‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 25 sur 230 · LE RECOURS EN GRACE · texte numérisé non relu

LE RECOURS EN GRACE

rÊlat avait seule empêché de Ogurer à Trianon comme témoin, mais dont une relation écrite avait été produite au procès ? Etce souvenir de la plaidoirie de maître Lachaud, la longue détention, et le supplice de deux mois^ qui venait k la fin de la lettre, n'assimilaient-ils pas le Conseil de guerre à un jury ordinaire, qui se prononce sur des impressions d*audience? Le devoir méconnu, l'honneur foulé aux pieds, le pays trahi, la France déchue, qui sait pour combien de temps? de son rang dans le monde, ces crimes inexpiables étaient-ils rachetés par la prison préventive et par une comparution de deux mois? Nous ne parlons pas de la peine capitale : tous les juges savaient fort bien, qu'avec ou sans recours en grâce, leur sentence ne serait pas exécutée.

Le 12 Décembre une note insérée au Journal officiel annonçait que le Président de la République, sur la proposition du ministre de la Guerre, avait commué la peine de mort en vingt années de détention, avec dispense des formalités de la dégradation militaire, mais sous réserve de tous ses effets. Cette nouvelle atténuation du châtiment, que le recours en grâce avait peut-être provoquée, produisit un effet plus déplorable encore, surtout dans Tarmée, que Ton priva d'une grande et salutaire leçon. Le procès du Maréchal avait révélé, chez certains chefs militaires, un tel état moral, lantd^insouciante et orgueilleuse incapacité, tant d'inadmissibles complaisances pour le chef suprême, si peu d'indépendance et d'initiative, qu'il était nécessaire de donner à l'armée et au pays l'utile spectacle de la dégradation militaire d'un Maréchal de France. Nous ne dirons pas que toutes ces atténuations de la peine équivalaient à une réhabilitation; nous avons le droit de constater que, seul en France, de tous ceux qui ont eu à jouer un rôle dans cette lamentable aff^aire, Gambetta a su infliger au traître la flétrissure indélébile que réclamait la conscience publique.

58 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (21 Mai-26 Nov. 1873)

Incarcéré au fort de l'île Sainte-Marguerite, au lieu d'être enfermé dans une maison de détention, comme l'exigeait la loi, Bazaine s'évada, dans la nuit du 9 au 10 Août 1874. Le directeur de la prison, M. Marchi, comparut le 14 Septembre devant le Tribunal de Grasse, qui prononça son acquittement. Les juges estimèrent que M. Marchi n'avait pas été libre de son action, qu'il avait subi de hautes influences. D'ailleurs, le prisonnier avait donné sa parole d'honneur de ne pas s'échapper : M. Marchi l'afGrma énergiquement. Bazaine, une fois de plus, avait fait le contraire de ce que lui prescrivait l'honneur.

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