‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 21 sur 230 · LA CONSTITUTION DU 20 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DU 20 NOVEMBRE

ont pas fait perdre une à la plus mauvaise des causes, déplorablement défendue.

La discussion s'engagea sur le projet de la Commission ; le projet Ghangarnier, que le Gouvernement avait fait sien, en réduisant de dix à sept ans la durée de la prorogation, ne vint que comme amendement au projet principal. Dans la séance du 18 Novembre, M. Jules Simon disséqua le projet Changarnier, ou plutôt la personne du Maréchal, avec un art admirable, cruel et peut-être peu politique. En s'attachant à démontrer à l'Assemblée qu'en isolant la prorogation des lois organiques elle ne faisait rien d'efficace, il rassura et justifia d'avance ceux qui, sans l'avouer, se promettaient de se servir de la prorogation pour renouveler leurs tentatives monarchiques. Mais l'ancien ministre de M. Thiers avait à cœur de venger le grand vaincu du 24 Mai. Ceux qui s'étaient montrés, en face de M. Thiers, si opposés au pouvoir personnel, si jaloux des prérogatives de l'Assemblée, si passionnés dans la réglementation minutieuse des rapports entre l'exécutif et le législatif, étaient empressés, aujourd'hui, à se précipiter, avec un véritable affolement, dans les bras d'un homme, d'un sauveur, à se mettre sous la protection d'un sabre, sans rien régler, sans rien définir, sans rien fixer des institutions de la France. Sous M. Thiers, dit M. Jules Simon, les fonctionnaires étaient obéissants, l'armée fidèle, la France calme, l'ordre respecté. Cette situation, l'ordre moral l'a détruite en moins de six mois.

M. Chesnelong affirma, devant Dieu et devant son pays, sur son honneur et sur sa conscience, la véracité des déclarations qu'il avait rapportées de Salzbourg. M. Ernoul défendit le Maréchal, dans une improvisation « un peu en désordre, à laquelle l'avait condamné la parole ardente de M. Jules Simon », et, comme ses collègues MM. Beulé, Batbie et de Broglie, laissa échapper une nouvelle naïveté, en déclarant que

48 LE PREMIER MINISTÈRE DE DROGUE (24 Mai-26 Nov. 1873)

les ministres avaient Thonneur de combattre derrière le Maréchal, pour la Société menacée.

Au début de la séance du lendemain, la doctrine de Tappel au peuple, présentée par MM. Rouher, Naquet et Raoul Duval, fut rejetée par l'Assemblée, k la majorité de 492 voix contre 88; puis M. Depeyre reprit le projet Changarnier, à titre d'amendement, et exposa ses avantages. Il conquit le portefeuille de M. Ernoul, par un discours plus long et plus maladroit que celui du Garde des Sceaux, où il parla de Sedan pour déclarer que « ce revers, aux yeux de la France, valait mieux que les plus éclatantes victoires ». — Vous faites un pouvoir provisoire, une institution provisoire, une République provisoire, répliqua brièvement M. Laboulaye, faites donc aussi une nation provisoire.

C'est dans la séance de nuit, qui s'ouvrit à neuf heures un quart du soir, le 19 Novembre, que M. Jules Grévy prononça, après quelques pointes pénibles dirigées par le duc de Broglie contre la Commission, le discours le mieux ordonné, le plus fort, le plus probant, le plus décisif qu'une Assemblée ait jamais entendu * . Personne ne répondit à M. Grévy. Comme il l'avait dit, il était plus facile de voter. Par 383 voix contre 317 l'Assemblée adopta le premier article du projet Changarnier et, par 383 voix contre 310, l'ensemble, ainsi conçu :

€ Le pouvoir exécutif est conflé pour sept ans au Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, à partir de la promulgation de la présente loi. Ce pouvoir continuera à être exercé, avec le titre de Président de la République et dans les conditions actuelles, jusqu'aux modiOcations qui pourraient y être apportées par les lois constitutionnelles.

c Dans les trois jours qui suivront la promulgation de la présente loi, une Commission de trente membres sera nommée

(1) Appendice III.

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