‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 64 sur 230 · KOLVELLE COMMISSION DES TRENTE · texte numérisé non relu

KOLVELLE COMMISSION DES TRENTE

contre 279 à Tarticle de la Commission, qui lui permettait de prolonger indéfiniment ses travaux.

Cinq jours après ce vote, M. Dufaure déposait, au nom du Gouvernement, les deux projets de loi complémentaires de la Constitution : une loi sur les pouvoirs publics et une loi sénatoriale. A quelle Commission fallait-il renvoyer ces projets? Membre de la minorité, dans l'ancienne Commission des Trente, le Garde des Sceaux ne pouvait pas prononcer sa dépossession. M. Luro se chargea de ce soin, dans un très bon discours, où il démontra, qu*en dehors de ses atermoiements systématiques, l'ancienne Commission avait personnifié la politique de combat. La nouvelle ne devait-elle pas personnifier une politique de conciliation et d'apaisement ? Ces raisons, exposées avec une remarquable modération, décidèrent l'Assemblée : l'ancienne Commission fut dessaisie par 320 voix contre 301. Son président, M. Batbie, avec une mauvaise humeur mal dissimulée, commenta le vole de TAssemblée, attaqua son collègue et compatriote, M. Luro, qui, disail-il, l'avait provoqué, et prétendit faire accepter par l'Assemblée la démission collective des Trente, sans les avoir consultés. M. Laboulaye protesta contre cette prétention, au nom de la minorité de la Commission ; il fut soutenu par le président de l'Assemblée, et, le lendemain, les Trente remettaient leurs démissions individuelles. 11 fallut nommer en séance publique, au scrutin de liste, une nouvelle Commission des Trente, a laquelle durent être renvoyés les deux projets de M. Dufaure et la loi électorale, qui avait déjà subi l'épreuve d'une lecture. Ces nominations eurent lieu le 23 et le 26 Mai et elles consacrèrent le triomphe des Gauches, unies au groupe Wallon-Lavergne et à quelques membres du Centre Droit libéral. Le Centre droit proprement dit se désagrégeait par ses deux extrémités et formait un nouveau groupe, présidé par M. de Clercq, à tendances réactionnaires

204 LE MINISTÈRE BUFFET (10 mars 1875-10 Mars 1876)

et cléricales, qui représentait fort exactement la politique personnelle de M. Buffet, et inclinait vers la Droite royaliste et les Bonapartistes, beaucoup plus que vers le groupe Lavergne et le Centre Gauche. Le 25 Mai MM. Duclerc, Laboulaye, de Lavergne, Delorme, Cézanne, Krantz, Humbert, Ricard, Belhmont, J. Ferry, Picard, Voisin et Beau furent élus, en séance publique et au scrutin de liste, membres de la Commission des Trente. Le lendemain ce fut le tour de MM. Waddington, Le Royer, le comte Rampon, Baze, Christophle, Schérer, Albert Grévy, Luro, J. Simon, Vachcrot, Cazot et de Marcère. La Commission comprenait 25 membres, après les deux premiers tours de scrutin, et pas un membre du Centre Droit n'y avait trouvé place. La majorité relative suffisait au troisième tour; les Gauches ne voulurent pas pousser leur succès jusqu'au bout : elles portèrent leurs voix sur MM. Delsol, de Sugny, Sacase, Adnet et Adrien Léon qui furent élus.

A peine constituée, la Commission mit à sa tête M. Léonce de Lavergne, juste hommage rendu à la sincère conversion et au ferme libéralisme de ce galant homme. « Nous avons été conduits, dit judicieusement M. de Lavergne, en prenant possession de la présidence, nous avons été conduits, par un concours de circonstances impérieuses, à donner au Gouvernement la forme républicaine. Montrons, par la sagesse et la fermeté de nos décisions, que nous savons dominer nos divisions, pour maintenir au dedans Tordre et la liberté, comme pour conserver la paix au dehors. » Toute la Commission s'inspirant du même esprit que M. de Lavergne, ses travaux furent rapides et ses résolutions nettes. Les Trente de 1875 firent heureusement oublier leurs prédécesseurs de 1873 et de 1872.

Les Gauches avaient décidément la majorité pour elles : le l®*" Juin, au renouvellement trimestriel du Bureau, elles

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