LA LOI SUR LA PRESSE "IIM
ti^ûccordant le droit de vente qu'à ceux qui vendaient des journaux agréables, en le retirant à ceux qui en vendaient d'autres. Sous la législation antérieure à celle du 29 Décembre, date de Tadoption de la nouvelle loi, en deux ans et demi, avec Tétatde siège dans la moitié des départements français, 28 journaux avaient été supprimés, 20 suspendus, 163 interdits sur la voie publique.
Du 24 au 29 Décembre la discussion de la loi sur la pres.-e fut la dernière des grandes discussions politi(|ues qu\iit entendues l'Assemblée Nationale. On put revoir, comme en abrégé, pendant quelques jours, toute l'histoire antérieure de l'Assemblée, depuis le 24 Mai : la coalition réactionnaire renouée, le ministère divisé, le vice-président du Conseil se complaisant en pleine équivoque et le Maréchal, compromis par son ministre de l'Intérieur, au mépris de toutes les règles parlementaires, exposé gratuitement à la même impopularité que M. Buffet.
A l'ouverture de la discussion, le rapporteur de la loi sur la presse, M. Albert Grévy, au nom de la majorité de la Commission, qui comptait 11 Républicains sur 15 membres, demanda la disjonction du projet sur la presse et du projet sur le maintien de l'état de siège. Il était assez naturel, à la veille des élections, de faire disparaître les derniers vestiges de la guerre et des troubles civils; il était plus indiqué encore de ne pas avoir Tair de considérer l'état de siège, que le Gouvernement maintenait dans 4 départements, Seine, Seine-et-Oise, Rhône et Bouches-du-Rhône, comme le régime naturel d'une Démocratie pacifique et comme le correctif nécessaire d'une liberté de la presse pourtant assez étroitement limitée.
M. Buffet s'opposa à la disjonction et demanda l'urgence dans un discours où, avec force équivoque, il annonçait sa future politique électorale et où il se cachait lui aussi.
:210 LE lUNISTÉRE BUFFET (10 Mars 1875-10 Mars 187(5)
comme Tavait fait M. de Cissey, derrière Tépée dir Maréchal. M. Laboulaye, en quelques mots très justes et très modérés, s'éleva contre cette incorrection parlementaire, contre celte violation de toutes les règles constitutionnelles. Le lende> main, comme au temps du duc de Broglie, une lettre du Maréchal à M. BuiTet le félicitait d'avoir c si nettement déBni les vrais Conservateurs auxquels le Gouvernement faisait appel ».
Trois jours après, le 27 Décembre, M. Dufaure prenait la parole dans la discussion de Tarticle l'^''du titre l®*". Son intervention ramenait immédiatement la clarté dans le débat: ses fermes et loyales déclarations ramenaient aussi la confiance dans Tesprit des membres de la Gauche, parce qu'elles étaient en contradiction absolue avec celles de M. Buffet. M. Ernest Picard ayant demandé à M. Buffet s'il souscrivait à ces déclarations, le ministre de l'Intérieur garda un silence significatif.
Il était dit que l'Assemblée ne se séparerait pas, sans avoir donné une dernière fois à la France le spectacle des violentes passions qui l'agitaient. Un député bonapartiste du Lot ayant accusé M. Jules Favre de mensonge, pour avoir dit, après Ferrières, que la Prusse exigeait l'Alsace, la Lorraine et un certain nombre de milliards, l'ancien viceprésident du Gouvernement de la Défense Nationale relit avec l'éloquence superbe, avec Tamer et transcendant dédain qui étaient devenus comme sa seconde manière oratoire, tout le procès de l'Empire, toute l'histoire du siège et marqua les Bonapartistes au fer rouge. Leurs cris, leurs insultes interrompirent cent fois, mais n'arrêtèrent pas cette ardente philippique. Le vieux lion, déjà mortellement atteint, poussa un dernier et formidable rugissement.
Le 29 Décembre la loi fut adoptée, telle que l'avait proposée M. Dufaure, avec un amendement de M. de Janzé,