LE MARÉCQAL AU TRIBUNAL DE COMMERCE
la Constitution du 30 Novembre donnait à l'industrie et au commerce toutes les garanties de durée et de stabilité qu'ils pouvaient désirer. « Soyez sans inquiétude, disait-il, pendant sept ans je saurai faire respecter de tous Tordre de choses légalement établi. » On considéra cette afOrmation comme . une réponse décisive aux entrepreneurs de restauration, et les Républicains modérés, habitués k se contenter de peu, n*exigèrent pas d'autres garanties de la sincérité gouvernementale. Quant aux Légitimistes, que les paroles du Maréchal avaient certainement visés, ils pensèrent que le Septennat non défini, non appuyé sur des lois constitutionnelles, restait, après comme avant le discours au Tribunal de commerce, un régime laissant la porte ouverte à toutes les entreprises.
Cette visite aux membres du Tribunal et de la Chambre de commerce était, dans la pensée du Maréchal et des ministres, en dehors de son but politique, un encouragement donné au commerce parisien et comme une impulsion aux affaires, qui laissaient à désirer, au mois de Janvier 1874, nos exportations ayant diminué dans une proportion considérable.
Les fêtes publiques étaient aussi multipliées à dessein pour
faire aller le commerce. Par malheur, les dates en étaient parfois choisies avec une maladresse choquante. Le plus grand bal de la saison fut donné à TElysée, la nuit anniversaire de la capitulation de Paris.
La résistance du Cabinet aux partisans d'une restauration impériale fut un peu plus accentuée, parce que ceux-ci se montraient un peu plus audacieux dans leurs tentatives, et aussi parce que seuls ils pouvaient disputer aux Républicains les suffrages des électeurs ; parce que seuls aussi ils avaient tiré d'énormes bénéfices de la politique suivie depuis le 24 Mai. Une double élection eut lieu le 8 Février, dans le Pas-de-Calais et dans la Ilautc-Saônc. Un Bonapartiste,
90 LE SECOND MINISTÈRE DE BROGUE (26 Nov. 1873-16 Mai 1874)
M. Sens, fut élu dans le Pas-de-Calais; un Républicain radical, M. Hérisson, dans la Haute-Saône.
Ce retour inattendu de la faveur populaire fit concevoir aux Bonapartistes les plus hautes espérances et ils exploitèrent la situation avec une habileté consommée. Un Comité central fut constitué à Paris, sous la présidence de M. Rouher, qui compta parmi ses membres, MM. Piétri, Conti, Chevreau, le duc de Padoue, Fleury, Palikao. Un journal, r Ordre, fut créé pour défendre la cause impérialiste et transmettre à la, Province, avec les 80 journaux et les 500,000 numéros, partout répandus, le mot d'ordre du parti et des milliers de photographies de la famille impériale. Les illusions des Bonapartistes étaient si grandes, à ce moment, que notre très cher et très regretté camarade, Albert Duruy, Théroïque soldat de 1870, préparait les éléments de sa célèbre brochure Comment les Empires reviennent^ qui vit le jour en 1873, juste au moment où les lois constitutionnelles étaient votées.
Tout en se maintenant dans la plus stricte légalité et en accordant au Septennat un respect provisoire, les Bonapartistes affichaient leurs prétentions avec plus de franchise que les Légimisles. Leur chef, M. Rouher, dans une lettre adressée au rédacteur d'un journal du Puy-de-Dome », que le jury avait condamné pour attaques au Septennat, établit d'une façon irréfutable que la lutte n'était qu'entre l'Empire et la République; que les Régimes intermédiaires n'oseraient pas, le jour venu, affronter le verdict du pays, et, qu'en attendant ce jour, il fallait respecter la trêve qui réservait l'avenir.
Cet avenir, les Impérialistes le préparaient, en organisant pour le 16 Mars, anniversaire de la naissance du Prince Impérial et date de sa majorité, d'après les Constitutions de l'Empire, une grande manifestation politique. Tous les an-
(I) Voir Appendice IV.