‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 7 sur 230 · LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE · texte numérisé non relu

LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE

LA FUSION Da 24 Mai au 26 Novembre 1873.

Le Maréchal de Hac-Mahon et le duc de Broglie. — Le ministère. — Le programme du ministère. ~ Les changements de personnes. — La circulaire aux agents diplomatiques. — Le « maintien des institutions existantes ». — Politique réactionnaire et cléricale. — Interpellation Lepère. Interpellation Le Rover. — M. Dufaure et les lois constitutionnelles. ~ Gambetta et les « nouvelles couches ». — L'église de Montmartre. — Interpellation Jules Favre. — La Commission de permanence. — La libération. — Lois sur la Légion d'honneur et sur l'organisation de Tarmée. — Le général de Bellemare. — La visite du 5 Août. — Le Comité des Neuf. — Les négociations en Août. — Le rôle du Gouvernement. — Mission de M. Chesnelong à Salzbourg. — Résultats de la mission Chesnelong. Le procès-verbal du 16 Octobre.

— La restauration est probable. L'attitude du Maréchal. — Le Journal de Paris du 18 Octobre. — La Lettre du 27 Octobre. — Le projet Changarnier. — Le Message du 5 Novembre. — Intervention de M. Dufaure. La Commission de prorogation. — Le projet de la minorité.

— Interpellation Léon Say. — La politique d'équivoque. — Le ministère des AfTaires Etrangères, depuis le 25 Mai. — Origines du procès Bazaine. — La condamnation et le recours en grâce. — L'évasion.

Un des conseillers d'Etat élus par rAssemblée nationale, plus brillant écrivain que clairvoyant politique, prétend que, le 24 Mai, la majorité monarchique a perdu une occasion unique d'établir le Gouvernement qui avait ses préférences. Rien n'était plus facile aux adversaires de la République, suivant M. J.-J. Weiss, que d'abolir le nom de la République.

Edg. Zbvort. — Troisième République. ii. — 1.

:2 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIG (24 Mai-26 Nov. 1873)

de supprimer la Constitution Rivet et la Constitution des Trente, d'effacer en une heure toutes les fautes commises par les monarchistes depuis le 8 Février 1871. En Tabsence d'un homme d'Etat d'un coup d'œil hardi, on consolida en une heure toutes ces fautes que l'on pouvait effacer, on promit, à la face de la France, qu'aucune atteinte ne serait portée aux lois et aux institutions existantes, comme si l'on avait craint que les grandes villes ne courussent aux armes pour venger M. Thiers.

« Le 24 Mai avait à choisir de n'être qu'un déménagement de préfets ou d'être une Révolution monarchique. » Par cette phrase spirituelle, M. J.-J. Weiss ne se réfute-t-il pas lui-même ? Il ne suffisait pas, en effet, le 24 Mai, de supprimer l'organisation constitutionnelle, très rudimentaire, nous le reconnaissons, que l'Assemblée avait donnée à la France; de supprimer aussi, sans doute, la loi électorale à laquelle l'Assemblée nationale devait son existence ; de promulguer le légendaire décret du célèbre pamphlétaire : < Il n'y a plus rien. » Il fallait, M. Weiss l'avoue, • faire une Révolution ». Or, cette Révolution, ni le Maréchal, le premier intéressé, ni les 16 députés qui avaient voté avec la coalition, à seule fin d'avoir une République conservatrice et M. Thiers, ni la nation n'en voulaient. Le chef de l'Etat, la majorité et le pays, ces facteurs indispensables, faisaient défaut, pour la résolution du problème que M. Weiss jugeait si facile, et c'est justement parce qu'ils faisaient défaut que la coalition et ses guides ont eu l'air de n'avoir renversé M. Thiers que pour opérer c un déménagement de préfets », pour rassurer les Républicains sur le sort de la République, pour essayer de consacrer la ville de Paris à la religion du Sacré-Cœur et pour instituer un long combat contre un pays paisible.

Le Maréchal de Mac-Mahon apportait au pouvoir, avec une grande droiture, une ignorance absolue des hommes et des

Page 1