‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 57 sur 230 · VOTES DES 24 ET 25 FÉVRIER · texte numérisé non relu

VOTES DES 24 ET 25 FÉVRIER

l'élection du Sénat par le suflfrage direct est désormais impossible... Ce qu'on vous demande ne peut avoir d'autre résultat que de nous maintenir dans un néant constitutionnel... Parmi les vrais amis, les vrais défenseurs du suflfrage universel, il n'y en a pas un seul qui s'y laissera prendre et qui se lèvera pour voter la prise en considération. » L'amendement fut, en eflfet, repoussé ; le renvoi de la suite de la discussion au lendemain fut rejeté par 34S voix contre 336, et 422 voix contre 5261 adoptèrent l'article premier du contreprojet Wallon, qui composait le Sénat de 300 membres, dont 225 élus par les départements et les colonies et 75 par l'Assemblée.

Dans la séance du 23 Février une disposition additionnelle de M. Raoul Duval à l'article 1** est rejetée ; un amendement de M. Jean Brunet à l'article 2 a le même sort ; l'article 3, comme l'article 2, est voté sans scrutin ; l'article 4 est voté par 431 voix contre 236, après rejet de tous les amendements, puis les articles 6 (l'article 5 étant réservé), 7, 8, 9 et 10. Fiévreux, enroué, totalement aphone à la longue, M. Raoul Duval, avec un courage surhumain, multipliait les articles additionnels et les amendements, remontait toutes les cinq minutes à la tribune et se brisait contre le mur d'airain que lui opposait la majorité, compacte comme ce mur de glace qu'offraient les soldats de Charles Martel aux cavaliers arabes. L'article 5, réservé la veille, fut adopté au début de la séance du 24 Février et l'ensemble de la loi sénatoriale réunit 435 voix contre 234 '. L'urgence ayant été déclarée, ce vote était définitif.

Sans désemparer, l'Assemblée aborde la troisième délibération de la loi sur les pouvoirs publics ; elle l'eût menée à terme, si elle avait été présidée, ce jour-là, par l'énergique

(i) Voir à l'appendice IX.

Edo. Zbvort. — Troisième République. ii. — 12

178 LE MINISTÈRE DE CISSEY (16 Mai 1874-10 Mars 1875)

M. BufTet. Elle était dirigée par un de ses vice-présidents, M. de Kerdrel, et elle ne put voter que quelques articles, après avoir consacré deux heures à la discussion d'un article additionnel présenté par Tinfatigable M. Raoul Duval. La souveraineté, disait cet article, réside dans l'universalité des citoyens français. Combattu par M. Lepère, qui n'eut qu'à répéter ce qu'il avait dit le î22 Février, ce truisme ne réunit que 30 voix bonapartistes contre 476.

Le 25 Février, M. de Belcastel apporte à la tribune une protestation attristée. Il reproche à l'Assemblée son c infidélité à la sainte mission qu'elle a reçue, dans un jour d'inoubliable épreuve, de la Providence et de la Patrie ». On fait circuler les urnes et, par 4:23 voix contre 254, la Constitution est votée et la République est faite. Treize Républicains seulement s'étaient abstenus.

Après cette séance mémorable les ministres, définitivement condamnés, remirent, une fois de plus, leur démission aux mains du Président de la République. Elle fut acceptée. Mais l'inspirateur de la politique présidentielle comprenait si peu l'importance du changement accompli que, le 26 Février, on put lire cette note dans V Officiel:

€ A l'issue de la séance d'hier, M. le Président de la République a pris le parti de charger M. Buffet de former un ministère.

€ Après comme avant le vote des lois constitutionnelles, M. le Président de la République est fermement résolu à maintenir les principes conservateurs qui ont fait la base de sa politique, depuis qu'il a reçu le pouvoir des mains de l'Assemblée. Le nouveau Cabinet devra s'inspirer de ces principes, auxquels M. Buffet n'est pas moins dévoué que M. le Maréchal de Mac-Mahon. Il sera appuyé, dans sa tâche, par les hommes modérés de tous les partis. >

Certes le choix de M. Buffet était, ou plutôt semblait bon ;

Page 1