‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 76 sur 230 · MM. BUFFET ET LÉON SAY · texte numérisé non relu

MM. BUFFET ET LÉON SAY

tante : il fut résolu que rien ne serait changé à la composition du Cabinet et, le 13 Janvier, le Journal des Débats annonçait, avec une satisfaction visible, que M. Léon Say maintenait sa candidature et retirait sa démission. Il fallait à M. BuiTet une satisfaction platonique ; elle lui fut donnée le même jour par le Maréchal, sous forme d*une proclamation aux Français, où le Président de la République rééditait les discours du ministre et ses déclarations habituelles, aussi vagues que monotones, contre les doctrines « subversives » et les programmes « révolutionnaires >. Il n'y avait de subversif du bon sens que la gageure qui réunissait dans le même Cabinet des hommes aussi dissemblables, de révolutionnaire que les interventions perpétuelles du Chef de TÉtat dans la politique courante, qui rappelaient les plus mauvaises habitudes du pouvoir personnel.

Si MM. Dufaure, Léon Say et Wallon restaient dans le Cabinet, c'était uniquement pour empêcher, dans leurs départements ministériels, la pratique de la candidature officielle, que M. Buffet avait restaurée dans le sien. Par son ordre, les préfets avaient laissé entendre aux maires, avant les élections des délégués sénatoriaux, que s'ils n'étaient pas élus délégués, ils perdraient infailliblement la confiance du Gouvernement. Par son ordre encore, le Bulletin Français, journal ofQciel du soir, avait publié le fameux rapport de M. Boreau- Lajanadie, œuvre de polémique violente et perfide contre le Gouvernement de la Défense nationale, et avait offert aux électeurs ce document, aussi passionné qu'indigeste, pour la somme de cinq francs le mille. Personnellement, M. Buffet s'était transporté, le 20 Janvier, devant la Commission de permanence, qui ne comptait pourtant qu*une douzaine de Républicains et, aux craintes exprimées sur le caractère de l'intervention administrative, il avait répondu sèchement que depuis la dissolution de l'Assemblée et, avant la consti-

248 LE MINISTÈRE BUFFET (10 Mars 1875-10 Mars 1876)

tution des deux Chambres, il ne se considérait pas comme responsable devant la Délégation d'une Assemblée défunte.

11 n'y avait plus qu'à attendre les élections. Les collègues de M. Buffet les avaient préparées par des circulaires d'une correction irréprochable. M. Dufaure, dès le 11 Janvier, avait engagé ses Parquets à ne pas multiplier les procès en matière de presse. Peu de temps après, il avait interdite ses juges de paix toute ingérence politique. MM. Léon Say, Wallon et de Meaux avaient envoyé aux fonctionnaires placés sous leurs ordres des instructions conçues dans le même esprit.

Il eût été vain, après le 16 Janvier, de chercher à pressentir l'opinion des 43000 délégués sénatoriaux qui devaient se prononcer, le 30 Janvier, entre des candidats se rattachant à trois groupes différents : 1*^ les Bonapartistes et la Droite ordinairement alliés; 2® les Républicains des trois Gauches; 3^ les Constitutionnels purs. Le 30 Janvier, sur 221 nominations faites en France et en Algérie, on compta 92 Républicains, 79 Conservateurs, réactionnaires et cléricaux, 40 Bonapartistes et 17 Constitutionnels libéraux du Centre Droit. Paris avait élu MM. de Freycinet, Hérold, Tolain, Victor Hugo et Peyrat. La Charente-Inférieure avait préféré un Bonapartiste à M, Dufaure, et les Vosges un Républicain à M. Buffet. En somme, dans le Sénat constitué par les scrutins de Décembre et par ceux du 30 Janvier, il n'y avait pas de majorité bien nette, puisque Ton y trouvait en face de 151 Conservateurs dont 21 Constitutionnels, 149 Républicains; et le Français^ se plaçant au point de vue de M. Buffet, pouvait dire : « Rien n'est perdu, mais rien n'est sauvé. »

L'union des Gauches, si complète à l'Assemblée, se maintint devant les électeurs. Le programme accepté par la quasiunanimité des Républicains comportait une politique libérale, l'élimination des fonctionnaires notoirement hostiles

Page 1