DU BAR AIL
à une revision du cadastre, comme le proposait M. Feray, mais à un droit de timbre de 50 pour iOO sur les efîets de commerce, à un droit sur les actes extra-judiciaires et à un impôt sur les chèques. M. Magne rencontra de très redoutables contradicteurs dans M. Léon Say, dans M. Germain, dans M. Pouyer-Quertier ; mais d'imposantes majorités sanctionnèrent toutes ses propositions, moins Timpôt sur le sel, qui furent résumées dans la loi du 21 Mars 1874. M. Magne n'aurait pas survécu au rejet de l'impôt sur le sel, s'il n'avait eu, juste à point, une indisposition diplomatique pendant la discussion. Il eût certainement été renversé, à la suite de la discussion, si M. Pouyer-Quertier, après avoir porté les plus rudes coups au ministre et à MM. les rafflneurs, comme il disait avec jovialité, ne s'était montré bon prince et n'avait renoncé, tout à la fois, à son amendement et à la ressource de 20 millions qu'il se faisait fort de procurer au Trésor. Très prudente, timorée même en matière d'innovations financières, l'Assemblée eut le mérite d'apporter dans les dépenses la plus stricte économie et de ne faire peser sur les contribuables qu'un fardeau très supportable. Malgré les charges de la guerre, le crédit de la France se maintint à un taux élevé, en 'dépit de la crise que l'insécurité politique faisait traverser aux affaires.
Le ministre de la Guerre, en dehors des explications tri's sommaires données à propos de son budget, prit la parole le 27 Mars, dans la discussion du projet de loi relatif aux nouveaux forts à construire autour de Paris. Le bref discours du général du Barail, prononcé après celui du général Ghareton, au nom de la Commission, et avant celui de M. Thiers, qui reparaissait pour la première fois à la tribune, fut sans importance. M. du Barail se contenta de combattre l'opinion du général Changarnicr, qui trouvait le projet trop vaste, trop dispendieux et de s'en rapporter à l'opinion du Comilc de
li LE SECOND MINISTÈRE DE BROGLIE (26 Nov. 1873-16 Mai J874)
défense, du Gomilé des fortifications et enfin à celle de la Commission qui, par 25 voix contre 4, avait approuvé le projet du Gouvernement. Ce projet repoussait le système restreint dont le général Chareton avait merveilleusement démontré les inconvénients : M. Thiers essaya d'en exposer les avantages. Il commença par qualifier le système qu il appuyait de système raisonnable. Il prétendit ensuite qu'avec le système étendu on serait obligé d'immobiliser la moitié de Tarmée, soit 1250 000 hommes, transformée en garnison parisienne. Or. il convenait, non pas de faire de Paris le grand champ de bataille de la France, mais simplement de le mettre à Tabri d'un coup de main. Selon lui, 15 ou 20 millions y suffiraient : 60 ou 80 millions au contraire, que coûterai t le projet opposé, nous obéreraient gravement et seraient prélevés sur des travaux plus utiles à effectuer soit à la frontière, soit sur la route de Tinvasion. M. Thiers combattit, comme trop éloignées, les positions de Montlignon, de Cormeilles, de Palaiseau, de Saint-Cyr, que Tennemi pourrait attaquer îsolémentet emporter. Mieux vaudraientdesouvrages h. Marly, Garches, Sèvres, Châtillon, dont il serait facile de renouveler constamment les vivres et la garnison. Et M. Thiers concédait encore Stains, Vaujours, Villeneuve-Saint-Georges. Le discours de M. Thiers, prononcé avec toute la verve, tout Tentrain juvéniles d'autrefois, produisit un grand effet; mais les arguments que l'illustre orateur avait mis en avant furent très heureusement réfutés par les spécialistes, le général baron de Chabaud-Latour, rapporteur, et le général Chareton, qui montrèrent que le système étendu avait l'avantage de permettre rétablissement de véritables camps retranchés, et, malgré une nouvelle intervenlion de M. Thiers, où il traita surtout la question au point de vue financier, le système étendu fut adopté par 386 voix contre 184. La majorité s'était rangée du côté des tacticiens ; peut-être