ROLE DO GROUPE WALLON-DE LAVERGNE
quelques centres populeux, ont pu procurer au socialisme des victoires retentissantes : la grande masse électorale reste réfractaire au socialisme révolutionnaire et au collectivisme.
L'entente se fit entre les deux Centres sur un projet transactionnel de Sénat, préparé par MM. Wallon et de Lavergne. Le Maréchal, tenu au courant des négociations, renonça au droit de nommer les sénateurs ; le Contre Droit renonça à l'adjonction des plus imposés au Conseil municipal, pour le choix du délégué sénatorial, et le Centre Gauche consentit à rinamovibilité des 75 sénateurs que devait élire TAssemblée nationale. C'est le 18 Février que les délégués des deux Centres se firent ces mutuelles concessions, en présence de MM. Wallon, de Lavergne, Target, Beau, Drouin, Luro, Denormandie, Gouin, A. André, Voisin, Houssard, Clapier et Aclocque.
La Gauche, qui avait donné de pleins pouvoirs aux délégués du Centre Gauche, tint elle-même une réunion plénière, le 21 Février, pour ratifier les résolutions qu'ils avaient prises. Cette réunion fut un tournoi oratoire, un duel courtois, singulièrement émouvant, entre deux hommes ou plutôt entre deux Écoles politiques : celle des principes intransigeants, représentée par Jules Grévy, si modéré dans la pratique, si absolu dans ses conceptions politiques, et celle des concessions opportunes, représentée par Léon Gambetta. L'intérêt bien entendu de la République, l'état de la France, l'état de l'Europe commandaient évidemment l'adoption des lois constitutionnelles : toutes les Gauches se rallièrent à cette solution, moins 4 ou 5 membres, et s'engagèrent à repousser, de parti pris, tous les amendements qui seraient proposés au texte Wallon-Lavergne.
C'est dans ces conditions que la discussion recommençait à Versailles, le 22 Février. Le rapporteur de la loi sénatoriale M. A. Lefevre-Pontalis, chargé du rôle ingrat de venir avouer
476 LE MINISTÈRE DE GISSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)
à la tribune les changements de vues et d'opinions, les tergiversations de la Commission des Trente, s*en acquitta avec beaucoup de bonne grâce. Il lut un rapport relatif à la création et à l'organisation du Sénat, tel que le comprenait la Commission des Trente. Ce Sénat devait se composer de 300 membres, 200 élus par les départements et les colonies, 100 nommés par le Président de la République. Nous n*en rappelons que l'article premier, pour montrer la différence du projet des Trente avec le projet Wallon, auquel M. Lefevre- Pontalis faisait allusion, en laissant entendre qu'il ne lui refuserait pas son vote.
M. Wallon, après la lecture du rapport de la Commission, demanda, en eilet, la déclaration d'urgence, qui fut combattue par MM. du Bodan, Ganivet, de Belcastel, et votée, grâce au concours du président, M. Buffet. Après la déclaration d'urgence, vint, conformément à la procédure parlementaire^ la question de discussion immédiate. Combattue par MM. de Lorgeril, Depeyre et Raoul Duval, la discussion immédiate fut ordonnée, grâce encore à M. Buffet. Un seul membre prit la parole dans la discussion générale, M. de Castellane, de la Droite, qui combattit le projet de loi au nom des principes républicains et chercha surtout à empêcher la conjonction des Centres. Personne ne lui répondit et l'Assemblée entama la discussion des articles.
Un contre-projet de M. Raoul Duval reproduisait l'amendement Pascal Duprat et faisait élire le Sénat parle suffrage universel. M. Lepère, au nom des Gauches, répondit une fois pour toutes à M. Raoul Duval : • Nous avons tous, d'accord avec nos principes, voté l'amendement Pascal Duprat ; M. Raoul Daval l'a voté avec nous ; mais, le lendemain, sur l'ensemble, nous avons vu M. Raoul Duval voter avec les Bonapartistes, qui n'avaient arboré le drapeau du suffrage universel que pour trahir le suffrage universel et grâce à qui