LA LOI DES MAIRES
pouvait être pris en dehors du Conseil municipal. Les préfets ont la police dans les chefs-lieux de département, les souspréfets dans les chefs-lieux d'arrondissement ; les maires peuvent ne plus l'avoir dans toutes les autres Communes, s'ils en sont dessaisis par arrêté préfectoral. Les inspecteurs et les agents de police sont nommés et révoqués par le préfet. Les dépenses de police peuvent être inscrites d'office au budget communal.
Approuver un pareil projet de loi, c'était oublier, non seulement les principes que Ton avait professés sous TEmpire, mais aussi ceux que Ton avait traduits en lois sous TÂssemblée nationale, alors que M. Thiers était Chef du pouvoir exécutif et que l'insurrection de la Commune obligeait à simuler, pour les libertés municipales et pour la décentralisation, une sympathie mensongère. Du jour où la Droite arrive au pouvoir, toutes velléités décentralisatrices disparaissent. Les Légitimistes les plus intransigeants oublient leurs griefs contre le Septennat et contre son inventeur, dé même qu'ils oubliât leurs déclamations contre l'Empire autoritaire, dès qu'il s'agit de faire tête aux Républicains. Jamais ce défaut de mémoire ne fut plus apparent que dans la discussion de la loi des maires.
Le 8 Janvier, le jour même de la rentrée, l'un des Chevaulégers les plus en vue, le marquis de Franclieu, avait demandé l'ajournement de la loi des maires. Ce député des Hautes- Pyrénées, qui avait adhéré au Syllahus^ était un partisan de la Monarchie quand même ; atteint de ce que l'on a appelé la c folie blanche >,il attribuait l'échec de la restauration à l'action du Centre Droit et il poursuivait d'une haine implacable ceux qu'il considérait comme les inspirateurs de la politique tortueuse de ce groupe parlementaire. C'est lui qui écrivait à un journal de son département : c Mon adversaire s'appelle Falloux et je me nomme Franclieu. »
80 LE SECOND MlNISTÈIiE DE BROGLIC (26 Nov. 1873-16 Mai 1874)
L'Assemblée se trouvant peu nombreuse le jour de la rentrée, la Gauche avait habilement profité de la circonstance, demandé le vote à la tribune et obtenu Tajoumement, que le Gouvernement repoussait, à la majorité de 268 voix contre 326. Le scrutin ayant été secret, on ne sut pas combien cette majorité comprenait de membres de l'Extrême Droite. Le résultat n'en était pas moins obtenu et le Cabinet remit sa démission au Président de la République. En enregistrant les démissions, le 9 Janvier, le Journal Officiel les fit suivre de ces mots : f M. le Maréchal leur a fait savoir (aux ministres) qu'il ne se décidait pas à les accepter (les démissions) quant à présent et se réservait d'en délibérer. Les ministres conservent la direction de leurs départements respectifs jusqu'à la décision de M. le Maréchal. > Cette note étrange, où l'on avait évité avec soin de prononcer le nom de la République, comme pour adoucir la Droite Extrême et perpétuer l'équivoque, fut suivie de longues conférences entre les membres dissidents de la majorité et le Chef de l'État. Les assurances qui leur furent données mirent fin à leur opposition pt, le 12 Janvier, à la suite d'une interpellation concertée entre M. de Kerdrel et le Cabinet démissionnaire, l'Assemblée nationale, àla.majorité de S8 voix, vota un ordre du jour de confiance à M de Broglie et à ses collègues.
Le duc de Broglie s'était contenté de dire, en réponse à M. de Kerdrel, que l'état actuel des municipalités ne pouvait pas durer plus longtemps, sans un danger réel pour la régularité de l'administration et pour la sincérité de la responsabilité ministérielle. Un discours très précis d'Ernest Picard posa la question sur son véritable terrain et obligea le viceprésident du Conseil à remonter à la tribune. Rappelant l'agitation monarchique des vacances, l'orateur de la Gauche avait enfermé le ministère dans ce dilemme : « Vous avez connu ou vous avez ignoré l'entreprise monarchique : si vorus l'avez