GAMBETTA ET LE CENTRE DROIT
le défendit pour lui-même, parce que l'électeur connaissait mieux le candidat, dans le vote à Tarrondissement que dans le vote au département, sans s'inquiéter de l'inégalité des circonscriptions électorales, ni de la séparation des villes et des campagnes mieux fondues ensemble, dans le vote par département, puisque 130 ari*ondissements sont purement urbains. Aux yeux de M. Dufaure, malgré ces inconvénients, le scrutin d'arrondissement est préférable parce que, dans une circonscription d'étendue modérée, rélecteur peut se mettre en relations avec le candidat, le suivre au loin dans sa conduite politique, dans ses votes et se prononcer, en connaissance de cause, pour l'élection d'abord, pour la réélection ou pour l'éviction, à la On de la législature.
M. Dufaure, dans ce très solide plaidoyer avait évité la question politique : elle reparut avec M. Gambettaqui n'opposa, aux arguments de fait du Garde des Sceaux, que des raisons politiques et qui conclut par une apostrophe des plus vives au parti sans nom, au parti qui ne pouvait plus se dire ni orléaniste ni légitimiste et qui marchait sous les ordres de M. Buifet, comme il eût marché sous les ordres de n'importe quel chef de Gouvernement, autoritaire et clérical.
« La vérité vraie, dit M. Gambetta, c'est que ce corps d'armée (le Centre Droit) sera écrasé au scrutin d'arrondissement, entre les deux Écoles qui se divisent le sulTrage universel. Ils auront beau conserver les fonctionnaires de rKmpire, ces fonctionnaires n'opéreront pas pour eux. Dans certains bourgs pourris, quelques-uns pourront encore se faire élire, mais le tlot aura passé sur le parti et il ne reviendra pas. >
On ne pouvait prédire plus juste. Déjà l'Orléanisme n'était plus une opinion politique, mais un état d'esprit, un état d*âme, comme on dirait aujourd'hui, sans correspondance avec l'âme de la Démocratie. L'attaque dirigée
234 LE MINISTÈRE BUFFET (10 Mars 1875-iO Mars 1876)
par Gambetta contre le Centre Droit n'était pas habile, a-t-on prétendu, et elle lui fit perdre sa cause, puisque le scrutin de liste fut battu par 357 voix contre 326. L'amendement Lefèvre-Pontalis, établissant le scrutin d'arrondissement fut, en effet, adopté. Le ministre de l'Intérieur, en s'abstenant de prendre part à la bataille, s'était montré plus politique que Téloquent orateur de la Gauche.
Le 26 Novembre, Gambetta s'efforça, dans un discours patriotique, qui se terminait par ce cri éloquent : Regardez à la trouée des Vosges ! d'effacer l'impression produite par son discours du 11 Novembre : il était trop tard. La séparation entre les Gauches et le Centre Droit libéral était irrévocable. M. Buffet prit soin, dans un discours aussi modéré que pouvait l'être la parole de ce parlementaire morose et autoritaire, d'empêcher tout rapprochement : l'amendement Jozon, qui proposait, à titre de transaction, le vote au scrutin de liste pour cinq noms, fut repoussé par 388 voix contre 302 et, quatre jours plus tard, le 30 Novembre, la loi électorale fut définitivement adoptée *.
Le maintien de la loi des maires du 20 Janvier 1874, le maintien partiel de l'état de siège et l'adoption d'une loi sur la presse, parfaitement vaine contre les attaques à la Constitution parce qu'elles étaient déférées aujurj', parfaitement efficace contre les délits moindres parce qu'ils étaient déférés à la police correctionnelle, furent les premières conséquences du renouement de la coalition du 24 Mai 1873. Mais celte coalition avait des parties faibles. Bonapartistes, Légitimistes et Orléanistes étaient bien d'accord contre la République, mais chacun de ces groupes détestait les groupes voisins, au moins autant que la République, et d'habiles manœuvriers parlementaires, comme la Gauche en comptait beaucoup,
(1) Voir Appendice XII.