‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 28 sur 230 · LA NOUVELLE COMMISSION DES TRENTE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE COMMISSION DES TRENTE

les trois jours, au scrutin de liste et eu séance publique, pour Texamen des lois constitutionnelles. Il fallut à TAssemblée nationale huit jours et une douzaine de scrutins pour donner satisfaction à la loi du 20 Novembre. D*après la proportion des membres de la Gauche et des membres de la Droite, ceux-ci auraient dû avoir 17 commissaires et la Gauche 13 : on était arrivé péniblement à Télection du ^S** commissaire et il n'y en avait encore que trois élus de la Gauche : MM. Dufaure, Laboulaye et TV&ddington. Devant ce parti pris d'exclusion, la Gauche résolut de s'abstenir en masse, pour empêcher le quorum et, par suite, la constitution de la Commission. Le Centre Droit, inquiet de cette perspective, porta toutes ses voix sur deux membres de la Gauche la plus modérée, qui furent élus, MM. Vacherot et Cézanne. La Gauche eut donc cinq représentants dans la Commission, autant que les partisans de la Monarchie du drapeau blanc, autant que les adversaires du Septennat impersonnel qui avaient fait passer leurs cinq ambassadeurs à Frohsdorf ou à Salzbourg : MM. Chesnelong, de Sugny, Merveilleux-Duvignaux, de la Rochefoucauld et Lucien Brun.

La précédente Commission des Trente s'était rendue célèbre par ses chinoiseries. La seconde, M. de Mazade Ta dit spirituellement, sembla vouloir perfectionner l'art de perdre son temps. Elle se transforma en Académie politique, en une section des Sciences morales et fit des recherches érudites sur toutes les Constitutions connues.

Il était impossible à une Commission, formée dans le but d'étudier et de proposera l'Assemblée les lois organiques, de les écarter par une un de non-recevoir pure et simple. Elle arriva exactement au même résultat par une habile réglementation de son ordre du jour. Elle déclara, en effet, qu'elle commencerait ses travaux par l'élaboration d'un projet de loi électorale. Il était inutile de donner à la loi électorale le carac

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lëre constitutionnel ; la Commission ne s*y était décidée que pour avoir un prétexte honorable d'écarter les véritables lois organiques, sur la seconde Chambre et sur les attributions du pouvoir exécutif. Le premier coup porté au Septennat Tétait donc par ceux qui venaient de le voter à une grande majorité et qui, en refusant de l'organiser immédiatement, maintenaient au Gouvernement ce caractère indéterminé, provisoire, qui permettait toutes les attaques et réservait toutes les espérances monarchiques. Et quelle justification des craintes exprimées par M. Jules Grévy et par toute la Gauche I 11 n'était pas besoin d'être prophète pour prédire que le Septennat ne serait ni respecté ni obéi. Le Gouvernement institué ce jour-là allait être, pendant deux longues années, faute de Constitution, un Gouvernement sans nom, sans dignité, sans prestige, et qui a encouru les justes sévérités <le l'histoire, moins pour les actes particuliers de chacun de ses membres, que pour sa malfaisance générale et son vice originel.

Avant d'étudier la politique générale du 26 Novembre et son histoire parlementaire, il convient de rappeler le rôle de MM. Decazes, de Fourtou, Magne et du Barail dans leurs départements respectifs. Le duc Decazes eut à pourvoir a trois postes diplomatiques importants. Par décret du 4 Décembre M. de Chaudordy fut nommé ambassadeur à Berne, après la démission de M. Lanfrey ; M. de la Rochefoucauld-Bisaccia, ambassadeur à Londres ; le marquis de Noailles, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Rome, auprès de Victor-Emmanuel, en remplacement de M. Fournier. Appeler les représentants de l'aristocratie dans les grandes ambassades, c'était continuer la tradition de M. Thiers, tradition très contestable et contre laquelle la Gauche avait quelque raison de s'élever. Ses plaintes étaient encore plus fondées, quand ceux qui allaient représenter la

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République Française à l'étranger revenaient de Frohsdorf, d*où ils n'avaient pu ramener le Roi.

Les actes du duc Decazes valurent mieux que ses choix. Il ordonna aux ofQciers de VOrénoque, le stationnairc français à Civila-Vecchia, de s'abstenir de toute visite officielle à Rome, dans la crainte de voir se renouveler les incidents du mois de Décembre 1872, qui avaient entraîné la démission de M. de Bourgoing, notre ambassadeur auprès du Saint-Père. II fît preuve de prudence, dans ses relations avec l'Espagne, autant que le lui permettaient ses alliances politiques à l'intérieur et le concours nécessaire de la Droite légitimiste. Le 2 Janvier 1874, le jour même de la rentrée desCorlès, la chute d'Erailio Gastelar et le coup d'État désintéressé de Pavia, mettaient le pouvoir aux mains du Maréchal Serrano et préparaient la Restauration Bourbonienne. Le duc Decazes, qui ne pouvait voir ces changements d'un mauvais œil, ne chercha pas plus que son prédécesseur à interdire aux Carlistes les facilités de recrutement et de ravitaillement qu'ils trouvaient en France, tantôt dans les Basses-Pyrénées, tantôt dans les Pyrénées-Orientales. Les chefs du mouvement républicain que la Numancia débarquait à Mers-el-Kébir, au mois de Janvier 1874, Contreras, Galvez et Roque-Barcia et les membres de la junte révolutionnaire de Carthagène étaient internés ; les coupables de crimes de droit commun étaient extradés ; mais don Carlos pouvait exercer en France sa juridiction sur les siens et enjoindre à Saballs de se rendre à Perpignan, pour se soumettre aux corrections de S. A. S. l'Infant. Après le décisif succès remporté par Emmanuel Concha sur l'insurrection, le 3 Mai 1874, à Bilbao, Serrano, comme Castelar, ne nous devant aucune reconnaissance, pouvait prêter une oreille complaisante aux offres d'alliance venues de Berlin.

M. de Bismarck ne négligeait pas plus Madrid républi- Edg. Zcvort. — Troisième République. ii. — 5

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caine que Rome royale et suivait avec inquiétude les regards querExtrême Droite tournait vers l'autre Rome. La Gazette de Cologne disait brutalement, le 15 Janvier : « Du moment où la France s'identifie avec Rome, elle devient notre ennemie jurée. » La France ne s'identifiait pas avec la Rome papale, mais ses évèques, ses hommes politiques et ses journaux la compromettaient par les insinuations et les menaces à peine dissimulées qu'ils dirigeaient contre l'Italie. Le ministre des Affaires Etrangères résuma toute la politique extérieure de la France, dans la séance du 20 Janvier, à propos de Tinterpellation du général du Temple sur la nomination du marquis de Noailles. Cette politique consistait à entourer le Pape d'un pieux respect et à entretenir avec l'Italie, t telle que les circonstances l'avaient faite, » des relations pacifiques et amicales. Le Gouvernement, dans ses relations avec l'Italie comme avec toutes les autres puissances, poursuivrait le maintien de la paix et se séparerait nettement des politiques d'aventure c qui conduiraient fatalement la France à une faiblesse ou à une folie ». Il était très sage défaire repousser par la question préalable l'interpellation du Temple ; il eut été plus sage et plus politique de ne pas laisser cette interpellation suspendue, pendant un mois, sur la tète de l'Assemblée et de presser l'installation à Rome du marquis de Noailles ; sa présence, auprès du roi d'Italie, eût été plus efficace, pour le maintien ou le rétablissement des relations cordiales, qu'une mesure de rigueur contre la presse.

M. Decazes et le Gouvernement avaient, en effet, suspendu, la veille même de l'interpellation du Temple, le journal de M. Veuillot. L'Univers avait reproduit les mandements des évèques de Nîmes et de Périgueux et attaqué avec autant de violence que de verve le roi Victor-Emmanuel et les fondateurs de l'unité. Quand le journal reparut, le 20 Mars, il contenait en tète de ses colonnes, un bref de chaleureuses

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