LE VICB-PRESIDENT DU CONSEIL
choses de la politique, une invraisemblable timidité, une absence de mémoire qui lui rendait diflicile et pénible toute représentation, toute cérémonie qui n*était pas exclusivement militaire. Aussi a-t-il réalisé, pendant un temps, le type accompli du Ghefconstitutionnel qui règne sans gouverner ; en dehors des choix de quelques officiers supérieurs, qu*il se réservait, il laissa son premier Cabinet maître, non seulement des détails de Tadministration, mais aussi de la direction générale et de la souveraineté réelle.
Le ministère du 2S mai comprenait, outre M. de Broglie, vice-président du Conseil, MM. Ernoul, Beulé, Magne, du Barail qui remplaça le général de Cissey, intérimaire jusqu'au 29 Mai, de Dompierre d'Hornoy, Batbie, Deseilligny et de la Bouillerie. Aucun de ces collaborateurs n'avait Tautorité et le prestige du duc de Broglie, ministre des Affaires Étrangères et vice-président du Conseil. Avec son perpétuel sourire, qui faisait ressortir plutôt qu'il ne le voilait un dédain transcendant de ses adversaires et même de ses amis politiques, avec son éloquence sèche et froide, mais railleuse et incisive, avec sa science de Tintrigue et Part avec lequel il sut s'abriter derrière le nouveau Chef de l'État, tout en ayant l'air de le couvrir, avec son indifférence aux moyens et son manque de scrupule dans le choix des alliances, le duc de Broglie fut, pendant un an, du mois de Mai 1873 au mois de liiai 1874, le guide de la majorité, le premier ministre incontesté et, par conséquent, l'arbitre des destinées de la France. De tout ce qui s'est fait, comme de ce qui ne s'est pas fait dans cette période, il est presque le seul et certainement le principal responsable. La définition, l'orientation du nouveau régime, la croisade entreprise contre la France, le hautain mépris de ses volontés, tout est son œuvre.
Au même groupe que lui appartenaient deux de ses col-
4 LE PREMIER MINISTÈRE DE BR06UE (24 llai-26 Nov. 1873)
lègues MM. Beulé et Batbie, qui furent placés aux deux ministères où leurs très sérieuses qualités devaient se trouver annulées et où ils restèrent Tun et Tau Ire au-dessous de leur tâche, parce que la présence de M. Batbie, Tinventeur du Gouvernement de Combatj à l'Intérieur, eût donné au Gabinet une couleur trop réactionnaire. Le jurisconsulte, l'ancien professeur de droit, ne fut qu'insufQsantà Tlnstruction Publique, où il signala son passage par une mesquine réaction pédagogique contre Tœuvre de son prédécesseur. Le membre de Tlnstitut, le savant critique d'art, Técrivain élégant fut complètement dépaysé à Tlntérieur et il ne retrouva pas à l'Assemblée nationale ses succès de professeur à la Bibliothèque impériale. Chute plus cruelle encore, 1 auteur d'Auguste^ sa famille et ses amis, de Tibère et Vhéritage d Auguste, du Procès des Césars, devenu le collègue d'un ancien membre du Conseil privé, Tallié et le protégé des Bonapartistes, dut réserver les trois quarts des situations de l'administration préfectorale à ceux qu'il avait criblés de si fines épigrammes dans ses livres, dans son cours, dans les salons académiques et libéraux. On se prend à regretter que ce galant homme n'ait pas obtenu le portefeuille des Beaux-Arts qui lui revenait de droit, après son remarquable discours de 1872 sur la subvention de l'Opéra, et surtout qu'il ait participé à la triste besogne qui s'imposait aux ministres du 25 mai. L' c heureux Beulé >, comme on disait sous l'Empire, joua de malheur, le jour où il accepta de faire partie de la combinaison de Broglie : avec ses réminiscences romaines il dut souvent penser à Tarpeia.
Le Garde des Sceaux et le ministre de l'Agriculture et du Commerce, MM. Ernoul et de la Bouillerie, comme les ministres de la Guerre et de la Marine, MM. du Barail et de Dompierre d'Hornoy, représentaient la Droite pure dans cette combinaison. Le rôle de M. Ernoul, du barreau de Poitiers,