DERNIÈHË SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE
supprimant Tinterdictioa administrative de vente des journaux sur la voie publique.
Après la fixation de Télection des délégués sénatoriaux au 16 Janvier, de Télection des sénateurs au 30 Janvier et de l'élection des députés au 20 Février, l'Assemblée avait ' épuisé Tordre du jour qu'elle s'était assigné et, le 31 Décembre, à 6 heures du soir, au milieu d'un silence solennel, le duc d'Audifîret-Pasquier prononçait ces ultima verba :
« Messieurs, après une législature qui a duré cinq années, vous êtes arrivés au terme que vous avez fixé à vos travaux. Vous allez rendre au pays le mandat qu'il vous avait confié, dans des circonstances qui en grandissaient le péril et l'honneur.
« A peine réunis, aux douleurs de l'invasion venait se joindre l'odieux spectacle d'une insurrection sans exemple. Avec notre héroïque armée, vous avez vaincu la Commune ; vous avez fait la paix, payé notre rançon. Dans une guerre follement entreprise la victoire nous avait trahis. Mais, au lendemain de nos désastres, l'étranger pouvait apprécier ce qu'il restait encore de ressources et de crédit à ce pays honnête et laborieux.
« A ce moment vous avez abordé la seconde partie de votre tâche, réorganisé votre administration intérieure, décidé vos institutions politiques.
« Chacun de vous avait apporté dans cette enceinte ses convictions, ses souvenirs, ses espérances. Elles ont toutes été dominées par une seule et unique pensée : l'amour du pays. De là est sortie la Constitution du 23 Février, œuvre incomplète peut-être, mais en dehors de laquelle vous deviez craindre que le pays ne se trouvât de nouveau exposé au despotisme et à l'anarchie.
« Cette œuvre, vous la confiez aujourd'hui à la loyauté du Maréchal de Mac-Mahon, au patriotisme des Assemblées Edg. Zevort. — Troisième République. ii. — 16
242 LE MINISTÈRE BUFFET (10 Mars 1875-10 Mars 1876)
futures, à la sagesse de ce pays qui, pendant cinq ans, vous a si noblement secondés.
f Jamais autorité ne fut plus respectée que la vôtre, jamais volonté mieux obéie. Admirable réponse faite à l'avance à ceux qui oseraient prétendre, dans l'avenir, que la France n'est pas digne de la liberté.
€ Partez donc avec confiance, Messieurs, allez vous soumettre à son jugement. Ne craignez pas qu'elle vous reproche les concessions que vous avez faites à sa paix et à son repos, car il est deux choses que vous lui remettez intactes : son drapeau et ses libertés. »
Cette allocution eût été parfaite, elle eût mérité les applaudissements et les acclamations qui l'accueillirent, sans une déplorable et inexplicable omission : celle du nom de M, Thiers. Le Président de l'Assemblée nationale n'a pu s'empêcher de redevenir, pour un instant, le 31 Décembre 1875, l'un des coalisés du 24 Mai 1873, qui avaient montré tant d'acharnement et de violence contre le premier Président de la République .
Ainsi finissait l'Assemblée de Versailles, où le cléricalisme avait trouvé son expression complète et définitive ; sous la Présidence de M. Thiers, comme sous celle du Maréchal, elle avait été foncièrement cléricale : c'est la persistance de ce sentiment qui a fait l'unité de son histoire, qui lui a donné une originalité particulière, entre toutes les Assemblées qu'a eues notre pays. Au point de vue politique nous n'avons pas à revenir sur son œuvre : elle léguait une Gons titution à la France, un peu malgré elle, et la majorité qui avait fait la Constitution du 25 Février n'avait pas survécu à ce grand acte de raison. Du 25 Février au 31 Décembre 1875 il n'y eut rien de changé en France : il n'y eut qu'une Constitution de plus et si la France, qui avait pris au sérieux l'acte du 25 Février, n'y avait mis bon ordre, cette Constitution