LE MINISTÈRE DES CULTES G
une vive et heureuse impulsion à la construction du nouvel Opéra et seconda les efforts de son remarquable architecte, M. Garnier. L'incendie de l'ancienne salle de TOpéra avait eu lieu le iS Octobre 1873 ; Tinauguralion de la nouvelle fut possible le 5 Janvier 1875, sous le ministère de M. de Gumont.
Les actes de M. de Fourtou, comme ministre des Cultes, furent moins contestables, parce qu'ils furent commandés par la politique extérieure de la France, dont la direction ne lui appartenait pas. La circulaire aux évèques du 36 Décembre 1873, comme la déclaration du 2U Janvier 1874, que le duc Decazes avait lue à TAssemblée nationale, se rattachent, en effet, à la politique extérieure tout autant qu'à l'administralion des Cultes. L'encyclique du 21 Novembre 1873 avait eu sa répercussion en Suisse, dans TAIlemagne, alors au plus fort du Culturkampf, et en France. Les évêques français n'avaient pas manqué d'intervenir par des mandements, dans la lutte à la fois politique et religieuse que le Chancelier avait engagée contre les Catholiques, depuis le mois de Mai 1 873 ; ils avaient dirigé, contre le Gouvernement et les Césars allemands, des attaques justiûées mais violentes et des imputations blessantes qui pouvaient entraîner les plus redoutables complications. M. de Fourtou, avec tous les ménagements nécessaires, rappela les éminents prélats à une plus saine appréciation de leur rôle et les convia à l'œuvre d'apaisement et de pacification qui devait être l'objet des communs efforts de tous. Ce qu'il y avait de grave dans la situation, ce sont les raisons qu'avaient invoquées MM. de Bismarck et d'Arnim, pour intervenir dans nos affaires intérieures : ils avaient fait remarquer que les évèques français pouvaient être considérés comme des fonctionnaires, que leurs attaques n'avaient pas été réprimées, pas même poursuivies comme d'abus, que les mandements incriminés avaient paru impu-
70 LE SECOND MINISTÈRE DE BROGLIE (26 Kov. 1873-16 Mai 1874)
ncment dans les journaux, malgré les armes que l'état de siège donnait au Gouvernement.
L'attitude de Tépiscopat fut plus réservée, après la circulaire de M. de Fourtou, et Ton remarqua que le langage de l'archevêque de Cambrai, lorsqu'il reçut la barette, contrastait heureusement avec celui des évéques de Nîmes et de Périgueux. La seule concession que flt le cardinal Régnier aux passions du temps, fut de dire que, dans le domaine religieux, il contribuerait lui aussi au rétablissement de Tordre moral. Mais, sans doute, il donnait à ces mots un autre sens que M. de Fourtou et ses collègues. Le tort de M. de Fourtou comme celui du duc Decazes, dans cette question, fut d'avoir désavoué trop tard les prélats qui faisaient courir è leur pays un si grave danger. La répression ou le désaveu, au lieu de paraître imposés, auraient dû être spontanés. Il fallait, dès le début, poursuivre devant le Conseil d'État ou blâmer sévèrement les évéques. Leurs violences devaient être arrêtées, dès le principe, au lieu d'être simplement signalées comme inopportunes, avec force excuses pour la liberté grande que le ministre prenait avec eux. A ces conditions seulement notre politique extérieure eût été ferme, digne, sans bravades et sans obséquiosité. Mais, nous le répétons, cette politique était interdite aux ministres qui ne gouvernaient qu'avec une majorité de coalition.
La tâche de M. Magne, le très habile et très disert ministre des Finances, fut de beaucoup la plus lourde, pendant le second ministère de Broglie. Le budget de 1874, voté à la hâte, au mois de Décembre 1873, présentait un excédent de dépenses de 149 millions. L'établissement d'un demi-décime sur les douanes, les contributions indirectes, l'enregistrement et les sucres, celui de droits spéciaux sur les savons, les huiles et la stéarine donna 79 millions. Les 70 millions nécessaires pour boucler le budget furent demandés, non pas