LE BUDGET DE
au lieu de 207.700.000 francs, chiffre de M. Mathieu Bodet. Aussi ne demandait-il à TAssemblée que 63 millions de taxes nouvelles. Son budget se soldait avec un excédent de 4. 1 1î2.8T0 francs. M. Wolowski rapporteur général de la Commission du budget, et la majorité de cette Commission furent en parfait accord avec le ministre des Finances. L'auteur de la Gestion conservatrice e( la Gestion républicaine jusqxiaux conventions^ M. Amagat, leur reproche d'avoir pratiqué ensemble la politique qui consistait à emprunter à la Banque de France pour la rembourser; d'avoir diminué systématiquement les évaluations de receltes de l'exercice 1876, pour être en droit de diminuer d'autant le chiffre de Tamortissemeut. La critique de M. Amagat était fondée sur un point : les évaluations de recettes furent minorées ; mais pouvait-on prévoir, le 11 Mai 1873, que les recettes dépasseraient les évaluations de près de 100 millions ? On ne connaissait alors que les résultats de Texercice 1874, qui accusaient encore un déficit de 75 millions. Nous avons dit de quel poids la guerre de 1870-1871 et la Commune avaient pesé sur la France, augmenté sa dette et atteint ses ressources. En 1872, malgré la création de 400 millions d'impôts nouveaux, le déficit avait été de 423 millions ; en 1873, il était réduit à 288 ; en 1874 il n'était plus que de 73 millions et en 1873, la première année ascendante, Texcédent montait à 73 millions, pour s'élever à 98.291. 103.28 en 1876. Une politique financière qui donne de pareils résultats, quelles que soient les critiques de détail qu'elle peut soulever, mérite d'être hautement approuvée, et M. LéonSay, qui fut ministre des Finances sous M. Thiers et sous le Maréchal de Mac- Mahon, a droit, avec ses collaborateurs de la Commission du budget, à des éloges sans restriction. Il avait fallu pratiquer des économies sévères, sur tous ceux des services qui n'intéressaient pas la défense nationale, pour arriver à ces cxcé-
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dénis : c'est l'abandon de celte polilique qui les a fait disparaître.
La mention de la loi de Finances de 1876 ne saurait nous dispenser d'indiquer et d'apprécier, d'un mot, un grand nombre d'autres lois, dont le vote des lois politiques ne peut effacer le souvenir, et qui toutes furent discutées avec le sérieux qu'elles méritaient.
Nous avons rappelé la loi sur le régime cellulaire et sur les prisons départementales, loi moralisatrice par excellence, mais qui eût nécessité une dépense de cent millions pour être appliquée sans retard. La discussion de la loi sur les nouvelles voies ferrées mit aux prises les grandes et les petites Compagnies, toujours rivales, et les intérêts électoraux non moins opposés. Le ministre des Travaux Publics, M. Gaillaux, défendit énergiquement les intérêts des grandes Compagnies qui furent généralement mises en possession des lignes dites d'intérêt local, concédées directement par les départements, en vertu d'un article mal interprété de la loi Waddinglon, et qui auraient constitué un septième réseau, soustrait à la tutelle de l'Etat, nu-propriétaire de la totalité des chemins de fer français. Cette interminable discussion fut à peine interrompue par le vif et unanime mouvement de charité que provoqua, dans le courant de Juin, l'épouvantable inondation de la Garonne, du Tarn et de l'Adour. L'Assemblée vota 100.000 francs pour les inondés, le 24 Juin, et deux millions le 26. La souscription ouverte par la duchesse de Magenta produisit une somme considérable et qui permit la réparation des pertes matérielles; mais plus de 1.000 personnes avaient péri.
D'autres lois, non moins importantes, furent votéesàlailn de la session d'été : la loi sur le traitement des instituteurs et institutrices ; la loi sur l'établissement de la Grande Ceinture autour de Paris; celle qui slipulailune Convention avec
DERNlfeUtES VACANCES DE l'aSSEMDLÉE Hl
la Compagnie des Messageries maritimes pour les transports postaux et enQn celle qui modiOait un des points les plus contestés de la loi Waddington. La loi sur les traitements des instituteurs et institutrices, connue sous le nom de son auteur, M. Maurice, imposa au budget une surcharge de 1.:200.000 francs, sans augmenter dans une proportion sensible les dérisoires traitements de renseignement primaire. Les Messageries maritimes durent étendre leur service postal à la Méditerranée, à TAtlanlique et aux mers de Tlndo-Chine. La construction de la Grande Ceinture fut confiée à un Svndicat formé par le Nord, TEst, le Paris-Lyon-Méditerranée et rOrléans. Enûn le droit de vérifier les élections aux Conseils généraux, que la loi Waddington avait accordé aux assemblées départementales, fut transporté au Conseil d'Etat dont Tindépendance ne pouvait être mise en doute.
Le 4 Août, après une laborieuse session, commençaient les dernières vacances de TAssemblée élue le 8 Février. Le Gouvernement n'avait pas à craindre, pendant ces trois mois, l'éventualité d'élections républicaines, grâce au vote de la proposition Courcelle : il avait à redouter les surprises désagréables que lui réservaient ses récents alliés du parti de l'appel au peuple, ou les adhésions que ses amis de la première heure, convertis par l'évidence, pouvaient donner aux lois constitutionnelles et à la République. Quand nous parlons du Gouvernement, c'est au seul ministre de l'Intérieur que nous faisons allusion, la plupart de ses collègues ne pouvant voir qu'avec satisfaction le progrès des idées constitutionnelles. Pendant le mois d'Août, la session des Conseils généraux fut marquée par l'élection à la présidence de Républicains très modérés, dans les départements des Hautes- Pyrénées, de la Gironde, du Loir-et-Cher et de la Haute-
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Marne. Dans la Dordogne, Fancien ministre des Finances du 24 Mai, M. Magne, n'hésita pas à parler du respect que tous les bons citoyens devaient aux lois constitutionnelles et, courage plus méritoire, à rappeler la sagesse du Gouvernement de M. Thiers, qu'il représenta comme le type du Conservateur libéral. M. de Broglie, dans TEure, avait la rancune plus tenace et déclarait que personne n'avait sauvé la France ni libéré le territoire.
Au mois de Septembre eut lieu, du 2 au 30, une intéressante expérience militaire. Les hommes de la classe 1867, qui finissaient leur temps de réserve et étaient sur le point d'entrer dans la territoriale, durent répondre à un appel, le premier qui ait été adressé à cette catégorie de disponibles. Pendant vingt-huit jours 60.000 hommes purent s'exercer, sans que cette levée extraordinaire excitât, dans la presse allemande, si chatouilleuse cinq mois auparavant, le moindre commentaire malveillant. Les Allemands, toujours exactement renseignés, savaient d'ailleurs fort bien tout ce qui manquait encore à notre armée, pour être au niveau de la leur. Ils savaient que notre Etal-major et notre Intendance avaient échappé à la réforme législative ; que le général de Cissey, un brave soldat, n'avait ni la main assez ferme, ni des convictions assez fortes pour triompher de la routine et de la nonchalance ; que nos compagnies étaient de plus en plus maigres, en dépit de la loi des cadres ; que les bureaux et ruitramontanisme avaient toujours la même persistante et déplorable influence et que leur idéal militaire était l'assistance solennelle des soldats aux offices. Seules la loi de recrutement, la loi d'organisation et la loi des cadres, en multipliant le nombre des officiers instruits, avaient réalisé un sérieux progrès.
C'est en Septembre que le < Parlement hors session » eut le plus d'activité, que les principaux leaders de chaque parti
LE PROGHAMME IlOUGK :2â/i
flrent connaître dans des discours 1res retentissants, en ce grand silence des vacances, les vues, les doctrines de leurs groupes ou leurs visées et espérances personnelles. M. Naquet, un dissident de TExtrème Gauche, qui n'avait pas voté la Constitution, M. Naquet, le futur théoricien du Boulangisine, exposa le programme des Républicains intransigeants, programme à la fois politique, social, économique et religieux, qui comportait une Assemblée unique, un Chef de Texécutif toujours révocable, le rachat par TEtat des monopoles : banque de France, mines et chemins de fer, Timpôt sur le revenu, la séparation des Eglises et de TEtat et le divorce. ' Ce programme rouge, dont aucun article n'aurait réuni, nous ne disons pas la majorité, mais une minorité respectable, ni dans l'Assemblée, ni dans le pays, avait le très grave défaut d'être inapplicable d'abord et ensuite de justifier les hésitations de Constitutionnels, comme MM. de Broglie et Buiïet, à s'engager franchement dans les voies nouvelles. M. de Broglie y faisait bien un premier et un tout petit pas, en consentant à reconnaître c les talents et les services » de M. Thiers; M. Léonce de Lavergne y faisait de grandes enjambées, en acceptant résolument le suffrage universel ; M. BufTet n'osait pas même se mettre en route, ou, s'il s'y mettait, comme le 19 Septembre, à Dompaire, c'était pour rétrograder aussitôt, pour refuser de s'engager dans une politique qui, c sans être encore la politique révolutionnaire, frayerait la voie à celle-ci et lui servirait de préparation et de transition ».
Lesacles du vice-président du Conseil valaient parfois mieux que ses paroles : la solidarité du Cabinet, qu'il avait affirmée, n'était pas toujours un vain mot et elle s'exerça, de la plus heureuse manière, dans une affaire qui, tout en concernant le ministre de la Marine, se rattachait à la politique générale. Dans un banquet bonapartiste donné à Evreux, le 6 Septembre,
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M. Raoul Duval 8*était livré à une attaque sans mesure contre la Constitution. r4ette diatribe aurait passé inaperçue, comme tant d'autres, si un officier général en activité de service, le vice -amiral La Roncière-le Nourv, commandant en chef l'escadre de là Méditerranée, n'eût envoyé, à titre de conseiller général de l'Eure, son adhésion chaleureuse à M. Raoul Duval et affirmé, dans une lettre rendue publique, que « la formule de son Gouvernement interdisait à la France de reprendre sa place dans le concert européen ». La lettre était du 7 Septembre. Le 9, l'amiral La Roncière-le Noury, déchu de son commandement, était remplacé par le viceamiral Rose. Personne, en dehors des Bonapartistes, n'osa prendre sa défense et, à un comice agricole, tenu dans le même déparlement de l'Eure, le sous-secrétaire d'Etat aux Finances, M. Louis Passy, répondit victorieusement à l'amiral révoqué que la France avait reconquis les sympathies de l'Europe et qu'elle était invitée, en ce moment même, à prendre sa part du règlement pacifique de la question d'Orient. « Ces sympathies ne valent-elles pas mieux qu'une alliance secrète et trompeuse, qui vous laisse isolé devant l'Europe coalisée ou indifférente ?» M. Louis Passy aurait pu ajouter que le vote d'une Constitution républicaine, le 25 Février 1875, n'avait pas faitobstacle, trois mois plus tard, à l'intervention en noire faveur des deux plus grandes Monarchies du monde, l'Angleterre et la Russie.
La dernière et la plus remarquée des manifestations du Parlement hors session fut le discours que M. Léon Say adressa aux maires du canton de l'Isle-Adam, qu'il avait réunis dans un banquet, au château de Stors. Après le toast loyal au Président de la République, le ministre des Finances s'était félicité que l'ancienne majorité se fût dissoute, qu'une nouvelle majorité se fût formée, et il avait appelé à soutenir le Maréchal c les hommes modérés, qui
DISSENTIMENTS MINISTÉRIELS Ho
n'ont pas été dégoûtés de la liberté par les crimes que Ton a commis en son nom, qui ont foi dans le Gouvernement du pays par le pays, qui représentent, en un mot, l'idée moderne. » Ces affirmations libérales ne pouvaient être accueillies par Tautoritaire qu'était M. BufTet et il refusa d'abord de laisser insérer dans le Journal officiel le discours de M. Léon Say. Lorsqu'il s'y résigna, après des pourparlers qui faillirent amener la dislocation du Cabinet, il fit suivre les paroles de son collègue d'une lettre explicative, où celui-ci, tout en revendiquant l'entière responsabilité de son langage et de ses doctrines, déclinait celle des conséquences que les journaux des différents partis avaient cru pouvoir en tirer. Pour mieux faire équilibre, M. BufTet inséra, dans le même Journal officiel, un toast de M. Caillaux, qui en était resté à la pure doctrine du Septennat personnel.
Ces dissentiments prouvaient à l'évidence que le Cabinet manquait d'homogénéité. M. BufTet ne se résignait à faire une concession à MM. Dufaure, Léon Say, Wallon, Decazes et même de Meaux, qui fut très correct dans cette administration divisée, que lorsque la résistance lui était impossible, lorsque les journaux mêmes de son parti, comme le Journal de Paris, désapprouvaient son attitude. C'est ainsi qu'il dut, le 6 Octobre, déplacer le préfet de Lyon, M. Ducros. Cette fois encore, il ne céda qu'à moitié et de mauvaise grâce ; il rétablit, au profit du préfet disgracié, mais resté digne de toute sa confiance personnelle, le poste inutile de directeur de l'Algérie au ministère de l'Intérieur. Quelques jours après, il était forcé de révoquer un autre de ces fonctionnaires, qu'il couvrait de sa protection obstinée. M. Rouher, conseiller général de la Corse, avait présidé, à Ajaccio, une réunion bonapartiste et, s'abritant sous la clause de la revision, avait dirigé contre la Constitution des critiques aussi vives que légales. Le maire d'Ajaccio, M. Forcioli,
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fut révoqué, pour avoir assisté à ce meeting en costume de réserviste.
Le ministre de la Guerre, qui ne voulait pas voir les réservistes dans les réunions publiques, tolérait parfaitement les tournées de conférences que faisaient certains capitainesdéputés, comme M. deMun, et dont le principal résultat était d'introduire dans l'armée un catholicisme militant et intolérant, avec le mépris de la souveraineté nationale. Les doc trines de M. de Mun, à ce point de vue, ne différaient pas de celles du R. P. Sambin qui disait, au Congrès catholique de Poitiers : < L'origine du mal social est dans la perturbation de la notion du droit. Cette perturbation provient de la proclamation de la souveraineté directe, inaliénable, de la nation. D'après ces principes, le pouvoir ne descend plus de Dieu, sa source première, mais du Peuple qui le délègue à ses gouvernants. La loi n'est plus, en conséquence, que l'expression de la volonté générale. > Cette excellente définition de la loi n'est, pour le R. P. Sambin et pour toute l'École ultramontaine, que la plus condamnable des hérésies.
Les deux grands orateurs et les deux grands hommes d'Etat du parti républicain se firent entendre les derniers, dans cette consultation politique, que la France, incertaine de l'avenir, écoutait avidement, M. Thiers à Arcachon et M. Gambetta dans une lettre adressée à des électeurs lyonnais. M. Thiers, après une allusion transparente à Texclusivisme du ministre de l'Intérieur, qui n'admettait, au service de la République, » que ceux qui n'ont jamais voulu d'elle et qui n'en veulent même pas aujourd'hui, » donnait la définition du vrai Conservateur et montrait quelles transformations s'étaient opérées dans l'esprit public européen ; il prouvait que « tout le monde était l'allié de tout le monde, pour le maintien du repos des nations n. M. Gambetta justifiait la politique de conciliation et de prudence suivie par les
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Républicains qualifiés de Radicaux, qui avaient accepté pour guides des hommes comme MM. Thiers, Casimir-Périer et Léonce de Lavergne, écartait du programme des futures Assemblées toute revision constitutionnelle, n'assignait pour buta leurs efforts que la réorganisation financière, Tachèvement de l'organisation militaire et, comme nouveautés, que l'établissement d'un impôt sur le revenu et d'un système d'éducation nationale. Ce programme ne se ressentait des anciennes alliances que parle vague des indications relatives à ces deux derniers points et par la demande, assez inopportune en ce moment, d'une amnistie en faveur des adhérents de la Commune.
Pendant que tous les hommes politiques exposaient leurs vues, leurs espérances d'avenir, le ministère était travaillé par de sourdes dissensions. Le Journal des Débats, l'organe autorisé du ministre des Finances, reconnaissait qu'il n'y aurait jamais, dans la Chambre actuelle, de majorité pour fonder une politique ministérielle. M. Buffet ne cherchait, en effet, qu'une question sur laquelle il pût jouer l'existence du Cabinet dont il était le chef et le dissolvant. Il avait cru l'avoir trouvée dèà le mois de Juin : toutes les Gauches s'é taient engagées sur le scrutin de liste et en sa faveur ; M. Buffet, fort incorrectement, avait fait annoncer par V Agence Havas que le Maréchal et le Gouvernement tenaient pour le scrutin d'arrondissement. Dans la séance qui fut tenue le 16 Octobre, par la Commission de permanence, le ministre de rintérieur annonça qu'il demanderait, dès la rentrée, la mise à l'ordre du jour de la loi électorale et qu'il se retirerait si le scrutin de liste était voté.
La tactique était habile, puisque MM. Thiers et Dufaure, dans l'exposé des motifs de leur projet de Constitution, déposé les 19 et 20 Mai 1873, avaient fait valoir les meilleurs arguments en faveur du scrutin d'arrondissement ; mais, de
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la part de M. Buffet, celte préférence, très légitime du reste, annoncée si longtemps à Tavance, n^indiquait que le désir "de diviser les Gauches et de faire une majorité en dehors "d'elles. Le vice-président du Conseil n^attendait pas la rentrée pour commencer Tattaque. Les Conservateurs dont il était le <;hef ignoraient encore, comme les Républicains, d'ailleurs, que les grandes victoires républicaines devaient toujours -être assurées par le scrutin uninominal, les grandes victoires de la réaction par le scrutin plurinominal.
La fln des vacances parlementaires fut signalée, à Tintérieur, par Touverture du Conseil Supérieur de l'Instruction Publique que M. Wallon avait Vixée au 26 Octobre, afin d'être libre pour les travaux de l'Assemblée. Dans son discours •d'inauguration, le ministre présenta une défense timide de l'enseignement supérieur public et annonça que, pour le mettre en mesure de lutter contre l'enseignement supérieur libre, il songeait à revenir à l'institution des agrégés de Fa- •cultés des lettres et de Facultés des sciences. Quelques jours après, un décret du 2 Novembre instituait trente-six places d'agrégés près des Facultés des lettres et des Facultés des sciences et un arrêté ministériel fixait la composition des jurys et les programmes très larges des concours. Les Facultés libres se contentaient de confier l'enseignement à des docteurs ; les Facultés de l'Etat ne le confieraient qu'à des docteurs, qui seraient de plus agrégés.
Les concours institués par M. Wallon n'eurent pas lieu, faute de concurrents ; c'était une illusion de croire que l'on pouvait relever le niveau de l'enseignement supérieur public, en instituant un examen de plus. Une mesure plus efficace fut la création de chaires nouvelles à Marseille, Glermont, Poitiers, Grenoble et Caen, d'une Faculté de Droit à Lyon et
LE CLERGÉ ET L*UNIVERStTÉ 22&
d'une Facultéde Médecine à Lille. Mais ces créations, décidées
au hasard, quand les municipalités s'engageaient à en faire les frais, n'indiquaient pas une conception très nette de la fonction et du rôle de renseignement supérieur dans une Démocratie, non plus qu'une idée très arrêtée de la lutte qu'il V avait à soutenir contre les nouvelles Facultés libres. Etaitil prudent de disséminer ses efforts, de disperser ses ressources, quand les Facultés libres concentraient les uns et le» autres à Paris, à Lyon, à Lille et à Angers?
Non content d'user des facilités que la loi sur l'enseignement supérieur lui avait données, le clergé songeait à pousser plus loin ses avantages, et l'évèque d'Angers, l'un des plus ardents fondateurs d'Université catholique, se plaignait que la liberté lui eût été mesurée avec une parcimonie affligeante pour beaucoup de bons esprits, t C'est à l'avenir, ajoutaitil, à combler les lacunes du présent. » Obligé, par ses fonctions officielles, à une certaine réserve, l'évèque d'Angers se gardait bien de laisser entrevoir le but qu'il poursuivait. Les laïques étaient tenus à moins de ménagements et M. Aubineau écrivait dans VUnivei*s : « Nourri par l'Université, nous connaissons à fond sa pei*versité. Le seul souhait que nou» puissions faire à son sujet, c'est que ses maisons soient à jamais détruites et que ses chaires s'effondrent, sous le mépris et le dégoût publics. »
Les attaques de cette violence ne sont pas dangereuses ; les insinuations formulées tout bas, les calomnies murmurées à l'oreille le sont bien davantage et, contre ces dernières, rUniversité ne s'est peut-être pas suffisamment défendue. La diminution de ses effectifs, non pas dans l'enseignement supérieur, où elle ne redoute aucune concurrence, mais dans l'enseignement secondaire, prouve l'inefficacité du dédain transcendant qu'elle s'est contentée d'opposer à des ennemis aussi acharnés que dépourvus de scrupules
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A Textérieur, durant ces trois mois, notre diplomatie n'était pas restée inactive. Au mois d'Août, le Président de la République avait rendu une sentence arbitrale favorable au Portugal, au sujet des prétentions de cette puissance et de l'Angleterre sur un territoire de la côte africaine. La France, après l'insurrection de l'Herzégovine et de la Bosnie, s'était jointe aux puissances signataires du traité de Paris pour faire accepter k la Porte une médiation qui ne fut pas repoussée, le Sultan s'étant engagé à suivre les conseils des puissances, c dans les limites de sa propre dignité ». Le 20 Octobre eut lieu à Milan une entrevue de l'Empereur Guillaume et du Roi d'Italie : tout rapprochement entre les deux États était de nature à inquiéter la France •/ mais l'absence du Chancelier allemand enlevait à l'entrevue des souverains presque toute portée politique. La visite de Guillaume, de pure courtoisie, pouvait tout au plus passer pour un encouragement à l'unité italienne qui était bien faite et faite contre nous.
Le ministre des Affaires Étrangères, le duc Decazes, qui se rangeait, à cette époque, du côté des partisans sincères de la Constitution à l'intérieur, portait à l'extérieur le poids de ses anciennes alliances avec les Légitimistes et les Ultramontains. Lui aussi, d'ailleurs, avait oublié ses promesses d'antan. L'ancien rapporteur du budget de 1872, pour les Affaires Étrangères, qui s'était énergiquement prononcé pour la réforme diplomatique et consulaire, pour la non-distinction des affaires politiques et commerciales, ne fit aucune réforme, pendant les quatre années de son séjour au Quai d'Orsay. Gomme M. Buffet avec les préfets et les maires, il se fit un point d'honneur de maintenir les agents les plus compromis et de leur accorder des avancements scandaleux.
M. Spuller dira, en 1877, dans son rapport sur le budget des Affaires Étrangères de 1878 : t C'est mal servir la France
LES PARTIS EN NOVEMBRE 1875 i28I
que de bouder ou même de décrier la République... Aucun Gouvernement sérieux ne saurait accepter d'être desservi par ceux qu'il emploie. Ces vérités de sens commun sont à Tusage de tout le monde et, pour un fonctionnaire public, ce n'est pas seulement offenser la raison, c'est manquer h l'honneur, que de les méconnaître dans ses actes et dans sa conduite. > Ces vérités, le duc Decazes ne les a peut-être pas méconnues : il a sciemment toléré que ses subordonnés les méconnussent.
La dernière session de l'Assemblée nationale s'ouvrit dans les plus étranges conditions : le ministère était divisé et la majorité du 25 Février était dissoute. Les Gauches avaient songé à adresser une interpellation sur la politique générale, dès la rentrée : elles y avaient renoncé, dans la crainte de perdre les seuls ministres constitutionnels que renfermât le Cabinet, de faire éclore, à la vieille des élections, quelque ministère à poigne, qui aurait ressuscité la candidature officielle et mené toutes les réactions à l'assaut de la République. Sans la prudence des Gauches, le coup d'autorité, constitutionnel et légal, hâtons-nous de le dire, du 16 Mai 1877, eût été tenté dix-huit mois plus tôt et eut peut-être réussi.
D'ailleurs, il n'était pas besoin d'interpeller le vice-président du Conseil : il ne perdait pas une occasion, bonne ou mauvaise, de s'interpeller lui-même et de provoquer un jugement sur son inexplicable politique. Dès le 4 Novembre, il demandait que la loi électorale fut mise à l'ordre du jour : la Gauche accorda sans opposition cette mise à l'ordre du jour, le vote de la loi ne pouvant que hâter l'heure de. la dissolution ; elle désirait seulement, et elle obtint satisfaction, que la loi sur la nomination des maires et la loi sur la levée de l'état de siège vinssent en discussion entre la seconde et la troisième lectures de la loi électorale.