INTERPELLATION LÉON SAY
M. Bethmont Aq multicolore^ parce qu'elle s'adressait, dit-il, à la fois au Cabinet du âo Mai et à celui du t& Novembre, qui allait être formé le surleademain. Puis il déclara qu'un double lien avait uni les hommes d'opitiions différentes qui avaient constitué son premier ministère : la défense des intérêts sociaux et la défense des droits de l'Assemblée. Selon lai, la règle de conduite du Cabinet avait été la neutralité collective dans les actes publics et la liberté réservée à chacun de ses membres, pour les actes privés et les sentiments. Quant à l'adhésion donnée aux projets de restauration monarchique, le duc de Broglie la justifia, en affirmant qu'il avait voulu seulement éclairer le pays que l'on trompait, en lui faisant croire que les droits féodaux allaient être rétablis, que la domination cléricale allait reparaître, et défendre TAssemblée que l'on calomniait, en lui attribuant des desseins qui auraient mis en péril les fondements de la Société moderne et toutes les libertés civiles et religieuses. Le duc de Broglie terminait en disant que le Cabinet du 24 Mai n'avait pas abandonné la majorité depuis six mois et il suppliait cette majorité de ne pas s'abandonner elle-même. Aucun engagement n'était pris par lui de pratiquer enfin une politique de concorde et d'apaisement, de Gouverner pour la nation et non plus seulement pour un parti, pour trois partis, en infime minorité dans le pays. Le duc de Broglie restait, le dernier jour, ce qu'il avait été dés le premier : le chef d'un Gouvernement de combat contre la République et contre la France. L'équivoque, si soigneusement entretenue depuis le 24 mai, allait durer six mois encore, équivoque voulue, préméditée et élevée à la hauteur d'un système politique, puisque, le jour même où le duc de Broglie faisait ces déclarations à l'Assemblée, le duc d'Audifîret-Pasquier, président du groupe auquel appartenait le duc de Broglie, adressait ces paroles textuelles au Centre Droit : c Nous avons voulu fonder la Monarchie
t\i LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIË (24 Mai-26 Nov. 1873)
constitutionnelle, forme supérieure de Gouvernement, à notre avis ; mais nous ne refuserons pas à notre pays le droit d'avoir un Gouvernement et nous ne pouvons pas le laisser périr. » Ce droit d'avoir un Gouvernement, nous verrons si le duc de Broglie Ta reconnu à son pays, à partir du 2!6 Novembre : il le lui avait refusé du 24 Mai au 26 Novembre. Sa faute irrémissible, pendant ce premier ministère, c'est d'avoir divisé la France comme il avait divisé l'Assemblée, d avoir exclu de ce que lui et ses collègues appelaient la c Ligue des honnêtes gens >, quiconque ne partageait pas leurs passions rétrogrades, comme ils excluaient de leur majorité monarchiste et cléricale tous les Républicains, aussi bien M. Thiers que M. Ranc ou M. Naquet.
Nous avons surtout apprécié le rôle de M. de Broglie comme vice-président du Conseil. Comme ministre des Afîaires Étrangères, il fut obligé de suivre la même ligne de conduite que M. Thiers, en face d'une Allemagne plus malveillante que sous M. Thiers et qui exigea, après le 24 Mai, que l'ambassadeur français à Berlin fût muni de nouvelles lettres de créance, comme si la notification faite par le Maréchal ou même par le ministre des Affaires Étrangères, de Télection du 24 Mai, n'était pas suffisante.
Bien que les lois ecclésiastiques allemandes datent du ittdis de Mai 1873, le contre-coup ne s'en fit sentir en France q«e quelques mois plus tard. Rappelons que ces lois étaient relatives à la limitation .des mesures disciplinaires ecclésiastiques, à réducation et à la nomination du clergé, à l'institution d'un tribunal royal. L'expulsion des jésuites, la destitution de Mk' Ledochowski, archevêque de Posen, la protection accordée aux Vieux Catholiques complétèrent et caractérisèrent la politique ecclésiastique de M. de Bismarck, qui fut à la fois rusée et brutale. Pour attaquer le c César moderne », les évéques français attendirent que le Pape eût