‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 62 sur 230 · M. BUFFKT ET LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

M. BUFFKT ET LA CONSTITUTION

tiers où s'était égaré le duc de Broglie, il adopta une ligne de conduite tortueuse, il replongea du premier coup la France, amoureuse de clarté et de netteté, en pleine équivoque, et, pour tout dire, il fut le représentant de Tesprit du 24 Mai contre l'esprit du 25 Février.

En face d'une Assemblée hésitante, divisée, qui ne pouvait plus vivre et qui ne savait pas mourir, mais qui s'était ressaisie, un seul jour, pour faire un grand acte de patriotisme et de raison, il fallait renoncer aux faux-fuyants, aux ambiguïtés, aux illusions d'une prétendue union conservatrice, impossible à ressusciter. La Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution. M. d'Audilîret-Pasquier, M. Bocher avaient assez de franchise, de loyauté et aussi d'ouverture d'esprit, pour adopter ce programme si simple, si modeste, si pratique et dont le succès était assuré. M. Buffet en prit justement le contre-pied et l'on vit ce spectacle inattendu d'un vice-prés^ident du Conseil, porté au pouvoir pourûvoir fait voter les lois constitutionnelles, rudoyant tous les amis de la Constitution et ménageant tous ses adversaires, ne faisant cas que des suffrages qui lui étaient donnés par ses anciens alliés, repoussant, comme des propositions malhonnêtes, les avances qui lui étaient faites par les hommes les plus modérés du Centre Gauche.

Au 10 Mars, le Centre Droit a eu cette mauvaise fortune d'être représenté au Gouvernement par celui de ses chefs qui était le moins capable d'opérer le rapprochement entre tous les hommes modérés des deux Centres, le moins capable aussi de sauver, comme parti, cette importante fraction de l'Assemblée. M. Buffet allait la conduire, en premier lieu, aux élections d'inamovibles, puis aux élections sénatoriales, puis aux élections législatives. Condamné par l'Assemblée elle-même en Décembre, par le suffrage restreint en Janvier, le Centre Droit recevra le coup décisif du suffrage uni- Edg. Zbvort. — Troisième République. ii. — 13

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versel en Février. I! mourra, politiquement parlant, en même temps que M. BulTet et pour les mêmes causes.

La Déclaration, qui fut lue le 12 Mars, et que l'Assemblée stupéfaile accueillit avec une remarquable froideur, insistait sur le respect dû aux lois constitutionnelles et se terminait par une demandé de concours et de conQance. C'était bien le moins, qu'un Cabinet constitué après le vote de ces lois s'engageât à les faire obéir, et qu'un Cabinet parlementaire sollicitât l'appui du Parlement. On accorde tant de crédit aux pouvoirs nouveaux que l'on se serait contenté de ces assurances un peu banales, si elles n'avaient été contredites, infirmées, par des passages tristement significatifs. Nous ne parlons pas de la phrase sur les passions subversives qui était de style, depuis le 24 Mai 1873, mais de celle où le Cabinet promettait son plus énergique appui aux fonctionnaires les plus compromis de l'ordre moral. Le Cabinet exceptait évidemment les Bonapartistes, dont ses prédécesseurs avaient peuplé l'administration et les préfectures, de ceux auxquels serait imposé le respect de la Constitution du io Février. Il comptait pourtant parmi ses membres, et non parmi les moindres, le Garde des Sceaux et le ministre des Finances, M. Dufaure et M. Léon Say, et ceux-ci connaissaient mieux que personne les sentiments qui animaient le groupe de la Gauche à qui l'on devait, sans contestation, la fin du gâchis que le vote du 20 Novembre 1873 avait inauguré.

Le Centre Gauche, au lendemain du 10 Mars, avait placé à sa tête le plus chaud partisan des lois constitutionnelles. M. Laboulaye, en prenant possession de la présidence, déclarait que son groupe soutiendrait le Cabinet, à la condition que Ton en finirait avec les lois d'exception et que l'administration se montrerait sincèrement républicaine. Le Centre Gauche trouva l'écho de ses propres pensées dans l'allocution chaude, cordiale, accueillie avec acclamations, que prononça

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M. d'Audiffret-Paaquicr, dans la séance du 16 Mars. La veille, l'éloquent orateur du Centre Droit avait été porté à la présidence par 418 voix contre 133 bulletins blancs. Ce que l'Assemblée applaudit dans ses paroles, c'était moins l'allusion au second Empire et l'invocation à la liberté, que le concours apporté à la Constitution et rindépcndancc de caractère qui s'était fièrement révélée pendant la crise minislérielle. C'était aussi le ton de bonne compagnie et de bonne humeur, qui contrastaient heureusement avec les airs grognons, l'aspect maussade et l'aigreur de M BulTet.

Durant les huit jours qui s'écoulèrent entre la lecture de la Déclaration et la prorogation, du 12 au 19 Mars, le Cabinet s'abstint, comme à dessein, d'intervenir dans les discussions politiques. Le 17 Mars, l'Assemblée eut à se prononcer sur une demande de crédit supplémentaire de 7.530.277.29. Cette demande impliquait la solution d'une question très controversée, celle des pensions civiles qui avaient été accordées depuis le 4 Septembre 1870, en dehors des conditions d'âge et de durée fixées par la loi, à des fonctionnaires jeunes encore, parfaitement valides et qui combattaient énergiquement le Gouvernement qui les pensionnait. Un amendement de M. Guichard, invitant le Gouvernement à reviser les pensions dans le délai de six mois, fut repoussé à la majorité de 2 voix, par 306 suffrages contre 304. Un autre amendemetit, presque identique, de M. Tirard, invitant le Gouvernement à soumettre à un nouvel examen les pensions contestées, réunit une majorité de IS voix, 322 contre 307. Après ce vote, les crédits furent accordés. L'Assemblée concilia ainsi le respect des engagements pris par l'Etat et les sentiments d'équité qui étaient blessés par le scandale de pensions civiles accordées à la faveur et non pas aux services ou aux infirmités.

Le 18 Mars, sur un rapport de M. de Pressensé, l'Assemblée

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décida qu'elle se prorogerait du dimanche 21 Mars au lundi il Mai. Ce vote fut rendu à la majorité de 402 voix contre 254, après quelques explications fournies par le Garde des Sceaux. M. Dufaure croyait, avec toute la Gauche, que la session d'été sufQrait à l'épuisement de l'ordre du jour et à la discussion des lois constitutionnelles complémentaires. Cette conviction détermina, le même jour, la prise en considération d'une proposition de M. Courcelle. Cet obscur député de la Droite avait demandé, un an auparavant, qu'il fût sursis à toute élection partielle tant que durerait l'Assemblée nationale. La perspective, en Mars 1875, d'une très prochaine séparation, fit prendre en considération sans scrutin et renvoyer aux bureaux la proposition Courcelle. MM. Henri Brisson et Raoul Duval l'avaient combattue, mais M. Alfred Giraud et quelques députés républicains, comme M. Vautrain, l'avaient soutenue. M. Gambetta avait vainement tenté d'obtenir du Cabinet l'indication d'une date ferme : les ministres étaient restés muets. Le 19 Mars, l'Assemblée nommait une Commission de permanence, où l'on comptait, pour la première fois, 14 Républicains sur 25 membres et, le lendemain, elle se prorogeait pour laisser aux ministres le temps de s'installer.

Presque tous trouvèrent, pendant ces vacances de sept semaines, l'occasion d'affirmer les principes nouveaux qui devaient diriger l'administration. M. Dufaure, dans une circulaire aux procureurs généraux, en date du 30 Mars, renouvela les excellentes recommandations qu'il avait adressées aux magistrats, le 15 Juin 1871, et prescrivit surtout aux juges de paix d'éviter toute intervention dans les luttes politiques. M. de Cissey, dans une circulaire confidentielle ([ue le Times fit connaître, adressa les mêmes instructions aux étatsmajors de l'armée, où les Bonapartistes étaient restés nombreux et influents. M. Wallon, dans son discours aux membres

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