TROISIÈME MOUVEMENT ADMINISTRATIF
modiûer et d'améliorer ce Gouvernement, non de le supprimer. L'intervention de M. Dufaure acheva de préciser la portée de la revision et de fixer la limite des espérances et des regrets permis. « La revision est possible, dit le Garde des Sceaux, non nécessaire. Quant àla fidélité, nous poursuivrons celle qui conspire, non pas celle qui se souvient. » Ces brèves et saisissantes formules, autant que la bonté de la cause qu'il défendait, assurèrent la victoire du Gouvernement : l'ordre du jour pur et simple qu'il acceptait fut voté à l'unanimité.
M. de Marcère ne fut pas moins heureux devant la Chambre. M. de Durfort de Civrac qui, à titre de Bonapartiste, avait toutes les audaces, avait interpellé le ministre sur le remplacement des maires et des adjoints qui avaient été choisis par les cabinets précédents en dehors des Conseils municipaux. Après la réponse de M. de Marcère, la Chambre, par 343 voix, adopta Tordre du jour suivant de M. Bardoux: « La Chambre est satisfaite de trouver, dans le langage du ministre, l'expression d'une politique libérale, conforme aux vœux du pays. »
Le âo Mai, M. de Marcère justifiait cette confiance de la Chambre, en faisant paraître le troisième décret préfectoral, qui comprenait 4 préfets, 41 secrétaires généraux, 159 souspréfets et 33 conseillers de préfecture. Les fonctionnaires notoirement hostiles à la Constitution disparaissaient, mais trop de fonctionnaires douteux étaient simplement déplacés,
parce que de hautes inQuçnces intervenaient en leur faveur,
parce que le Président irresponsable pesait directement ou indirectement sur ses ministres responsables. Nous avons parlé de l'intervention du ministre de l'Intérieur dans la discussion de la loi municipale et dans la question de l'amnistie. Les vacances venues, le ministre de l'Intérieur et son collègue des Travaux Publics, M. Christophle, firent ensemble une visite à leur ville natale ; ils revirent avec émotion le
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modeste collège de Domfront, où ils avaient fait leurs premières études et ils firent entendre à tout Farrondissement, dans le langage familier des parlementaires hors session, les paroles que devait dire un Gouvernement confiant dans sa force, parce qu'il la puise dans la masse de la nation, certain de l'avenir, parce qu'il ne compte que sur les progrès de la raison publique et non sur la contrainte, pour faire triompher ses idées et ses principes. L^accueil chaleureux que fit la Basse Normandie, peu enthousiaste d'ordinaire, h MM. Ghristophle et de Marcère, était la juste récompense due à deux des meilleurs serviteurs de la République conservatrice.
Toute la Gauche, nous ne saurions trop le répéter, montrait alors le même esprit de conciliation, et la discussion du budget, qui s'ouvrit avant les vacances, lui fournit maintes occasions de prouver qu'elle avait renoncé à ses principes absolus, à ses conceptions chimériques d'autrefois. Le président de la Commission du budget, qui se prononça contre la proposition de M. Laisant, demandant la réduction à trois ans du service militaire, pour le maintien de l'ambassade française auprès du Saint-Siège, fut le premier à donner l'exemple de ces retours à la sagesse. Le tribun éloquent ne fut qu'un homme d'afi*aires et le plus posé, le plus pratique des hommes d'affaires, dans les 15 discours qu'il prononça sur les budgets de la Marine et de la Guerre, sans préjudice de ses apparitions à la tribune pour de moindres harangues. Le vieil homme ne reparaissait, et fort heureusement, que lorsqu'il fallait imposer silence aux Bonapartistes, qui avaient tout oublié mais n'avaient rien appris, depuis 1870. Gambetta leur criait alors, comme le 3 Août 1876 : « Nous avions sous
l'Empire un fastueux décor militaire Derrière le décor il
y avait la désorganisation et le pillage C'est vous qui
parlez de l'armée française, vous dont il n'a pas dépendu que vous n'ayez déshonoré son drapeau et terni son lustre
LE BUDGET DE 1877 î285
Cette tache, ineffaçable à votre front, de la honte de Sedan et de la iionte de Metz, l'armée, qu'elle soit sous un drapeau ou sous un autre, l'armée française ne l'oubliera jamais... L'impitoyable nécessité s'impose à nous de réparer vos fautes et vos crimes ». Ces phrases heurtées, saccadées, débitées d'une voix rauque, tour à tour gouailleuse ou terrible, à la Danton, portaient au paroxysme la fureur des Bonapartistes et l'enthousiasme de la Gauche. Mais la Gauche n'en persistait pas moins, suivant encore le conseil de son grand homme d'Etat, « à dissiper les appréhensions des esprits chagrins et hostiles ». Si elle n'y réussit pas, ce n'est pas que les concessions aient fait défaut de son côté, surtout en matière budgétaire.
Le budget de 1877, que M. Léon Say avait déposé sur le bureau de la Chambre, dès le 14 Mars, et dont la discussion, que nous résumons ici, devait se prolonger jusqu'à la fin de Décembre, présentait une augmentation de dépenses et aussi une augmentation de recettes, comparé au budget de 1876. Il ne comportait ni impôts nouveaux, ni accroissement d'impôts anciens, ni grandes réformes. C'était, si l'on peut dire, le budget classique, bien réglé et bien ordonné. M. Léon Say demandait, pour 1877, deux milliards 667 millions, au lieu de deux milliards 570 millions en 1876. 11 prévoyait deux milliards 672 millions de recettes, soit un excédent de près de 8 millions. La Commission du budget opéra sur les dépenses une réduction de 7 millions et demi : elle diminua en effet le budget des Cultes de 2.724.640 francs, celui de l'Intérieur de 1.727.701 francs, celui de la Guerre de 5.528.688 francs et celui de la Marine de 7.833.561 francs; en revanche, elle accorda 6.073.984 francs de plus aux Travaux Publics, et 7.005.675 francs à l'Instruction Publique. Les plans ambitieux de réformes, proposés par MM. Louis Legrand, DréoUe, la Rochejaquelein, Marion, Cherpin et
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Vernhes furent repoussés par la Commission: les réformateurs, si on les eût écoutés, auraient enlevé au Trésor tout près d*un milliard de ressources annuelles.
La discussion générale fournit à un Bonapartiste, M. Haentjens, un prétexte à récriminations ; le ministre des Finances démontra sans peine que Taggravation des dépenses était le résultat fatal des fautes de l'Empire et de la Guerre. Dans la discussion des chapitres, la dotation du Président de la République fut augmentée de 300.000 francs, malgré la résistance inattendue d'un de ses anciens ministres, M. Magne. La Gauche eut raison de ne pas marchander la dotation du Chef de TEtat, qui dépensait noblement les ressources que lui allouait la France et qui devait sortir de TElysée plus pauvre qu'il n'y était entré.
De la discussion du budget de la Justice et des Cultes il faut retenir une réduction de 50.000 francs, votée à titre d'indication d'une réforme future, sur le chapitre des Cours d'appel ; la contestation en bloc du budget des Cultes et plusieurs votes, où se révélèrent les tendances de la Chambre, perfidement exploitées par ses adversaires. Un amendement réclamant la suppression totale du budget des Cultes fut développé par M. Boysset, avec l'éloquence froide et coupante dont le député de Saône- et-Loire avait le secret. Combattu par MM. Granier de Cassagnac père, Bardoux, Pascal Duprat et Dufaure, l'amendement Boysset ne réunit que 62 voix ; la Chambre ajouta même 100.000 francs à la dotation des desservants. Il est vrai qu'elle rejeta : !« les amendements de MM. de Valfons, Victor Lefranc et Bardoux augmentant la dotation du clergé paroissial ; 2^ les amendements de M. Renault Morlière relatifs aux bourses dans les séminaires et à la subvention des séminaires algériens ; 3^ l'amendement de M. Keller au chapitre des édifices diocésains d'Afrique. Il est vrai aussi qu'elle adopta un