‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 82 sur 230 · PROJETS DE M. WADDINGTON · texte numérisé non relu

PROJETS DE M. WADDINGTON

territoire, en quatre ou cinq grands groupes, fortement organisés, n'était pas mûre en 1876 et il ne fut pas donné suite aux projets du ministre. Ils étaient pourtant d'une applica* tion plus facile, à ce moment, qu'à l'époque où ils furent repris par quelques-uns des successeurs de M. Waddington, et, en particulier, par M. Bourgeois. L'absence d'élèves dans les Facultés qui ne donnaient pas un enseignement professionnel, comme le Droit ou la Médecine, l'indigence des laboratoires, l'état misérable des bâtiments et le peu d'intérêt que les Conseils électifs portaient alors aux établissements d'enseignement supérieur eussent rendu facile, en 4876, la transformation ou la disparition de quelques-uns de ces établissements. Après les réformes introduites dans l'enseignement, après l'augmentation du personnel et l'amélioration du matériel, surtout après que les villes et les déparlements se furent associés aux sacrifices de l'Etat, ce qui était aisé en 1876 devint impossible et la conception de M. Waddington fit place à une conception nouvelle, non pas meilleure mais différente. Le mérite lui revient d'avoir eu un plan d'ensemble et d'avoir tenté de le mettre à exécution. Il essaya aussi d'acclimater chez nous l'institution des privât docent, donnant ainsi aux jeunes maîtres qui ont fait preuve de savoir, d'intelligence, et qui se sentent une vocation décidée pour le haut enseignement, la facilité de se produire et établissant, entre ces nouvelles recrues de nos Facultés et les anciens maîtres, l'émulation la plus salutaire.

Elevé en Angleterre, M. Waddington trouvait que nos lycées et collèges ressemblaient plus à des casernes qu'à des écoles ; il y aurait voulu plus d'air, plus d'espace, et il laissait entendre que, pour l'enseignement secondaire comme pour l'enseignement supérieur, il demanderait à la Commission du budget de l'argent et encore de l'argent. De même pour renseignement primaire, le ministre vit bien que, pour introduire le

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grand principe de Tobligation, il fallait mettre partout les écoles à la portée du peuple et rendre ces écoles habitables, sinon luxueuses.

Le Parlement reprenait ses séances le 10 Mai : le lendemain, il apprenait avec stupeur la mort de M. Ricard, enlevé en quelques heures par une angine de poitrine. L'ancien avocat du barreau de Niort, Tancien préfet de la Défense nationale, devenu membre de l'Assemblée nationale, s'était confiné d'abord dans le travail des Commissions et prodigué seulement dans les réunions du Centre Gauche. Rapporteur de la loi électorale, en 1875, il n'avait été en vue, comme orateur, que dans la dernière session. Ministre le 10 Mars, sur le refus de Casimir-Périer, il grandit singulièrement pendant son rapide passage aux affaires et laissa, au bout de deux mois, la réputation d'un ferme libéral, d'un esprit sage, . modéré, ouvert, d'un guide sûr pour les nouveaux venus, dans la voie de la République parlementaire. Quel contraste entre ce Républicain tolérant et Alphonse Esquiros, le démocrate intransigeant, qui mourut quelques jours après lui !

Esquiros appartenait à l'Ecole de ceux qui jugeaient M. Ricard tiède et mou, École qui avait bien quatre ou cinq représentants àl'Extrème Gauche de laChambre etqui n'avait pas encore recruté, dans la population parisienne, un grand nombre de disciples. Le plus avancé de ces démocrates, M. Bonnet-Duverdier, s'était fait battre dans tous les scrutins qu'il avait affrontés, depuis le 20 Février. Les journaux de la secte, le Peuple, le Corsaire^ les Droits de V homme, avaient mille fois moins de lecteurs que n'en compte aujourd'hui la moindre feuille à un sou. Eventuellement ces intransigeants de Gauche pouvaient trouver des alliés d'un jour où d'une heure chez les Bonapartistes. Après avoir déclaré que tout était perdu et que les élections du 20 Février et du 5 Mars menaient la France aux abîmes, après avoir conseillé au Mare-

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chai de résister à la nation et de se lancer dans les aventures, les Bonapartistes étaient revenus, d'instinct, à la tactique qui leur avait si bien réussi en 1848 : ils avaient pratiqué la politique d^exagération démocratique, dont M. de Gassagnac avait donné le signal dans la réunion de Belleville, le 23 Décembre. M. Rouher avait demandé rétablissement d'un impôt sur le revenu ; il n*eût pas même répugné à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, s'il n'eût trouvé la question prématurée.

La Droite ne s'abaissait pas aux mêmes manœuvres, mais les conseils qu'elle donnait au Maréchal n'étaient ni plus sages, ni plus prudenls et ils étaient plus dangereux, parce que les conseillers n'inspiraient pas la même défiance au Président de la République. N'est-ce pas M^ Dupanloup, qui, en recevant le Maréchal dans la cathédrale d'Orléans, à l'occasion des fêtes de Jeanne d'Arc, lui souhaitait c ces illuminations supérieures qui, à l'heure du péril, font qu'un homme se rencontre, de la forte race de ceux par lesquels il plaît à Dieu, comme dit l'Ecriture, de sauver son peuple > ? Il faut savoir gré au Maréchal d'être resté strictement correct et constitutionnel, au milieu de ces prédicateurs de coups d'Etat, d'avoir gardé, sans le soutenir il est vrai, mais sans le contrecarrer non plus, un homme comme M. Dufaure, qui ne fit jamais une démarche, qui ne dit jamais un mot pour se défendre contre ces menées d'en haut, pas plus que contre les attaques d'en bas, qu'il enveloppait dans le même dédain.

Après la mort de M. Ricard, le Garde des Sceaux proposa le sous-secrétaire d'Etat, M. de Marcère, pour le ministère de rintérieur ; le Maréchal signa, les yeux fermés, la nomination de M. de Marcère, et celle de M. Paye, pour remplacer M. de Marcère. La politique de M. de Marcère fut celle de M. Ricard et le funeste accident du 11 Mai ne modifia ni la composition du Cabinet ni la ligne de conduite qu'il avait adoptée.

Une autre perte, non moins sensible pour le parti républi-

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cain modéré, fut celle de M. Casimir-Périer, survenue quelques semaines après. L'adhésion à la République de M. Casimir-Périer, que tout retenait dans le camp opposé, avait plus fait pour son établi3sement que Tactive et chaleureuse propagande des Républicains d'origine. Avec les Thiers, les Rémusat, les Montalivet, les Duvergier de Hauranne, M. Casimir-Périer figure au nombre des vrais fondateurs de la Troisième République. Notre parti, aujourd'hui triomphant, ne peut que s'honorer en rendant à ces glorieux ancêtres de Tépoque militante la justice qu'ils méritent.

Avec M. de Marcère succédant à M. Ricard, le Cabinet resta Centre Gauche et peut-être faut-il le regretter, d'abord parce que le Centre Gauche était le moins nombreux des groupes républicains de la Chambre, ensuite parce que la politique du Centre Gauche ne diiTérait en rien de celle de la Gauche républicaine et de la Gauche dite radicale; en dernier lieu, parce qu'il n'est pas bon, dans un régime parlementaire, que le parti prépondérant et le chef de la majorité ne soient pas à leur vraie place, nous voulons dire à la tète du Gouvernement. Le Centre Gauche avait eu légitimement la direction des trois Gauches, tant qu'il ne s'était agi que d'empêcher le rétablissement de la Monarchie, de combattre l'ordre moral et de fonder la République : cette œuvre accomplie, il pouvait passer la main aux autres groupes républicains, ou du moins partager avec eux le pouvoir.

La politique du Centre Gauche, avons-nous dit, était la même que celle des autres groupes de Gauche : elle était la même sur les questions de principe, comme celle des municipalités, sur les questions de personnes, comme celle des fonctionnaires, sur les questions de circonstance, comme celle de l'amnistie. La Gauche républicaine, avec ses deux cents membres, était le plus nombreux des groupes républicains; la . Gauche dite radicale venaitensuite avec ses quatre-vingt-treize

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