‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 42 sur 230 · LA PROPOSITION GASIMIR-PÉRIER · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION GASIMIR-PÉRIER

sioa sur TAssemblée. G*était un spectacle qui ne manquait pas de grandeur que celui du fils du ministre de Louis- Philippe, de ce Monarchiste d'origine et de traditions venant, avec une conviction que tous sentaient sincère, démontrer à l'Assemblée l'impossibilité de constituer autre chose que la République. M. Lambert-Sainte-Croix, avec une conviction beaucoup plus tiède, oppose au projet Casimir-Périer une proposition tendant à organiser le droit de dissolution et à ajourner à sept ans le vote sur la forme du Gouvernement. Le général Changarnier vient apporter h la tribune une protestation dont l'enfantillage désarme la critique : < L'orateur qui a précédé M. Lambert-Sainte-Croix, dit-il, avec une tristesse savamment ménagée, vient, à Toccasion du Septennat, vous proposer une Révolution (sic) désastreuse. Oui, désastreuse, si contraire aux mœurs et aux habitudes dans

lesquelles la France a vieilli ! Je vous prie de repousser

énergiquement cette proposition... Messieurs de la majorité, avant d'émettre un vote qui demeurera attaché à votre nom, prenez le temps de réfléchir. Pensez h l'avenir de vos enfants, souvenez-vous des cruelles épreuves imposées par la République à vos pères. Messieurs de la majori té, je vous en conj ure, volez contre l'urgence. > Cette adjuration, nous le verrons, ne fut pas entendue. L'Assemblée pensa sans doute qu'elle avait suffisamment réfléchi, depuis le 20 Novembre 1873, depuis que le général Changarnier lui-même avait pris l'initiative de ta proposition de prorogation, qui aurait dû être suivie, à bref délai, du vote des lois constitutionneMes.

L'homme le plus compétent de l'Assemblée, en matière de droit constitutionnel, M. Edouard Laboulaye, prit la peine de répondre au général Changarnier et prononça le plus modéré des discours, en même temps que le plus fln et le plus habile, le mieux fait pour entraîner les hésitants. Il ne s'attoquà pas aux arguments des adversaires : les adversaires

1S4 LE MINISTÈRE DE CISSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)

n'avaient pas produit Tombre d'un argument; il s'attaqua aux partisans du Septennat personnel, à ceux qui voulaient une Constitution sans la vouloir, qui voulaient sortir du pro* visoire tout en le consolidant, qui songeaient moins à organiser les pouvoirs publics qu'à fortifier ceux du Maréchal et à en faire une sorte de Dictature informe, un Régime sans nom, sans précédent et sans lendemain, c Je ne connais, dit-il, rien de plus impossible que de dire à une Commission : Faites-moi une Constitution en Tair qui convienne à tous les

Gouvernements On ne confie pas à trente personnes le

soin de décider du Gouvernement de la France. Ceci est

votre affaire. Ceci vous regarde Aujourd'hui il n'y a que

trois choses possibles : Provisoire, Empire ou République. » Personne ne songea à contester ces vérités, à réfuter des assertions qui n'étaient pas réfu tables. Les trois orateurs qui succédèrent à M. Laboulaye se chargèrent de montrer combien il avait vu et dit juste, en plaidant, l'un, M. de Kerdrel, pour le maintien du statu quo, c'est-à-dire pour le Provisoire ; le second, M. Léon Say, pour l'organisation des pouvoirs, c'est-à-dire pour la République ; le troisième, M. Raoul Duval, pour l'appel au peuple; c'est-à-dire pour l'Empire. Après une courte réplique de M. Casimir-Périer, l'urgence fut adoptée par 34S voix contre 341. Le groupe Target avait, cette fois, voté pour l'urgence et valu à la République la première victoire qu'elle eût remportée, depuis le 24 Mai 1873.

Immédiatement après ce vote, le duc de la Rochefoucauld- Bisaccia, ambassadeur de la République française à Londres, monte à la tribune et dépose une proposition ainsi conçue :

« Le Gouvernement de la France est la Monarchie. Le trône appartient au Chef de la Maison de France.

< Le Maréchal de Mac-Mahon prend le titre de Lieutenant général du royaume.

Page 1