soldats, qui n'a jamais été étranger aux gloires et aux douleurs de la patrie, qui n'a jamais eu l'intention d'humilier ni son pays, ni le drapeau sous lequel nos soldats ont vaillamment combattu, > admet la rédaction suivante :

36 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 NoY. 1873)

€ Le drapeau tricolore est maintenu ; il ne pourra être modifié que par l'accord du Roi et de TAssemblée. »

Ainsi, en apparence, la Droite pure avait cédé sur tous les points aux exigences du Centre Droit ; les Légitimistes avaient tout accordé aux Orléanistes et le comte de Chambord concédait, avec le drapeau, la Monarchie constitutionnelle et toutes les garanties parlementaires que le comte de Paris lui-même eût consenties. Le représentant de la branche aînée acceptait le programme de la branche cadette. Le descendant de Charles X passait comdamnation sur 1830 et se prêtait àdevenîr le roi légitime de la Révolution. Si les concessions faites, si les engagements pris par le comte de Chambord n'avaient pas ce sens, ils n'en avaient aucun. M. Chesnelong s'était-il trompé sur les intentions du prétendant? Il* était loisible à celui-ci de rectifier, de rétablir la version vraie, d'indiquer quelle interprétation il convenait de donner à ses paroles. Rien de tout cela ne fut fait et, pendant dix jours, toute la France crut à l'accord complet entre le Roi et le Comité des Neuf, comme à l'accord entre les deux fractions du Comité ; on pensa que la fusion s'était faite dans le parti royaliste, comme elle s'était faite dans la famille royale, que l'entrevue de Salzbourg était la conséquence naturelle et le résultat logique de la visite de Frohsdorf.

L'erreur commise par M. Chesnelong, tout le monde la commit après lui : le Comité des Neuf, le Centre Droit, la Droite monarchique, le Centre Gauche, le Maréchal et son Gouvernement, la presse et enfin tout le public. Du 16 au 27 Octobre la France entière crut à l'imminence de la restauration monarchique. Le témoin le plus éclairé et le moins naïf, George Sand, écrivait, le 3 Octobre, à Gustave Flaubert : t Je sens comme une odeur de sacristie qui gagne ; si cela ne devait pas durer longtemps, je voudrais voir nos bons bourgeois cléricaux subir le mépris de ceux dont ils

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