PRÉFACE VU
France croit que son repos est assuré. Elle se prend à espérer que la Constitution sera loyalement appliquée et qu*elle entrera prochainement en vigueur : il n'en est rien. Le Maréchal ne veut ni se séparer de ceux qui ont voté pour lui le 24 Mai 1873, ni se rapprocher de ceux qui ont voté pour la République le 30 Janvier et le 25 Février. M. Buffet ne cherche qu'à renouer la coalition du 24 Mai 1873, pendant que ses collègues du Centre Gauche s'appuient sur la majorité du 25 Février, et une troisième majorité se reforme, au mois de Juillet 1875, pour prolonger de cinq mois les jours de TAssemblée nationale. On se retrouve en Novembre; on accorde à MM. Buffet et Dufaure le scrutin d'arrondissement, considéré comme le palladium des Conservateurs, éloquemment combattu par MM» Ricard et Gambetta, qui ne voient de salut pour la République que dans rétablissement du scrutin de liste, et Ton donne une dernière fois au pays, dans l'élection des inamovibles, le spectacle des variations de la majorité : sur 75 sénateurs à élire, plus de 60 sont républicains.
11 follut les élections sénatoriales de Janvier 1876, les élections législatives de Février et de Mars 1876, pour faire enfin éclater la volonté de la France. Cette volonté fut incomprise ou volontairement méconnue. Survivant à la majorité qui Tavait porté au pouvoir, le Maréchal cherchait l'occasion d'une revanche. Il crut l'avoir trouvée quand M. Dufaure, deux fois battu devant le Sénat et mollement soutenu par la Chambre, donna sa démission de président du Conseil, Ses inspirateurs jugèrent la tentative prématurée et l'engagèrent à remplacer M. Duiaure par celui de tous les hommes politiques qui lui était personnellement le plus antipathique, par M. Jules Simon. Ce philosophe aimable, ce très habile politique, cet admirable orateur exerce pendant cinq mois le pouvoir le plus disputé. Il est impuissant, entre la majorité de la Chambre qui le pousse, et l'Elysée qui le retient
vin HISTOIRE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Pourtant, il fait des prodiges d*équilibre et ni les suffrages de la Chambre, ni ceux du Sénat ne Tabandonnent, Ceux du parti clérical lui font défaut, et le parti clérical obtient du Maréchal Tinexplicable coup de tète qui porte dans l'histoire le nom à* Acte du Seize Mai. Sans raisons, sans prétextes, le pays était jeté dans une aventure, peut-être dans un coup d'Etat et aux barricades, si le duc de Magenta avait écouté quelques-uns de ses conseillers, s'il avait été jusqu'au bout^ comme il ne cessait d'en menacer la France.
Le '< Gouvernement de combat » est restauré avec violence, sans scrupule de légalité, avant même que le Sénat ait voté la dissolution. Le clergé, qui vient d'applaudir au Seize Mai, se jette à corps perdu dans la lutte ; les préfets, les maires, les instituteurs, les fonctionnaires de tout ordre remettent en honneur les pires abus de la candidature officielle. Après des procès innombrables, des suspensions arbitraires de journaux, des persécutions de toutes sortes, les unes iniques, les autres puériles, des affiches blanches désignent aux populations les candidats du Maréchal de Mac-Mahon, et le Maréchal lui-même parcourt la France, en laissant entendre que si les élections ne sont pas fovorables à sa politique, il n'en tiendra aucun compte. Le brave soldat n'était pas fait pour de pareilles luttes : pendant -qu'il proférait sans conviction ces vaines menaces, qui irritaient plus qu'elles n'effrayaient, qui lui aliénaient plus de voix qu'elles ne lui en attiraient, le grand orateur contre lequel on l'avait si maladroitement lancé, le chef incontesté de la Démocratie républicaine, le tribun patriote, annonçait à toute la France, dans son discours de Lille, et répétait dans sa profession de foi, que le con* Ait ne pouvait avoir que deux issues : la soumission ou la démission. Le Maréchal, après un vague essai de résistance, se soumit le 13 Décembre 1877 : il chargea •M. Dufaure de constituer un ministère. Un an après, le