‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 50 sur 230 · LE MESSAGE DU C JANVIER 1S · texte numérisé non relu

LE MESSAGE DU C JANVIER 1S

torien et un des premiers orateurs de ce siècle, que la Révolution de 1848 avait fait descendre du pouvoir et de la tribune, si longtemps honorée par lui. Entre la politique doctrinaire de M. Guizot et les expédients de ses héritiers, les ministres du Septennat, il y avait la même distance, le même abîme qu'entre la politique révolutionnaire de Ledru- Rollin et la politique toute de tempérament et d'opportunité de Léon Gambetta.

Plus les Messages se multipliaient et plus la volonté d'aboutir au vote des lois constitutionnelles s'amollissait, plus aussi la pensée gouvernementale semblait s'obscurcir. C'est que le duc de Broglie, le grand amasseur de ténèbres, était dans la coulisse. Il consentait bien à se retirer devant un vole hostile, il se refusait bien à reprendre la direction des affaires, quand il n'apercevait pas une majorité prête à le soutenir : il ne consentait pas à cesser d'exercer sur le pouvoir une action qui, jusqu'à la dernière heure, fut néfaste. On en eut une nouvelle preuve, quand M. Grivart vint lire à la tribune le Message du 6 Janvier. Des circonstances favorables à la solution tant espérée avaient pourtant précédé cette lecture. Le 3 Janvier un premier tour de scrutin avait eu lieu dans les Hautes-Pyrénées, pour une élection législative et le partage des voix entre 4 candidats représentant toutes les nuances d'opinion : le Bonapartisme, la Légitimité, la République et même le Septennat avait montré la nécessité d'une alliance entre les électeurs de M. Alicot, le Septennaliste, et ceux de M. Brauhauban, le Républicain, pour faire échec au candidat bonapartiste, M. Cazeaux. Pendant que les Républicains se préparaient à voter pour M. Alicot, le Maréchal, obéissant à une heureuse inspiration, avait convoqué à la Présidence MM. Hamille, de Kerdrcl, Chesnclong,

155 LE MINISTKRK DE CISSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)

Bocher, d'Audiffrel-Pasqùier, Dufaure, Léon Say et Gasimir- Périer, pour rechercher avec eux s'il serait possible de constituer une majorité, disposée à voter les lois constitutionnelles. On pouvait s*étonner de voir dans ce cénacle un Bonapartiste, comme M. Hamille, des Légitimistes, comme MM. de Kerdrel et Chesnelong, mais l'intention était bonne et l'appel adressé à trois membres notables du Centre Gauche pouvait passer pour une compensation. Les réunions de la Présidence n'aboutirent pas, parce que les représentants des trois groupes convoqués Droite, Centre Droit et Centre Gauche, voulaient chacun une solution dilTérente. La Droite tenait pour le Septennat personnel, le Centre Droit pour le Septennat impersonnel, le Centre Gauche pour la République. De plus, le Centre Droit voulait que la revision fût nécessaire, fatale, à l'expiration des pouvoirs du Maréchal; le Centre Gauche consentait seulement à ce qu*elle fût facultative.

Bien que Tentente ne se fût pas faite à la Présidence, on attendait avec une certaine impatience l'ouverture d'une sessionque l'on sentait devoir être décisive; on l'attendait aussi avec une certaine inquiétude, le bruit s'étant répandu que le duc de Broglie voulait faire mettre à l'ordre du jour la loi sur l'organisation de la seconde Chambre et, après le vote de celte loi, ajourner les autres dispositions constitutionnelles et établir la Dictature militaire du Maréchal, en l'étayant sur deux Chambres au lieu d'une seule.

C'est pour répondre aux craintes de la Gauche que la Commission des Trente fit savoir, le 4 Janvier, qu'elle avait adopté un article additionnel, subordonnant la validité du vote sur la seconde Chambre à l'adoption des autres lois sur la transmission du pouvoir exécutif. C'était avouer que le projet machiavélique du duc de Broglie avait été conçu. La Gauche resta méfiante, et cette méfiance augmenta encore après le Message. Le Maréchal y disait que l'opinion publique com-

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