‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 5 sur 230 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

30 Janvier 1879, il se démettait, donnant deux fois raison à Gambetta.

En dehors de la lutte des partis^ deux événements importants, l'Exposition universelle de Paris et le Congrès de Berlin, marquent cette dernière année de la € Présidence du Maréchal ».

L'Exposition de 1878 fut surtout remarquable comme preuve de notre vitalité, après des désastres inouïs, et comme manifestation des dispositions pacifiques de notre pays. A distance, elle apparaît un peu terne, entre l'Exposition de 1867 et celle de 1889. On y vit nombre de princes de sang royal et, entre tous, le prince de Galles, qui nous montra de précieuses sympathies. Les journaux d'outre-Manche prirent la précaution, assez superflue, de nous avertir que des paroles de pure courtoisie n'engageaient à rien, que l'héritier présomptif pouvait avoir le cœur français, que la politique de son pays resterait anglaise. Nous le savions de reste. Nous savions aussi, depuis 1867, qu'au lendemain de ces grandes réunions l'inéluctable politique reprend ses droits.

La France, en 1878, était encore toute frémissante de la lutte que son Gouvernement avait instituée contre elle ; elle pouvait craindre un retour ofl'ensif du Seize Mai ; d'un bout de l'année à l'autre, d'ailleurs, avant, pendant et après l'Exposition, elle fut en pleine agitation électorale. Elections municipales, élections législatives à la suite des invalidations, élections des délégués sénatoriaux se succédèrent de mois en mois, presque de jour en jour, sans parler des élections cantonales, jusqu'aux élections décisives du 5 Janvier 1879, qui enlevèrent à la coalition monarchique sa dernière citadelle, au Maréchal son suprême appui.

En réalité, l'histoire de sa Présidence finit ce jour-là : menacé, depuis le 13 Décembre 1877, de voir poursuivre ses complices du 16 Mai et ses créatures du 23 Novembre, il n'attend qu'une occasion pour se retirer.

L'occasion manquant, il choisit un prétexte et descend du pouvoir avec une dignité tranquille, sans remords et non sans noblesse.

Le Congrès de Berlin agit moins encore que l'Exposition sur Topinion, si violemment secouée depuis quelques années : quelques mots du ministre des affaires étrangères à la Chambre avant le Congrès, quelques phrases au Sénat après le Congrès, passèrent presque inaperçus. D'un commun accord, le pouvoir exécutif et le Parlement s'abstenaient de tout échange de vues au sujet des affaires extérieures. Sous le ministère du duc Decazes, qui avait précédé M. Waddington au quai d'Orsay, une seule fois, en quatre ans, il fut question de politique étrangère, le 20 Janvier 1874 : le ministre lut une déclaration qui fut la seule réponse du Gouvernement à l'interpellation d'un député de l'Extrême Droite, restée en suspens depuis plus d'un mois. Un an plus tard, quand on put craindre une nouvelle invasion germanique, quand le Maréchal et ses ministres, pleins d*une patriotique angoisse, songeaient à donner à nos troupes l'ordre de se retirer, derrière la Loire et à laisser le champ libre à l'ennemi héréditaire, de la frontière à Paris, pas un mot ne fut dit dans l'Assemblée nationale, pas une question ne fut posée au Gouvernement, du haut de la tribune. Un mot aurait pu gêner la libre action du pouvoir ; il aurait pu aussi faire impression sur l'envahisseur, en lui montrant l'accord unanime de la nation menacée; ce mot ne fut pas prononcé.

Pendant la période, dite de € recueillement », qui a suivi, pour la France, le traité de Francfort, l'Assemblée nationale s'est abstenue de toute incursion sur le domaine tacitement réservé des affaires étrangères et les Assemblées qui lui ont succédé ne se sont pas montrées plus curieuses. Le Parlement anglais retentit constamment ^es questions posées aux ministres sur l'action de l'An- .gleterre au dehçrs ; au Parlement français, c'est à peine

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