‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 38 sur 230 · LA. MANIFESTATION DE CUISLEQURST · texte numérisé non relu

LA. MANIFESTATION DE CUISLEQURST

ciens serviteurs du Régime déchu étaient invités par le Comité

de Paris à se rendre à Chislehurst, pour fêter la majorité du

Prince Impérial. Le duc de Broglie, par une circulaire en date

du i9 Février^ le général du Barail, par une circulaire en

date du 24 Février, enjoignirent aux préfets et aux généraux

de s'opposer à la manifestation projetée et de leur signaler

ceux des fonctionnaires ou des officiers qui se rendraient

clandestinement h Chislehurst. La circulaire du général du

Barail débutait par ces mots : c Je suis informé qu^un grand

nombre d'officiers de tous grades ont l'intention de se rendre,

le 1G Mars, à Chislehurst, etc. » C'était une maladresse et

une erreur que de représenter les officiers de tous grades

comme inféodés au Bonapartisme. Mais si la forme de la

circulaire était défectueuse, l'intention inspiratrice était

bonne, et il faut savoir gré aux ministres de la Guerre et de

l'Intérieur d'avoir, une fois au moins, rompu avec leurs

habitudes équivoques et leur politique indécise, d'avoir

rappelé aux fonctionnaires et aux officiers leurs devoirs

envers l'État, au risque de s'aliéner, dans la majorité qui les

soutenait, des auxiliaires indispensables.

Les circulaires du 19 et du 24 Février sont le seul acte de politique intérieure du ministère du 26 Novembre, qui échappe au blâme qu^appellent toutes les autres mesures administratives du Gouvernement. En même temps qu'elles étaient écrites, le duc de Broglie remplissait les colonnes du Journal Officiel de nominations de maires de combat, en application de la loi du 20 Janvier. Un décret du 17 Février avait complété cette loi, en faisant passer les attributions du directeur delà Sûreté au préfet de police de Paris, dont l'action s'était ainsi étendue sur toutes les polices locales.

L'état de siège sévissait toujours en France et quand, au Reichstag récemment renouvelé, tous les députés alsaciens, qui avaient été choisis dans le parti français, demandaient,

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par Torgane de Winlerer et de Guerber, la suppression du régime dictatorial imposé à TAlsace-Lorraine depuis 1874, le Chancelier leur répondait, avec une cruelle ironie, que l'état de siège pesait encore sur 28 départements français et que, si l'Alsace-Lorraine faisait retour à la France, elle se retrou- Terait en état de siège. M. de Bismarck se trompait sur un point : 39 départements et non 28 étaient soumis a ce régime exceptionnel.

On retrouvait les partis pris politiques et les divisions jusque dans les voles académiques. Le 8 Janvier M. de Loménie avait été reçu par M. Sandeau, en venant occuper le fauteuil de Mérimée ; le 22 Janvier M. Saint-René Taillandier Tavait été par Nisard, en venant s'asseoir à la place du Père Gratry. Ces deux réceptions n'avaient pas été de grandes premières. On en attendait une pour le 6 Mars, jour fixé pour la réception de M. Emile Ollivier, successeur de Lamartine. M. Emile Augier devait répondre au récipiendaire. Dans son discours, M. Emile Ollivier avait parlé de lui-même avec une si inconsciente infatuation, de M. Thiers avec une si injuste rigueur et de Napoléon III avec une si élogieuse partialité, qu'une moitié de l'Académie fut d'avis d'ajourner sa réccpiion sine die. L'autre moitié, plus logique, se souvenant que M. Emile Ollivier avait été élu comme ministre et parce que ministre, aurait été d'avis de laisser prononcer le discours tel qu'il avait été écrit.

Le l*^"" Mars eurent lieu deux nouvelles élections législatives dans la Vienne et dans le Vaucluse. M. Ledru-Rollin fut élu dans ce dernier déparlement. Le succès du candidat républicain, M. Lepclit, fut assuré, dans Tautre, par une remarquable lettre de M. Thiers *.

(I) Voir Appendice V.

l'interpellation cnRisroPDLE 93

Daas la séance du 6 Mars Tinterpellation de M. Ghristophle, « sur la manière dont le ministère a exercé ses pouvoirs, en présence des attaques dont TAssemblée nationale a été récemment Tobjet, » fournit au Cabinet une occasion d'éclaircir enfin Téquivoque et d'affirmer sa politique : il se garda bien de la saisir. Très habilement M. Ghristophle commença par écarter complètement du débat la personne et les intentions du Président de la République. Il établit ensuite que le respect de la souveraineté nationale et la sécurité des discussions étaient la condition essentielle du régime parlementaire. Ces conditions existent-elles, en présence des appels de certains journaux à la force ? L'article où le Figaro^ rappelant le récent prononciamento de Pavia, pousse le le Maréchal à un coup d'Etat, a-t-il échappé à l'attention du Gouvernement, qui a suspendu ou supprimé des journaux pour des délits bien moindres? L'autorisation de vente sur la voie publique a été retirée au JfAP Siècle^ pour avoir reproduit une parole de M. Lefèvro, député de la Gauche, accusant le président de l'Assemblée nationale, M. Buffet, de « partialité révoltante >, et Tincitation au coup d'Elat est restée impunie, c Gela fait rire et voilà tout, s'écria le Garde des Sceaux, M. Depeyre, voilà l'efl'et que produit dans le pays le Figaro ! > Le lendemain du jour où il avait attaqué la majorité avec la dernière violence, le Figaro avait, par une sorte de compensation, prodigué les injures à la minorité, et le Gouvernement était resté muet comme la veille, oubliant les paroles que le duc de Broglie avait prononcées le !24 Mai, dans son discours contre M. Thiers : « Ce qu'un Gouvernement autorise et permet, il est censé le faire lui-même. » Le Cabinet n'est^il pas en opposition flagrante avec le chef de l'Etat, qui s'est engagé, au Tribunal de commerce, à faire respecter de tous, pendant sept ans, l'ordre de choses légalement établi? 11 n'a servi, dans la circonstance, ni l'ordre moral ni les principes

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conservateurs ; il n'a usé de Tétat de siège que dans Tinlérét de ses amis, non dans Tintérêt de la justice et de l'équité ; il a pratiqué la politique de combat, avec laquelle on ne fonde rien et si, un jour, Thistoire daigne s'occuper de son passage aux affaires, elle le caractérisera par ces trois mots : impuissance, stérilité, contradiction.

Il est bon de remettre ces vigoureuses paroles sous les yeux de la génération présente, de montrer comment les membres du Centre Gauche, si calomnié aujourd'hui, entendaient la défense des libertés publiques et quel service ces ouvriers de la première heure ont rendu aux institutions actuelles. Le duc de Broglie répondit plaisamment qu*il était heureusement surpris de la susceptibilité inquiète montrée par la Gauche pour les droits, Tautorilé et la dignité de l'Assemblée et salua avec plaisir cette conversion, qu'il souhaita durable et sincère. Quant au Figaro^ « journal plus connu par la variété piquante de sa rédaction que par sa consistance politique, > ses attaques ne comptaient pas et le vice-président du Conseil avait à peine eu le temps de lire « ces minuties de la presse courante >. D'ailleurs, le rédacteur en chef du journal avait désavoué l'auteur de l'article. Après que M. Victor Lefranc, en quelques graves paroles, eut dégagé le Gouvernement de M. Thiers, que M. de Broglie avait mis en cause, de toute similitude avec le Gouvernement de combat, l'ordre du jour pur et simple, appuyé par le Gouvernement, fut adopté par 377 voix contre 30S. Douze membres du Centre Gauche s'abstinrent.

A la fin de son discours, en réponse à Tinterpellation de M. Christophle, le duc de Broglie avait fait allusion à Télaboralion des lois constitutionnelles. La nouvelle Commission des Trente venait, en effet, d'achever Tétude de la loi électorale, dont elle eût voulu faire une seconde loi du 31 Mai. Les dispositions restrictives de l'électorat et de l'éligibilité n'ayant

l'interpellation gambetta-lepère 95

pas été accueillies par rAssemblée nationale, le travail de la Commission, dont M. Batbie fut le rapporteur, n'offre qu'un intérêt historique : la discussion devant rAssemblée ne vint d'ailleurs que plus tard. Le seul événement politique à signaler, avant l'interpellation du 18 Mars, est la manifestation projetée du 16 Mars à Ghislehurst, à laquelle manqua le prince Napoléon, dûment invité pourtant. Le Prince Impérial lut aux députés de l'appel au peuple un discours-manifeste, œuvre de M. Rouher, où il représentait le duc de Magenta, c ancien compagnon des gloires et des malheurs de son père, » comme un gardien suffisant de l'ordre matériel, mais non de la sécurité, qu'un plébiscite seul pouvait assurer, le plébiscite étant « le salut et le droit >.

Le 36 Janvier, Gambetta avait déposé une demande d'interpellation, sur la circulaire du duc de Broglie, relative à l'application de la loi des maires ; d'ajournements en ajournements cette interpellation fut enfin disculée, deux mois plus tard, le 18 Mars, et cette discussion, la plus importante de celles qu'eut à subir le Cabinet, aurait permis au duc de Broglie de prendre position entre les extrêmes des deux parties de l'Assemblée, de s'appuyer sur la Droite diminuée des Chevau-légers et sur les 100 membres du Centre Gauche tout prêts, comme M. Dufaure, à soutenir un Gouvernement conservateur et libéral, voulant sincèrement l'organisation constitutionnelle des pouvoirs du Maréchal et la pratique sérieuse du régime parlementaire. Un véritable homme d'Etat eût compris, à«ce moment, la nécessité de renoncer au Gouvernement de combat, d'oublier les vieilles rancunes et lés inimitiés récentes, de cesser d'être le porte-paroles d'un parti sans racine dans le pays et sans avenir dans l'Assemblée, pour se faire le chef d'une majorité vraiment nationale, dont n'eussent été exclus que les irréconciliables de Droite ou de Gauche, qui se serait appuyée sur

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la presque unanimité de la France et qui eût fait du Septennat ce que son inventeur lui-même avait appelé « une réalité vivante >. Les hommes politiques vraiment dignes de ce nom, les pasteurs dépeuples, savent saisir ces occasions que la fortune jalouse ne leur oITre guère qu'une fois, quand elle les leur offre. Le duc de Broglie, enfermé dans sa conception étroite du Septennat, retenu par un faux point d'honneur, ne sut pas se dégager de ses alliances, ni renoncer à ses complicités du 24 Mai ; il resta, le 18 Mars, ce qu'il avait été dans toutes les interpellations auxquelles il eut à répondre, dans le cours de ses deux ministères, un orateur fécond en ressources, très habile à déplacer le terrain de la discussion et à rendre à ses adversaires coup pour coup; et un homme dTtat d'un aveuglement sans pareil, un capitaine très apte à conduire à Tassant des troupes bigarrées, mais incapable de les maintenir longtemps sur les positions conquises, le plus funeste, le plus compromettant des ministres pour un Chef d'£tat, comme le loyal soldat au nom duquel il parlait.

Jamais d'ailleurs ministre n*eut en face de lui plus redoutable adversaire. L'interpellation, déposée primitivement par Gambetta, reprise par M. Lepère, fut développée par M. Challemel-Lacour. Pour la Droite, M. Ghallemel-Lacour était l'ancien préfet de Lyon, l'homme de confiance de Gambetta: pour la Gauche il était l'un des plus ardents Républicains, mais Tun des moins capables de se dominer; pour tous et pour le public il était un orateur correct, pouvant trouver quelques accents chaleureux dans un plaidoyer pro domo, mais non pas donner la forme la plu^ parfaite aux griefs d'une grande Opposition parlementaire, envelopper dans un langage impeccable des critiques d'autant plus fortes qu'elles restent toujours courtoises et faire retentir la tribune française d'accents d'une incomparable éloquence. Pendant une

DISCOURS DE CnALLEMEL-LAGOUR 07

heure et demie M. Challemel tient l*Âssemblée sous le charme d'une irréprochable correction de parole, d'une langue sobre et forte, d'élans impétueux, d'ironies amères, explosions indignées qui sont comme contenues et qui se condensent en formules métalliques. Ce grave et rare talent donne à tout l'auditoire une incontestable impression de grandeur. Les interruptions, les insultes ne parviennent pas à rompre la logique serrée de son discours : il les laisse passer, dédaigneux, à moins qu'il ne les relève, pour improviser un superbe développement qui semble faire corps avec le discours. Il a parlé de la République ; un membre de la Droite lui crie : Laquelle? il riposte en traçant le programme du Gouvernement républicain en face du Gouvernement honteux, en opposant les principes de la Démocratie aux expédients, aux tracasseries, aux persécutions du Septennat. Nous publions en appendice* le magnifique discours de M. Challemel-Lacour, qui se résumait dans ces deux questions adressées au Gouvernement. Nous demandons, en premier lieu, à M. le Ministre de l'Intérieur si, en déclarant, dans sa circulaire du 2â Janvier, le pouvoir de M. le Président de la République élevé dès à présent, et pour toute la durée que la loi lui assigne, au-dessus de toute contestation, il n'a pas entendu déclarer que toute tentative de restauration monarchique était dès à présent interdite? Nous lui demandons, en second lieu, s'il ne se propose pas de veiller désormais à l'exacte application des lois qui punissent comme délictueux tous les actes et manœuvres quelconques ayant pour objet de changer la forme du Gouvernement établi ? Avec l'ironie froide qui était dans sa manière M. Challemel- Lacour avait déclaré que, pour plus de précision et pour éviter toute surprise, il rédigeait et déposait sur le marbre de la tribune les deux questions écrites qu'il prenait la liberté d'adresser au Gouvernement.

(1) Voir Appendice VI.

Edg. Zevort. — Troisième République. ii. — 7

98 L12 SECOND MINISTÈRE DE BROGLIE (26 NoT. 1873-16 Mai 1874)

La séance fut suspendue pendant une demi-heure, après cette admirable harangue, que le duc de Broglie, dans sa riposte impertinente, qualifia de c discours si prolongé >.

Le même reproche ne saurait être adressé au discours du Ministre de Tlntérieur : il remplit à peine 4 colonnes du Journal officiel et n'a pas dû se prolonger au delà de 10 à 12 minutes. Le duc de Broglie, après avoir déclaré qu'il n'était pas « dictateur révolutionnaire » et qu'il n'avait pu aborder toutes les questions dans sa circulaire du 22 Janvier, s'efforça de justifier cette circulaire et les choix qui avaient été faits, conformément à ses instructions. A chaque phrase il est interrompu : par M. Margaine, par M. Lenoel, par M. Fourcand, par M. Faye, par tous les maires qui ont été l'objet d'exclusions systématiques, dictées par des motifs politiques : tous ces interrupteurs sont la preuve vivante que les instructions données par le duc de Broglie ont été méconnues, ou plutôt que ses secrètes pensées ont été trop bien comprises. Le duc de Broglie reproche ensuite à ceux qui viennent d'applaudir M. Challemel-Lacour d'être les ennemis notoires et déclarés du Gouvernement actuel, ce qui lui attire cette riposte de M. Margaine : < On peut être l'ennemi du Cabinet, sans être l'ennemi du Gouvernement. * M. Margaine, d'un mot, avait fait cesser la confusion que le duc de Broglie s'efforçait de perpétuer depuis le 26 Novembre. Vous vous confondez toujours avec le Maréchal, lui disait, un instant après, le même député, vous n'êtes pas le Président de la République. La fin du discours ministériel fut consacrée aune définition du Septennat, du pouvoir « incommutable >, dont le caractère et la nature étaient un peu plus obscurs après chaque définition, et à un appel à l'union de la majorité.

M. de Gazenove de Pradines vint déclarer, après le duc de Broglie, qu'il comprenait la prorogation comme un pouvoir intérimaire, en attendant le rétablissement de c la Monarchie

LETTRE DU MARÉCDAL 99

qui a fait la France et qui seule peut la relever ». Le ministre remonte à la tribune. Le moment es^ venu de déchirer les voiles, de sortir de l'équivoque, de prononcer devant l'Assemblée et devant la France, si avide de clarté, une parole franche et sincère : le duc de Broglie se contente de dire que Topinion de Thonorable préopinant lui est personnelle et n'engage pas le Gouvernement. Après quelques observations, présentées par MM. Lepère et Louis Lacaze, Tordre du jour pur et simple, accepté par le Gouvernement, recueillit 370 voix contre 310. Ce fut la dernière victoire du duc de Broglie, victoire à la Pyrrhus, qui réunit une fois encore, dans un vole de coalition, les partisans du Septennat et ceux qui venaient, comme M. Cazenove de Pradines, comme M. de Carayon-Latour qui s'associa aux réserves de son collègues, de « dresser son acte de décès ».

Le lendemain de Tinterpellation, le Journal Officiel publiait la lettre suivante :

« Versailles, le 19 Mars 1874.

< Monsieur le Duc,

• Je viens de lire les paroles que vous avez prononcées hier à la tribune de l'Assemblée nationale.

* Elles sont conformes au langage que j'ai tenu moi-même à MM. les Présidents du Tribunal et de la Chambre de commerce de Paris.

« Je leur donne donc mon entière approbation et je vous remercie d'avoir si bien compris les droits que m'a conférés et les devoirs que m'impose, pendant sept années, la confiance de l'Assemblée.

a Veuillez agréer. Monsieur le Duc, la nouvelle assurance de ma haute considération.

t Le Président de la République,

€ Maréchal de Mac-Mahon. »

100 LE SECOND MINISTÈRE DE BROGLIE (26 Nov. !873-16 Mai t874)

A la suite de cette lettre, le Journal Officiel relatait les paroles prononcées, le 4 Février, au Tribunal de commerce : « Pendant sept ans je saurais faire respecter de tous Tordre de choses légalement établi. > L'ordre de choses légalement établi c'était la République. Pourquoi donc confier le soin de la gouverner à ses adversaires notoires? pourquoi s'appuyer même sur ceux qui ne vous considèrent que comme u un abri passager >, c'est le mot de M. Cazenove de Pradines,ou comme un « paravent », c'est le mot de M. Rouher, ou comme un c vestibule dans lequel il n'y a rien à construire, » c'est le mot de M. de Kcrdrel ?

Le pays comprenait de moins en moins cette politique. Appelé au scrutin dix jours après, le 29 Mars, dans la Gironde et dans la Haute-Marne, il envoyait à Versailles deux nouveaux Républicains, M. Roudier et M. Danelle-Bernardin. Consulté seize fois, depuis le 24 Mai 1873, sur tous les points de la France, dans les « pays rouges » comme dans les autres, il avait nommé quinze Républicains et un Bonapartiste. L'ordre moral, puis le Septennat avaient vainement tenté défaire passer un candidat à eux ; en un an, la France n'avait pas envoyé une seule recrue à ce que le duc de Broglie s'obstinait k appeler « le grand parti conservateur ». Sa défiance croissait, en raison directe de la confiance de la majorité et de l'approbation du Maréchal.

Cette majorité se retrouva, compacte et fidèle, jusqu'à la fin de la session d'hiver, et particulièrement, dans la discussion du projet de prorogation au l*^"* Janvier 1875 des municipalités élues pour trois ans, le 30 Avril 1871, et qui devaient être renouvelées, au plus tard, le 30 Avril 1874. Le Gouvernement n'en était pas à regarder à l'établissement légal d'un nouveau provisoire et il triompha à la majorité habituelle, par 377 voix contre 302. Une manœuvre habile de la Gauche faillit pourtant faire échouer le projet et amener la chute du

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