NOUVEL ÉCHEC DU CABINET
prendrait difficilement un nouveau retard ; il demandait la mise à Tordre du jour de la loi sur la seconde Chambre ; il proposait Tajournement à 1880 de la détermination de la forme du Gouvernement et, enfin, il affirmait que Tétude qu*il venait de faire, pendant un an, lui avait révélé les véritables besoins du pays. Les ministres ou les conseillers qui avaient rédigé ce document, auraient voulu découvrir le chef de TEtat et lui attirer un échec parlementaire qu*ils n'auraient pas procédé autrement. Le Maréchal s'engageait à fond sur tous les points et semblait vouloir aller au-devant, non pas seulement d'une crise ministérielle, mais d'une crise gouverne-^ mentale. Fort heureusement cette nouvelle intervention du
duc de Broglie ouvrit tous les yeux et condamna sans retour toute nouvelle tentative de reconstitution de Tancienne majorité. Ce ne fut pas même un scrutin, ce fut un vote dédaigneux, par assis et levé, qui renversa l'échafaudage de Tancien viceprésident du Conseil.
M. Grivart n'avait pas quitté la tribune que M. Batbie, rhomme de toutes les ingrates besognes, l'avocat de toutes les causes difficiles, s'y présentait et demandait la priorité de discussion pour la loi sur la seconde Chambre. M. Laboulaye, toujours bien inspiré quand il parlait de ses sujets favoris, le droit constitutionnel et la fondation du Gouvernement nécessaire, répondit, par un petit chef-d'œuvre de malice et de bon sens, à la subtile argumentation de Toraleur du Centre Droit. « On ne conduit pas un pays avec de l'esprit, dit-il, on conduit un pays avec de la franchise. Il faut dire clairement où l'on va, et y aller par la grande route,, et non par des chemins de traverse, qui aboutissent on ne sait où. > L'argumentation de M. Laboulaye, vivement appuyée par M. de Castellane, au nom de TExtrème Droite, fut faiblement combattue par M. Antonin Lefèbre-Pontalis,^ au nom de tous les Réactionnaires sans épithète et par le
154 LE MINISTÈRE DE aSSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)
ministre de Tlntérieur, au nom du Gouvernement. La priorité fut refusée à la loi sur la seconde Chambre et, par ce vole, implicitement accordée à la loi sur la transmission du pouvoir exécutif.
A rissue de la séance, le Cabinet portait sa démission à la Présidence. Le Maréchal, conseillé par le duc de Broglie, ne l'accepta ni ne la refusa : il se contenta de faire insérer à y Officiel une note, par laquelle il priait ses ministres de consserver leurs portefeuilles < en attendant la formation d*un nouveau Cabinet >. C'était encore une solution due à la fertile imagination du conseiller habituel. Le 7 Janvier, M. Dufaure avait été mandé à la Présidence ; d'où grande terreur du Centre Droit et intervention du duc de Broglie. On avait décidé d'attendre le vole des lois constitutionnelles, ou Taveu d'impuissance que la Chambre, croyait-on, ne pouvait manquer de faire, avant d'aviser. Le Cabinet, renversé mais maintenu, s'empressa de pourvoir toutes ses créatures et continua la politique autoritaire qui avait commencé en 1873. Les Conseils municipaux, élus en Novembre, furent dissous sous les prétextes les plus futils, pour un dissentiment avec le préfet, comme celui de Marseille, le plus souvent pour cause d'incompatibilité d'humeur avec des maires imposés. Même sous Thonnêle général baron de Chabaud-Latour; le déplorable système politique et administratif de MM. de Broglie et de Fourtou leur survivait; il devait, jusqu'à la fin, produire ses détestables effets.
L'état de l'opinion eût averti le Gouvernement, si les hommes qui le composaient ou qui l'inspiraient avaient été capables de traiter l'opinion autrement qu'en suspecte. La qualifier d'aveugle ou de subversive : ils n'y manquaient pas; écouter ses indications : ils s'en seraient gardés comme d'une faiblesse. En ce mois de Janvier 187S celui de tous les candidats à l'omnipotence, comme dit G. Sand, qui profes-