EXTRÊME DROITE ET CENTRE DROIT
suspendu, pour outrages au Gouvernement espagnol. Un des considérants de l'arrêté de suspension, pris par le généralgouverneur de Paris, est ainsi conçu : Attendu que l'Univers, dans son numéro du 6 Septembre, dépasse toute mesure^ provoque au mépris des Gouvernements établis par d'inqualifiables outrages^ qui sont de nature à compromettre nos relations extérieures, trouble la paix publique et porte une grave atteinte à la dignité de la presse française. Le dernier paragraphe de ce considérant doit être relevé. Que le Gouvernement soit juge et bon juge de ce qui trouble la paix publique ou la sécurité nationale, on peut Tadmettre ; qu'il s'érige en censeur et donne des leçons de dignité à la presse, la prétention est abusive, venant de ministres qui n'avaient vraiment de leçons à donner à personne, pas plus à M. Veuillot qu'au colonel Stoffel, dont ils essayaient de réfuter la brochure sur la fameuse « Dépêche du 20 Août 1870 », dans un communiqué très vague du 19 Octobre.
Les mesures prises par le Cabinet contre les Ultramontains et les Intransigeants de Droite allaient directement contre la politique des habiles du Centre Droit qui auraient voulu, comme le fît M^*" Dupanloup, dans une sorte de lettre circulaire, ramener dans le giron conservateur les 52 Légitimistes qui avaient voté contre le duc de Broglie, le 16 Mai 1874.
Tous les actes du duc Decazes, pendant cette période, creusaient plus profondément encore le fossé entre l'Extrême Droite et le Centre Droit et obligeaient, bon gré mal gré, ce dernier groupe parlementaire à faire enOn le pas décisif. Le duc Decazes eut à nommer, du 28 Août au 9 Septembre, les titulaires de trois grandes ambassades : M. de Jarnac fut envoyé à Londres où il remplaça le duc de la Rochefoucauld, M. de Chaudordy, de Berne, où il avait remplacé Lanfrey, à Madrid, et le comte Bernard d'Harcourt à Berne. Le choix de M. de Chaudordy, l'ancien auxiliaire de la Délégation à Tours
144 LE MINISTÈRE DE CISSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)
et à Bordeaux, était significatif. C'était la reconnaissance officielle parla France du Gouvernement du Maréchal Serrano et la condamnation des Carlistes dont les atrocités avaient indigné toute l'Europe, moins la Russie, qui, en refusant de prendre part à une démarche commune conseillée par l'Allemagne, voulut surtout mettre en échec la Chancellerie fédérale. Ce fut le premier nuage dans le ciel de la Triple Alliance, depuis l'entrevue des trois souverains de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Russie, en 1872.
Si la reconnaissance de l'Espagne par la France mécontenta le parti légitimiste, le rappel de VOrénoque, mouillée à Civita-Vecchia, pour la protection éventuelle du Pape, lui fut encore plus sensible. Le 18 Octobre une note de VOfficiel annonçait que VOrénoque était rappelée à Toulon et qu'un nouveau bâtiment était mis à la disposition du Saint-Père et maintenu, avec cette destination, dans un des ports français de la Méditerranée. La même note disait que le Kléber se rendait dans les eaux de la Corse.
Ces incidents de la politique extérieure, pour graves qu'ils fussent, disparurent un peu dans le bruit et le scandale des révélations du procès d'Arnim. On sut, par les pièces du procès qui furent livrées à la publicité, quel rôle le Chancelier et l'ambassadeur allemand avaient joué, même dans nos affaires intérieures, quelles menaces avaient constamment pesé sur nous, même quand nous remplissions nos engagements avec une scrupuleuse fidélité et ces craintes d'un orage toujours imminent, ne furent pas sans influence sur le développement ultérieur de notre politique au dedans et au dehors..
Il faut rappeler, en 1874, le Congrès ou Conférence internationale de Bruxelles, dont le prince Gortchakoff avait pris l'initiative et auquel adhérèrent toutes les puissances, quelques-unes en faisaiiit des réserves significatives. La