‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 35 sur 230 · LES PALINODIES DU CENTRE DROIT · texte numérisé non relu

LES PALINODIES DU CENTRE DROIT

Il ue se souciait pas davantage du mépris où l'on tenait le vote de déchéance. L'ex-Impératrice alla jusqu'à rappeler à M**^ de Troyes le serment que les évèques avaient prêté à TEmpereur, comme si ce serment les liait encore. Le ministère était impuissant contre tous les partis, parce qu'il était leur otage.

Itemise à Tordre du jour le 13 Janvier, la loi des maires fut adoptée le 20, telle que Tavait proposée le Gouvernement, à la majorité de 63 voix. Les seules restrictions au texte primitif, que nous avons donné, furent Tobligation, admise par le Gouvernement, de choisir le maire parmi les électeurs de la Commune et rengagement pris par le Cabinet, et que les circonstances empêchèrent de tenir, de présenter la loi organique municipale dans les deux mois qui suivraient la promulgation de la loi des maires. Le président de la Commissiondc décentralisation, M. Raudot, essaiera, quatre mois plus tard seulement, de sauver le Cabinet menacé, en faisant intercaler la loi municipale entre les deux premières lectures de la loi électorale. En dehors de ces concessions, Tune bien modeste, l'autre illusoire, le Gouvernement, tenant par-dessus tout à être mis en possession d'une arme électorale, qu'il croyait devoir faire merveille, ne voulut rien accorder.

Les députés les plus modérés de la Gauche, M. Christophle, M. Feray, avaient inutilement tenté de faire introduire dans le texte gouvernemental de timides amendements. Celui de M. Feray qui obligeaitle Gouvernement à choisir le maire dans le Conseil municipal, dans les Communes comptant moins de 300 âmes, ne fut repoussé qu'à 4 voix de majorité, y compris les voix des ministres et des sous-secrétaires d'État. Le ministère et la majorité, qui en étaient arrivés à ne plus voir dans les maires et les adjoints que des agents électoraux, se gardèrent bien de s'enlever une chance possible de réélection, en accueillant les demandes de la Gauche ; ils foulèrent aux pieds

8i LE SECOND MINISTÈRE DE BROGLIE (2G Nov. 1873-16 Mai 1871)

tous les principes qu'ils avaient eux-mêmes défendus et revinrent en deçà des libertés municipales octroyées par TEmpirc libéral. La vraie signification de la loi des maires fut donnée par la pratique, plus encore que par la discussion, ou par le commentaire du duc de Broglie, dans sa circulaire du 23 Janvier : c'était une arme défensive pour tous les adversaires de la République, une arme offensive contre tous ses partisans. Le Gouvernement qui révoquait MM. Fourcand, Rameau, Lenoel, de Tocqueville. Faye, Margaine, Deregnaucourt, Delacroix et tant d'autres, que recommandaient les services rendus à la Défense nationale, la dignité de leur vie, la modération de leurs opinions, l'estime générale de leurs concitoyens, ce Gouvernement-là ne songeait qu'à venger des échecs électoraux et à < faire marcher la France > dans une voie, où chaque jour, elle refusait plus énergiquement de s'engager.

Il eût été digne d'un Gouvernement sérieux, vraiment national, appuyé sur la confiance populaire et pouvant former des projets d'avenir, de préparer et de faire voter une autre loi que cette loi de circonstance, que cet expédient misérable. Les maires ont des attributions doubles ; ils sont les représentants de la Commune et ils sont les agents de rÉtat ; dans quelle mesure ces attributions sont-elles conciliables? Que doivent-ils à la Commune? Que doivent-ils à l'État ? Voilà le problème dont il fallait chercher la solution. Elle n'était pas introuvable ; mais il y eût fallu une étude sérieuse ; il était plus facile d'énumérer les maires qui assistaient à des enterrements civils, ceux qui figuraient dans des fêtes en l'honneur de la Raison, personnifiée dans une femme coiffée du bonnet rouge, ceux qui se faisaient défendre, par délibération spéciale de leur Conseil, d'assister aux prières publiques ; ceux enfin, et c'étaient évidemment les plus coupables aux yeux du Gouvernement, qui se rendaient en

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