‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 27 sur 230 · LE CABINET DU 26 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LE CABINET DU 26 NOVEMBRE

MM. Depeyre, Decazes, de Fourtou et de Larcy, fut pourtant considérée comme significative. On y vit la promesse d'une organisation durable et stable du Gouvernement du Maréchal. C'était aller bien vite en besogne et attribuer aux nouveaux ministres une influence qu'ils ne devaient pas avoir, des projets que la majorité du Cabinet n'avait certainement pas. Le duc Decazes, ministre des Afiaires Étrangères, le seul peut-être qui désirât à ce moment ce que l'on appela, dans la langue barbare de cette époque, le Septennat impersonnel, aurait voulu, en même temps, que l'on réprimât toutes les manifestations qui se produiraient contre le Septennat, qu'elles vinssent des Monarchistes, des Bonapartistes ou des Cléricaux. Si son collègue, M. Depeyre, qui devait le portefeuille de la Justice à cette phrase étonnante : € Il y a des revers qui valent autant que les plus éclatants triomphes, » si M. Depeyre pensait comme lui, M. de Fourtou qui, dans la série de ses avatars, était presque arrivé à la période bonapartiste et M. de Larcy, un Légitimiste transigeant, étaient d'un avis contraire. Tous les quatre furent d'accord entre eux, d'accord aussi avec le chef du Cabinet et avec les ministres des Finances, de la Guerre et de la Marine, dans la lutte entreprise contre les Républicains de toute nuance. Cette lutte, déguisée en défense des principes sociaux, continua, sous le second ministère de Broglie, avec autant de véhémence et avec plus de perfidie que sous le premier. Comme pour bien montrer que la paix n'était pas signée, on appela au poste de sous-secrétaire d'Etat de l'Intérieur, M. Baragnon, le plus agressif des députés, le plus antipathique à ses collègues de la Gauche, le moins fait pour amener au Gouvernement, sinon tout le Centre Gauche, au moins ses éléments les plus modérés. Le choix des trois autres sous-secrétaires d'Etat, MM. Vente, Lefébure et Desjardins était insignifiant : celui de M. Baragnon était une véritable provocation.

6:2 LE SECOND MINISTÈRE DE BROGLIB (26 Nov. 1873-16 Mai 1874)

Le < Gouvernement de combat » allait donc continuer et durer six mois encore, jusqu'au 16 Mai 1874; il allait vivre en état d'insurrection contre la France elle-même. Il était manifeste que la majorité ne représentait plus rien ; il était certain que si les 380 députés qui avaient voté le Septennat au 20 Novembre avaient été forcés de comparaître devant les électeurs, les électeurs auraient écarté les neuf dixièmes d'entre eux et c'est, dans ces conditions, avec une majorité dont on ne maintenait la cohésion qu'en lui dissimulant le but auquel on tendait, avec un Président de la République derrière lequel on s'effaçait au lieu de le couvrir, en face d'un pays] presque unanimement hostile, que l'on allait administrer ou plutôt violenter la France. Qui pourrait s'étonner que le second ministère de Broglie ait laissé des souvenirs encore plus tristes que le premier, que son chef ait recueilli une impopularité plus grande qu'aucun autre homme d'Etat? Et ce n'est pas seulement aux libéraux sincères que ce funeste régime a fait le plus de tort, c'est au Centre Droit, c'est au parti du duc de Broglie lui-même et aux classes dites dirigeantes, qu'il a écartées à tout jamais de la direction politique d'un Gouvernement fondé sur le suffrage universel. La Démocratie ne prendra jamais pour conseillers et pour guides ceux qui n'ont cessé de la méconnaître, de lacalomnier et de la combattre. Ils lui ont obstinément refusé leur confiance : elle leur a rendu défiance pour défiance et elle leur garde encore rancune. Dans la répugnance qu'elle éprouve à accueillir les offres de service que lui font aujourd'hui les Ralliés, il y a un souvenir et un ressentiment de la guerre implacable qui lui a été faite autrefois par le Centre Droit.

Le projet de loi qui établissait le Septennat avait stipulé ]u'une Commission de trente membres serait nommée dans

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